POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Négociations du Brexit

Passe d’armes médiatique entre Barnier et Davis



Face à l’échec actuel des discussions officielles autour du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, les deux partis semblent vouloir déporter les échanges sur la place publique. Les piques envoyées de part et d’autre au cours du week-end en sont la preuve…

L’agacement communiqué aussi bien côté européen que britannique la semaine dernière, lors de l’échec du troisième round de négociation autour du Brexit, semble ne pas vouloir se dissiper. Après avoir ironisé sur la demande britannique d’une plus grande «flexibilité» dans les discussions, Michel Barnier, négociateur européen en chef, a poursuivi ses salves médiatiques avec son homologue britannique dimanche.  

Interrogé par la BBC lors de sa présence à un forum en Italie, Michel Barnier a indiqué que le processus en cours était une opportunité pour «éduquer» les Britanniques sur ce que représente réellement le départ de l’Union, estimant que le gouvernement de Theresa May faisait preuve de «nostalgie». Assurant «ne pas vouloir avoir recours au chantage», le négociateur européen estime que Londres doit accepter «certains principes de base». Une référence directe aux exigences des 27 de voir le gouvernement britannique respecter ses engagements financiers dans le cadre du budget européen jusqu’en 2020. Soit une facture estimée entre 60 et 100 milliards d’euros et l’un des principaux points de blocage des discussions.

Michel Barnier veut nous mettre la pression.

David Davis, ministre britannique du Brexit

Une position que conteste encore une fois David Davis, ministre britannique en charge du Brexit. Interrogé dimanche dans le cadre de l’émission politique de la BBC, il a indiqué déplorer «les pressions» exercées par Bruxelles sur cette question financière, assurant «ne pas laisser cette pression sur les délais nous forcer à faire quoi que ce soit». «Ce qu’on dit, c’est: ‘Vous nous avez donné cette énorme facture, nous allons la vérifier ligne par ligne’», a-t-il ajouté, tout en précisant que le Royaume-Uni «est un pays qui honore ses obligations internationales (…) qui, si elles ne sont pas d’ordre légal, peuvent aussi être politiques ou morales». Si le principe de payer auprès de l’UE a été une nouvelle fois confirmé, les échanges portent donc sur le montant, David Davis rejetant en bloc le chiffre de 50 milliards de livres (54,6 milliards d’euros) avancé dans les colonnes du Sunday Times.

Autre sujet de discorde: l’état d’avancée réel des négociations. Alors que Michel Barnier, jeudi dernier, estimait être «loin de constater des progrès suffisants pour pouvoir recommander au Conseil européen (les dirigeants des 27, ndlr) d’engager des discussions sur la future relation entre le Royaume-Uni et l’UE», son homologue britannique assure qu’«il y a clairement des choses que nous avons faites» et regrette que Michel Barnier «veut nous mettre la pression», allant jusqu’à affirmer que sa position au cours de la conférence de presse «semblait absurde». Pour le ministre de Theresa May, les avancées enregistrées en matière de santé et de sécurité sociale figurent parmi les questions «extrêmement importantes», et il regrette que les négociateurs européens «ne parlent pas du futur: ils ne parlent que de la procédure de divorce».

Une phrase qui résume à elle seule l’état actuel des discussions. Alors que Bruxelles souhaite d’abord solder les comptes et garantir à ses citoyens présents sur le sol britannique les mêmes droits qu’à l’heure actuelle, Londres souhaite avant tout négocier de nouveaux accords commerciaux, suite notamment à la mise en place d’une union douanière temporaire. Les principaux capitaines d’industrie du Royaume-Uni sont par ailleurs conviés, le 15 septembre prochain, à s’exprimer sur cette question dans le cadre d’une concertation qui doit servir d’argument «lors du Conseil européen d’octobre et la prochaine série de négociations».