PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Négociations dans le secteur bancaire

Les syndicats unis face à la «provocation» de l’ABBL



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Malgré les tensions entre syndicats et ABBL, la prochaine réunion de négociations pour la nouvelle convention collective se tiendra mercredi après-midi. (Photo: DR)

24h après que l’organisation patronale a recommandé de ne pas verser la prime de juin, l’intersyndicale dresse un bilan de l’état des négociations en cours autour de la future convention collective bancaire. Et dénonce les positions «dogmatiques».

Prévue depuis plusieurs jours, la publication par l’Aleba, l’OGBL-SBA et le LCGB-SESF d’un état d’avancement des négociations en cours sur la future convention collective du secteur bancaire a été quelque peu chamboulée par l’ABBL. D’habitude silencieuse, l’organisation patronale est sortie de sa réserve pour indiquer son opposition ferme à la proposition des syndicats de voir se mettre en place une prolongation d’un an de la convention collective actuelle. Une décision qui l’a poussée à recommander de ne pas verser la prime de juin aux salariés de la Place. Autant dire que ce choix n’est pas du tout du goût de l’intersyndicale dont la position publiée mardi traduit sans détour un certain agacement.

Qualifiée de «pure provocation» et de «très mauvais signal pour la suite des négociations», cette annonce serait toutefois caduque, les trois syndicats assurant que «bien qu’elle soit dénoncée, la CCT 2014-2016 reste d’application durant toute la durée des négociations», ce qui les pousse à écrire noir sur blanc que «[l’]employeur est donc tenu de payer en juin 2017 [la] prime de conjoncture». Cette mise au point traduit donc le lourd climat qui existe actuellement entre les deux camps, et ce depuis plusieurs mois.

Vision de l’ABBL «dogmatique ou peu claire»

Comme ils l’avaient déjà souligné fin janvier, les trois syndicats estiment que l’origine de cette situation se trouve dans le mode de fonctionnement adopté par l’ABBL qui «ne livre qu’au compte-gouttes des informations, au fur et à mesure des réunions». Ce qui, selon l’intersyndicale, «n’est pas acceptable et remet en cause les principes d’un dialogue social respectueux et équilibré». La publication commune, destinée aux quelque 25.000 salariés de la Place, pointe également du doigt le choix d’un travail en quatre groupes de travail, jugé «lent et peu efficace». Chaque groupe n’ayant «pas d’autonomie en termes de négociations».

La vision «dogmatique ou peu claire» de l’ABBL se trouve également fréquemment dénoncée, que ce soit sur ce que les syndicats considèrent comme la volonté de mettre en place «une politique de rémunération basée uniquement sur le mérite individuel», sur «le refus de faire des concessions» notamment sur la question du temps de travail ou «la mise en place d’un système de rémunération plus juste». Au point que l’Aleba, l’OGBL-SBA et le LCGB-SESF assurent «s’interroger sur la réelle volonté de l’ABBL d’établir une nouvelle convention collective de travail».

Un texte rédigé par les fonctionnaires syndicaux.

Serge de Cillia, CEO de l’ABBL

Face à cette situation, les trois syndicats se disent «plus que jamais décidés à négocier» et à mettre en place «un nouveau contrat collectif juste et social qui tient compte des réalités et des défis de notre secteur d’activité, mais également de l’excellente santé de la place financière». Pour y parvenir, les syndicats ne cachent pas leur volonté de durcir, si besoin était, leurs positions en indiquant «compter sur [la] solidarité (des salariés de la Place, ndlr) si elle devait être prochainement sollicitée».

Pour rappel, Serge de Cillia, CEO de l’ABBL, plaide pour une convention collective «pensée sur le moyen terme», ce qui se traduit par un refus actuel de toute augmentation linéaire des salaires et l’envie d’introduire de la proportionnalité afin d’«introduire une marge de manœuvre dans la convention collective pour tenir compte des réalités du terrain». Contacté mardi par Paperjam.lu, ce dernier indique «ne pas être surpris» par la réaction publiée mardi, assurant que «le texte a été rédigé par les fonctionnaires syndicaux et non les personnels présents dans les banques».

Sur la question du versement de la prime de juin, le CEO de l’ABBL constate qu’«il y a divergence d’interprétation puisque l’ABBL a dénoncé tous les articles de l’ancienne convention qui prévoyait des primes de conjoncture pour 2014, 2015 et 2016 et non 2017». Le différend devrait donc, selon lui, être tranché «par un tiers vu que les deux parties ne sont pas d’accord». Pour mémoire, les deux camps se retrouveront pour une nouvelle réunion mercredi après-midi portant sur la question sensible des rémunérations. Tous assurent être préparés à cette rencontre et «attendre les réactions».