POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Réactions à la démission d’Enrico Lunghi

«Le Mudam perd un très grand directeur artistique»



mudam.jpg

Pour le galeriste Alex Reding, Enrico Lunghi avait hissé «le Mudam comme un des hauts lieux de l’art en Europe». (Photo: Étienne Delorme / archives)

C’est le sujet de conversation sur toutes les lèvres et sur les réseaux sociaux: le départ du directeur du Mudam fait grand bruit. Il reçoit le soutien de nombreuses voix du monde culturel.

Choquées et surprises. La nouvelle de la démission d’Enrico Lunghi en tant que directeur du Mudam étonne la plupart des personnes que Paperjam.lu a pu contacter ce week-end.

«Ce départ sera une grande perte pour nous tous qui défendons l’art contemporain à Luxembourg, car Enrico était une sorte d’ambassadeur du Luxembourg, respecté et mondialement connu», entame ainsi le galeriste Alex Reding. Comme beaucoup, il souligne que le directeur avait hissé «le Mudam comme un des hauts lieux de l’art en Europe, faisant agir ainsi l’action de son institution loin de nos frontières» grâce à «son regard et ses connaissances». Jo Kox, président du Fonds culturel national et directeur du Casino Luxembourg, renchérit: «Le Mudam et la scène artistique luxembourgeoise perdent un très grand directeur artistique qui a su placer le Luxembourg sur l’échiquier international de l’art contemporain.»

Ce départ sera une grande perte pour nous tous qui défendons l’art contemporain à Luxembourg.

Alex Reding, galeriste

Un avis que partage Erna Hecey, également galeriste, qui applaudit «plus de 20 ans de travail consacré à positionner le Luxembourg sur la carte culturelle du monde, et inscrire le Casino et le Mudam parmi des institutions qui comptent».

Pression montante

Le travail au long cours mené par Enrico Lunghi auprès des artistes est également salué: «Respecté, aimé par les artistes qui ont eu la chance de travailler avec lui, il restait proche d’eux tout le long de leur carrière en les soutenant où il le pouvait», exprime Alex Reding. «Enrico est proche des artistes, mais il devait certainement composer avec plusieurs paramètres qu’un directeur de musée international doit gérer», ajoute le galeriste.

Sa démission n’a rien de surprenant dans ce contexte de tension et dédains permanents.

Ainhoa Achutegui, directrice de Neimënster

Ce sont bien sûr les circonstances de cette démission qui sont également commentées: «Malgré les excuses présentées et surtout acceptées par la principale concernée il y a quelques semaines, le shitstorm sur les réseaux sociaux contre Enrico Lunghi et par conséquent sur son travail et le Mudam en général n’a pas cessé. La pression exercée contre lui a été énorme: attaques, enquête disciplinaire, commentaires dans les journaux et malheureusement peu ou pas de positionnement fort de soutien de la part des décideurs. Il ne s’agit donc pas d’une surprise comme disent les médias, la démission de cet homme dédié corps et âme à l’art contemporain et ce depuis plus de 25 ans n’a rien de surprenant dans ce contexte de tension et dédains permanents. Cette démission est une immense perte pour l’art contemporain du pays», détaille ainsi Ainhoa Achutegui, directrice de Neimënster.

«Enrico part avec la tête haute, quoique les circonstances de sa démission restent floues. Il est difficile d’écarter l’idée de manœuvres de politique culturelle sous-jacentes», exprime Erna Hecey, qui suppose aussi une «succession non préparée qui n’aidera ni les artistes ni le Mudam».

Le manque de soutien de la part des autorités de tutelle (ministère de la Culture et conseil d’administration), la disproportion entre l’incident avec Sophie Schram et ses conséquences actuelles, les incertitudes concernant le recrutement d’un successeur et l’image écornée du Luxembourg à l’heure d’un nation branding triomphant sont les autres angles de réaction, notamment sur les réseaux sociaux.