POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Commission «taxe» sur les rulings

Ikea: opération marketing au lieu d’explications



Le géant du meuble en kit Ikea assure avoir payé 1,5 milliard d'euros d'impôts en 2014 et 6,8 milliards entre 2010 et 2014. (Photo: Licence C.C.)

Le géant du meuble en kit Ikea assure avoir payé 1,5 milliard d'euros d'impôts en 2014 et 6,8 milliards entre 2010 et 2014. (Photo: Licence C.C.)

Après avoir décliné sa participation à une discussion avec les membres de la commission spéciale «taxe» du Parlement européen sur ses pratiques d’optimisation fiscale, Ikea tente l’opération de relations publiques et de lobbying en invitant les eurodéputés à un lunch en novembre.

«Ikea n’est pas intéressé à parler avec la commission 'taxe', mais nous invite tous à un événement de relations publiques sur la fiscalité», déplore dans un entretien à Paperjam.lu l'eurodéputé Fabio de Masi (Die Linke, Allemagne), qui est aussi membre de cette commission du Parlement européen qui fut chargée, à défaut de pouvoir lancer une enquête parlementaire, de se pencher sur les pratiques d’optimisation fiscale des multinationales, après les révélations de l’affaire LuxLeaks.

«Il est scandaleux, poursuit-il, que les sociétés multinationales comme Ikea ignorent la commission taxe du Parlement européen et dans le même temps mènent une campagne de lobbying auprès des députés.» «Ces entreprises devraient être interdites au niveau de l'UE pour leurs activités de lobbying et devraient également être exclues de tout financement de la part de l'Union européenne», ajoute l'eurodéputé.

À défaut d’avoir honoré l’invitation que les membres de cette commission «taxe» – présidée par le député européen Alain Lamassoure (PPE) – avaient lancée pour le 1er juin dernier à Peter Agnefjall, CEO de l’entité Ikea Capital BV (la société avait prétexté d’autres engagements du dirigeant et l’indisponibilité des autres cadres), le groupe Ikea a lancé lundi, via son service de relations publiques, une invitation aux eurodéputés à un déjeuner informel à Bruxelles pour le 17 novembre prochain.

Le géant suédois du meuble en kit se dit prêt à discuter de toutes les questions que les députés pourraient se poser sur sa politique fiscale et les conséquences que les discussions en cours au niveau de l’OCDE et de l’Union européenne au sujet d’un système de taxation loyal, transparent et clair, auront sur le groupe.

Taux d’imposition de 19,3%?

À l’invitation sont annexées des informations factuelles sur Ikea, présent dans 42 pays, ayant vendu pour 28,7 milliards en 2014 et payé au total 1,5 milliard de taxes diverses, soit un taux d’imposition effectif de 19,3%.

Le communiqué, qui contextualise l’environnement fiscal et économique d’Ikea, assure que le groupe n’a ni activités ni filiales au Luxembourg et qu’il salue et suit avec intérêt les initiatives engagées pour clarifier la situation fiscale et l’impact des changements à venir dans les législations sur l’imposition des multinationales.

Les révélations de LuxLeaks avaient pourtant mis en exergue le dispositif d’optimisation fiscale très élaboré du groupe suédois, mis en place dans les années 1970, et centré sur le Luxembourg.

Comme le rappelait le journal Le Monde, le dispositif lui a permis d’empiler les avantages offerts par les meilleures juridictions offshore et d’alléger substantiellement sa fiche d’imposition dans les pays où Ikea réalise du chiffre d’affaires et des profits, au bénéfice de l’actionnaire, une fondation située au Liechtenstein, contrôlée par la famille Kamprad, le fondateur du groupe.

Holding et compagnie

«Ce dispositif est centré sur le Luxembourg, où Ikea a installé sa holding centrale (Inter Ikea Holding). Il passe aussi par les Pays-Bas, la Belgique, Chypre et des centres financiers plus exotiques comme les Antilles néerlandaises ou les Îles Vierges britanniques. La holding luxembourgeoise détient – directement et indirectement – de nombreuses filiales du groupe, qui lui font donc remonter leurs profits, dont la fameuse boîte à brevets néerlandaise», écrivait le quotidien du soir.

Le groupe Ikea, comme sa famille fondatrice, sont bel et bien présents au Luxembourg, avec des activités dans l'immobilier ou les fonds notamment.

Le tableau récapitulatif des activités de la commission «taxe» montre que ses invitations lancées aux représentants des multinationales, qui avaient été pour la plupart identifiées dans LuxLeaks, ont obtenu peu de retour. Des groupes comme Total, BNP Paribas et SSE ont bien participé le 23 juin dernier à des hearings, mais la plupart des firmes ont décliné, comme Facebook, Amazon, Fiat, HSBC, Coca-Cola ou Philip Morris.