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Nicolas Buck (Fedil)

L’A31 bis, «un argument pour le Luxembourg»



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Nicolas Buck: «Le Luxembourg a tout intérêt à s’associer à des travaux d’infrastructures dans les pays voisins.» (Photo: Gaël Lesure / archives)

Contrairement au ministre François Bausch, le président de la Fedil estime qu’il faut cofinancer des projets de mobilité avec les régions frontalières via des accords globaux traitant aussi bien d’infrastructures que de télétravail ou de zones franches. Notamment l’A31 bis.

Serpent de mer apparu au début des années 90, le projet A31 bis – qui vise à fluidifier la circulation sur l’A31 entre le sud de Nancy et la frontière luxembourgeoise – a pris un peu plus de consistance début février avec la décision du Conseil français d’orientation des infrastructures (COI) d’identifier ce projet comme prioritaire.

Cette décision, qui figure dans un rapport remis par le COI à la ministre française des Transports Élisabeth Borne, a été suivie la semaine passée – sous la présidence de la Région Grand Est – d’une réunion entre la ministre et des représentants des élus et des collectivités.

Dans une déclaration commune, ces élus et collectivités ont saisi la représentante de l’État pour lui réclamer la confirmation d’une réalisation à court terme des aménagements de l’ensemble du projet, à savoir la réalisation du contournement de Nancy, celui de Thionville, ainsi que la mise à trois voies de l’A31 au nord de Thionville jusqu’à la frontière luxembourgeoise, complétée par l’installation d’un péage. Ces élus soulignent une nouvelle fois les divers enjeux économiques et de mobilité que représente le projet A31 bis pour la région et au-delà.

Accompagnement financier

Le budget de ce projet étant par ailleurs estimé entre 1 et 1,4 milliard d’euros, les élus et les collectivités ont également dit attendre de l’État français l’engagement d’échanges bilatéraux avec le Grand-Duché afin d’acter «un accompagnement financier des différentes composantes du projet contribuant directement au développement économique du Luxembourg».

Cette prise de position n’a pas tardé à faire réagir le ministre du Développement durable et des Infrastructures, François Bausch, qui s’est déclaré opposé à cette contribution financière du Luxembourg au projet de l’A31 bis, indiquant qu’en termes de mobilité avec la France – notamment pour les 100.000 frontaliers français –, l’État luxembourgeois misait essentiellement sur le rail.

Ainsi, François Bausch défend une initiative commune entre le Luxembourg et la France pour doubler la capacité des trains entre les deux pays d’ici 2028, dossier dont il espère un accord avec Paris dans les prochains mois.

Un cercle à tirer

Suite à cette mise au point, c’est un tout autre point de vue qui s'exprime, à savoir celui de Nicolas Buck, président de la Fédération des industriels luxembourgeois (Fedil). Il a défendu via Twitter une participation du Luxembourg aux investissements à mener sur l’A31 en France, «un sujet crucial pour nos entreprises», a-t-il écrit.


«Par rapport à ce débat, il faut voir les choses de manière un peu plus large», argumente-t-il dans un entretien accordé ce lundi à Paperjam.lu.

«Le Luxembourg est une économie particulièrement ouverte, avec d’importants flux de biens et de personnes, qui va continuer à grandir. Et, partant de ce constat, je crois que depuis Luxembourg, il faut tirer un grand cercle qui va jusqu’à 80, voire 100km, et tout ce qui touche aux infrastructures doit nous intéresser à l’intérieur de ce périmètre, et donc au-delà des frontières du pays.»

Pour Nicolas Buck, le Luxembourg a tout intérêt à s’associer à des travaux d’infrastructures dans les pays voisins «et regarder ces pays, ces régions, comme des endroits où il faut investir côte à côte avec les autorités locales».

Augmenter l’attractivité du pays

«Nous sommes complètement dépendants de ces flux», poursuit le président de la Fedil, ajoutant que tout ce qui peut augmenter l’attractivité du Luxembourg, dont une autoroute à trois voies depuis Metz ou Thionville, est «un argument important».

Dans une stratégie à long terme, Nicolas Buck évoque la nécessité d’établir côte à côte, dans le dialogue et des accords globaux passés avec les régions, un «pacte de mobilité» traitant non seulement d’infrastructures, mais également de télétravail ou de zones franches.

«À nous d’augmenter notre influence dans ces régions avoisinantes jusque derrière Arlon, jusqu’à Metz et au-delà de Trèves», poursuit-il, insistant sur le fait que financer ou cofinancer le rail n’était pas une vision suffisante.

De ses contacts en France, le président de la Fedil affirme percevoir une attente de discussions au regard de moyens qui, au Luxembourg, «sont tout de même considérables par rapport à des communes ou à des régions françaises».

«On peut même faire jouer le mot magique de la ‘solidarité’», conclut-il.