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Avis d’expert

Le moindre perdant en cas de Brexit



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Les conséquences seraient tout de même négatives pour l’Union européenne et le Luxembourg. (Photo: Michel Brumat / Universität Luxemburg)

Ce jeudi, les Britanniques décident, dans un référendum, de la sortie de l’Union européenne (UE), de l’avenir de leur pays. Les experts sont généralement d’opinion qu’un tel Brexit aurait de fortes conséquences négatives sur l’économie britannique. Mais quel serait l’impact sur l’Europe et le Luxembourg?

Les opportunités d’un Brexit pour l’Europe

Dans le cas d’un Brexit, les autres membres de l’UE pourraient potentiellement bénéficier de la relocalisation d’un certain nombre d’agences européennes telles que l’Autorité bancaire européenne vers d’autres pays. Deuxièmement, le déclin d’importance de la place financière de Londres au long terme pourrait faire bénéficier d’autres places financières européennes telles que Francfort, Paris ou Luxembourg. De même, il est probable que les investissements iront se réorienter vers les États membres, surtout si le Royaume-Uni perd son accès illimité au marché unique.

Néanmoins, même si le premier perdant économique d’un Brexit serait le Royaume-Uni, les conséquences seraient tout de même somme toute négatives pour l’Union européenne et le Luxembourg. Ceci est lié aux risques économiques et politiques d’un Brexit.

Les risques économiques d’un Brexit

La plupart des experts s’attendent à ce que les conséquences d’un Brexit sur l’économie européenne soient modestes, mais tout de même négatives. L’UE perdrait un membre économiquement important qui est en plus un contributeur net au budget de l’Union européenne. La Grande-Bretagne a des liens commerciaux étroits avec le reste de l’Union européenne et est un exportateur et importateur important de marchandises et de services. L’incertitude des acteurs économiques à l’égard du futur cadre légal des liens commerciaux aura des effets déstabilisants des deux côtés de la Manche. Les premières répercussions sur les monnaies – l’euro et la livre sterling – se sont déjà manifestées avec une volatilité plus prononcée de la livre sterling.

Les risques politiques d’un Brexit

La Grande-Bretagne est aussi un des membres les plus importants d’un point de vue de la politique étrangère et de défense. Le poids de l’Union européenne dans le monde diminuerait probablement considérablement sans le soutien du Royaume-Uni. Au niveau de politique économique, un Brexit renforcerait les tendances centralistes et interventionnistes. Pour le Luxembourg, il entraînerait la perte d’un partenaire dans la négociation de l’Union des marchés des capitaux.

En plus, le départ du Royaume-Uni de l’UE pourrait entraîner des réactions en chaîne dans d’autres États membres. Les risques de demandes de sortie sont particulièrement grands dans le cas de la Pologne, de la Hongrie et des Pays-Bas.

Les répercussions pour le Luxembourg

À court terme, le Luxembourg pourrait bénéficier d’investissements supplémentaires si les Anglais choisissent de sortir de l’UE. Comme il n’y a pas de scénario clair pour un Brexit, l’avenir du Royaume-Uni dans l’Union des marchés des capitaux de l’UE est particulièrement incertain, comme la Banque centrale européenne pourrait insister sur le fait que toutes les transactions en euro passent par un pays de l’UE. Il semble que le gouvernement luxembourgeois a déjà intensifié la publicité à Londres. Toutefois, un influx supplémentaire d’employés hautement qualifiés et bien payés pourrait contribuer à l’accroissement des prix du logement au Luxembourg dans un marché qui est déjà peu abordable.  

Ceci dit, les liens économiques entre le Luxembourg et le Royaume-Uni sont tellement étroits qu’un certain nombre de répercussions négatives est plus que probable. Le Bertelsmann Stiftung estime que le Luxembourg serait le deuxième pays le plus affecté après l’Irlande et qu’il pourrait souffrir d’une diminution du PIB de 0,8% jusqu’à 2030 au cas où le Royaume-Uni perdrait tous ses privilèges économiques. Il est aussi utile de se rappeler que l’économie luxembourgeoise dépend fortement du marché intérieur européen, qui absorbe 84% de ses exports. Le Luxembourg dépend particulièrement de la Grande-Bretagne au niveau des exports et imports des services.

Le défi de l’incertain

Le plus grand problème d’un Brexit est néanmoins qu’il n’y a pas de plan réaliste pour le divorce. Il y a plusieurs modèles qui pourraient inspirer les relations entre le Royaume-Uni et l’UE: la Norvège est un membre du marché intérieur qui contribue au budget de l’UE, qui permet de l’immigration européenne et qui n’a pas de voix dans les décisions qui concernent le marché intérieur.

Alternativement, la Grande-Bretagne pourrait suivre la voie suisse et signer des centaines de traités individuels pour assurer le libre-échange. Mais même la Suisse doit permettre la migration des travailleurs européens comme quid pro quo pour l’accès au marché intérieur.

Mais comme le camp Brexit défend une vision peu réaliste où la Grande-Bretagne aurait un accès illimité au marché intérieur, mais sans suivre les règles européennes et sans immigration européenne, aucun des modèles ne fonctionne. La Grande-Bretagne n’obtiendra évidemment pas ces conditions: il n’y a aucun pays avec des conditions tellement favorables, et il n’est pas dans l’intérêt politique de l’UE de récompenser des États pour avoir quitté l’UE. Le problème est que dans l’absence d’un accord négocié entre Bruxelles et Londres, la Grande-Bretagne aurait le statut d’un membre de l’OMC sans accès privilégié au marché intérieur, ce qui aurait des conséquences catastrophiques pour l’économie britannique et la place financière, mais ce qui est aussi le pire des cas pour l’UE.