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Deux ans après le limogeage de Daniel Miltgen

Le Fonds du logement en eaux troubles



De graves dissensions entre la présidente et le coordinateur du Fonds du logement s’ajoutent à une ambiance délétère. (Photo: Mike Zenari)

De graves dissensions entre la présidente et le coordinateur du Fonds du logement s’ajoutent à une ambiance délétère. (Photo: Mike Zenari)

Selon les informations de Paperjam.lu, la présidente du comité directeur, Tania Fernandes, est sur le point de limoger le coordinateur Mario Schweitzer.

Les plaies sont loin d’être pansées au Fonds du logement. En apparence, le calme est revenu et la remise en ordre a été progressive après les turbulences de 2014-2015, entre l’audit de PwC mettant au jour une gestion bancale et les malversations de l’ancien comptable, les perquisitions concernant des soupçons de prise illégale d’intérêt et le limogeage contesté de Daniel Miltgen après 25 ans de service. Limogeage par ailleurs confirmé par la Cour administrative en mars dernier.

Et pourtant. Paperjam.lu a appris qu’une annonce devait paraître dans la presse ce samedi 27 mai, faisant part du licenciement de Mario Schweitzer, coordinateur du Fonds. Une annonce bloquée en dernière minute par le ministère du Logement, contrariant les plans de Tania Fernandes, la présidente du Fonds depuis fin mars 2015. Celle-ci aurait en effet omis de nommer un administrateur afin de reprendre la place du limogé.

Ce licenciement est la conséquence de profondes dissensions entre Mme Fernandes et le coordinateur débauché du Fonds Belval en octobre 2015. Il avait été présenté comme l’un des instruments de la réorganisation de la direction du Fonds diligentée par le ministère du Logement, sous les ordres de Maggy Nagel puis de Marc Hansen depuis décembre 2015.

Contactée par Paperjam.lu, la présidente Tania Fernandes n’a pas souhaité commenter la question du licenciement de Mario Schweitzer.

Pressions sur le personnel

S’il est courant d’entendre que la réorganisation du Fonds a bousculé les collaborateurs les plus anciens de l’établissement public, habitués à un rythme de travail peu soutenu, ce sont des faits plus graves qui semblent intervenir depuis plusieurs mois. Une quinzaine de personnes auraient été licenciées – ou poussées à partir – ces deux dernières années, indépendamment de leur ancienneté.

Le personnel dans son ensemble serait soumis à une véritable omerta, la direction répétant que les mécontents n’ont qu’à partir et surtout que ceux qui auraient l’idée d’ébruiter ce qui se passe au sein du Fonds peuvent craindre pour leur place.

Exemple du climat de tension qui règne au sein du Fonds: en fin d’année 2016, le service des architectes et techniciens a rédigé une lettre de questions à la direction concernant le nouveau règlement intérieur. Les signataires ont été convoqués un à un et invités à resigner la lettre qualifiée de «sabotage» par la direction. Trois de ceux qui l’ont fait étaient en période d’essai, laquelle a été résiliée le jour même.

Le Fonds du logement est en dysfonctionnement total.

Un collaborateur

Les récriminations envers la responsable des ressources humaines, à qui Mme Fernandes donnerait carte blanche, s’accumulent: refus de congé parental, refus de temps partiel sans raison valable, interdiction de prendre ses congés en même temps que ses collègues – alors que toute la direction était en vacances la semaine de Pâques.

«Le Fonds du logement est en dysfonctionnement total», alerte une source interne. «Nous n’avons jamais vécu cela (…) le personnel est à bout, au bord de la crise de nerfs, on ne peut plus continuer dans ces conditions.»

Baisse du chiffre d'affaires

Le rapport d’activité du Fonds, actuellement en cours de finalisation, afficherait une baisse du chiffre d’affaires de 30% en 2016 par rapport à 2015. Aussi parce que le licenciement abrupt d’architectes pénalise les projets en cours. L’allègement des procédures vanté par Mme Fernandes à son arrivée n’a pas eu lieu, et certaines procédures de routine nécessiteraient même plus de signatures qu’auparavant.

Mme Fernandes ne souhaite pas non plus commenter la baisse du chiffre d’affaires, puisque le rapport d’activité doit être en premier lieu validé par le ministre de tutelle avant toute communication. Elle assure «travailler en étroite collaboration avec le ministère du Logement parce que nous avons les mêmes objectifs».

Le ministère serait justement au courant de ces faits. Le comité directeur, courroie de transmission entre l’établissement public et son autorité de tutelle, aurait d’ailleurs mis le holà aux licenciements. Il a refusé récemment le départ d’un collaborateur qui n’avait jamais reçu de lettre d’avertissement. 

La direction essaierait également de masquer les remous dans le personnel en n’indiquant pas, pour la première fois, les noms des collaborateurs dans le rapport d'activité.

Concernant les noms des collaborateurs qui n’apparaissent plus dans le document, Mme Fernandes assure que la raison est d’ordre pratique puisqu’il y aurait 90 noms à indiquer (en attendant une augmentation des effectifs à 120 d’ici fin 2018), mais que ces noms sont de toute façon indiqués sur l’annuaire de l’État. Après vérification, celui-ci n’indique que les services du Fonds du logement.