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Prises de participation

Le CSV ne veut pas lâcher Schneider



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Le CSV intervient sur des dossiers pourtant peu évoqués durant la campagne des législatives. (Photo: DR)

Le CSV a livré une nouvelle charge contre Étienne Schneider mercredi. Dans le viseur du principal parti d’opposition: la gestion de Join par Post et de Planetary Resources par la SNCI.

«Il est du droit de la Chambre de contrôler le gouvernement.» Ce droit, le CSV entend bien l’exercer à l’adresse du ministre de l’Économie comme l’ont illustré trois des ténors du parti mercredi après-midi durant une conférence de presse. 

Au pupitre: Diane Adehm, Laurent Mosar et le président de la fraction Claude Wiseler. Au menu: les dossiers Join et Planetary Resources. Le premier est lié à l’entreprise Post et sa prise de participation, puis sa prise en main totale – depuis le 31 juillet dernier – de l’opérateur télécom. Le second est lié à la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI) qui vient de sortir du capital de Planetary Resources.

Retours sur investissement attendus

Ces deux dossiers ont pour point commun de remonter au ministre de tutelle, Étienne Schneider (LSAP). Après avoir posé plusieurs questions parlementaires depuis l’été – avec des réponses jugées insatisfaisantes –, le CSV veut connaître l’impact financier des difficultés connues par Join en raison d’un business model initial devenu obsolète, dans un monde post-roaming. 

L’article paru dans le Wort du matin même a été cité par les députés durant la conférence de presse. Nos confrères évoquaient une ardoise d’une centaine de millions d’euros à la charge de Post: 18,45 millions d’euros de perte pour Join Experience et 40,57 millions de pertes pour Join Infrastructure en 2017, ainsi que 14 millions investis en capital. 

Laurent Mosar reprend l’addition à son compte et explose: «C’est de l’argent public. On pourrait construire 8 à 10 maisons-relais avec ce montant.»

Join est un client important de Post pour son réseau mobile ou encore des data centers de EBRC.

Claude Strasser, directeur général du groupe Post

Du côté de Post, on ne confirme pas ce montant de 100 millions et on dément toute perspective de faillite de Join. Mercredi soir, Claude Strasser appelait à ne pas confondre un investissement en capital social de 13 millions (chiffre officiel de Post) et d’autres investissements et prêts consentis par Post à l’égard de Join. Le groupe Post attend bel et bien des retours sur ces investissements suite à la reprise en main totale de Join. Et les signaux seraient plutôt encourageants.

«Join est un investissement. C’est vrai que tout n’a pas fonctionné, c’est vrai qu’il y a eu un redressement, mais pour nous, Join reste d’un grand intérêt, en particulier pour son infrastructure, déclare Claude Strasser à Paperjam. Nous sommes en plein dans un investissement. Or, Join ne doit pas être pris isolément, car les imbrications avec d’autres entités du groupe sont importantes. Join est un client important de Post pour son réseau mobile ou encore des data centers de EBRC.»

Selon nos informations, l’activité de Join génère un chiffre d’affaires de dizaines de millions d’euros pour l’utilisation de ces services.

Schneider et Strasser appelés à la Chambre 

Autre question soulevée par Diane Adehm: l’impact de la fin des activités de Join en Belgique. Une décision que Post assume et qui s’inscrit dans l’arrivée au poste de CEO de Didier Rouma, succédant aux fondateurs (Pascal Koster, Frank Fischer et Claude Lüscher) qui ont quitté l’aventure, faute de pouvoir continuer à investir, selon le CSV.

«Didier Rouma, qui connaît le marché belge, a vite fait le constat qu’il était trop risqué d’investir dans ce marché changeant, où l’ombre de l’arrivée d’un quatrième opérateur plane. Nous avons décidé d’arrêter les activités, nous avons trouvé un repreneur pour notre clientèle», ajoute Claude Strasser. 

C’est Telenet qui reprendra les clients de Join en Belgique. Si l’opération n’était pas un succès commercial, la structure «light» sur le marché voisin a permis de limiter la casse, selon Post, qui ne regrette pas le lancement de la marque début 2014. «Nous avions de bonnes raisons de lancer Join à l’époque, appuie Claude Strasser. En tant qu’opérateur, il n’était pas évident de prédire l’évolution du marché. Je constate que nos parts de marché sont toujours aussi confortables qu’il y a cinq ans. À quoi ressemblerait le marché si Join n’existait pas?»

Le CSV pose par ailleurs la question de la vente de la participation de l’État dans Eutelsat comme éventuel moyen d’éponger les difficultés financières connues avec Join:

Quid de Planetary Resources? 

Autre dossier que le CSV veut garder ouvert jusqu’aux réponses jugées satisfaisantes: la déroute de Planetary Resources. Cette entreprise du secteur du «new space» avait retenu l’intérêt de l’État dans le cadre du projet SpaceResources.lu visant à positionner le Luxembourg dans le secteur de l’exploration des ressources spatiales.

L’État luxembourgeois, via la SNCI, a investi 13 millions d’euros en créant Saam Luxembourg, elle-même actionnaire de Planetary Resources.

Le principal parti d’opposition soutenait le principe du projet SpaceResources.lu, mais fustige le dossier Planetary Resources dans lequel certains investisseurs n’ont visiblement pas rempli leurs promesses, entraînant des difficultés avant une vente de la société.

Saam Luxembourg Sàrl a investi à hauteur de 11,98 millions d’euros dans Planetary Resources Inc.

Étienne Schneider, ministre de l’Économie

Après une conférence de presse organisée la semaine dernière durant laquelle le CSV se demandait pourquoi l’État avait laissé la SNCI investir de la sorte dans une entreprise à l’étranger sans davantage de garanties de la part de ses partenaires, Laurent Mosar revient à la charge et présente à la presse le certificat d’origine de la maison mère de Planetary Resources: le Delaware. Un État américain reconnu pour sa fiscalité plutôt attractive. «Le gouvernement, avec la SNCI, investit dans une entreprise offshore. C’est désastreux pour l’image de notre Place», estime le député CSV.

Croisement de calendriers. Étienne Schneider a répondu mercredi sur ce point via la question parlementaire du 14 novembre dernier que Diane Adehm et Laurent Mosar lui ont adressée.

«Saam Luxembourg Sàrl a investi à hauteur de 11,98 millions d’euros dans Planetary Resources Inc. La moins-value réalisée par Saam Luxembourg Sàrl dans le cadre de la sortie du capital de Planetary Resources correspond à ce montant», précise le ministre. La sortie a été actée le 22 octobre dernier, suite à une procédure interne à la SNCI initiée le 5 octobre, apprend-on encore.

Séquences politiques

Join et Planetary Resources, deux dossiers qui auraient pu être davantage exploités durant la campagne par le parti d’opposition qui muscle son discours en pleine séquence de négociations gouvernementales. Et le CSV de renvoyer dos à dos Étienne Schneider et ses camarades socialistes. «Que penseraient Dan Kersch et Franz Fayot de l’investissement dans une entreprise offshore?», se demandent les députés CSV. Or, pour Claude Wiseler, le ministre Schneider a justement différé ses réponses pour attendre que le scrutin du 14 octobre soit passé:

Sollicité par Paperjam pour apporter sa réponse, Étienne Schneider n’a pas encore donné suite à notre demande sur ces dossiers dans lesquels s’entrecroisent des questions de gouvernance, des enjeux de diversification économique pour le pays et un agenda politique propre à chaque partie concernée.