POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Brexit/place financière

Des relations plus complexes avec la City



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Les asset managers resteront à proximité de la Bourse de Londres, mais de nouvelles structures seront créées dans d’autres Places de l’UE. (Photo: Licence C.C)

Le retrait britannique de l’UE fait souffler le chaud et le froid sur la place financière. Comme d’autres Places européennes, Luxembourg espère accueillir des acteurs de la City. Mais des acteurs présents chez nous auront aussi besoin d’un passeport pour travailler sur l’important marché britannique.

Le Brexit a beaucoup fait fantasmer. À Paris, Francfort, Dublin, Bruxelles ou Luxembourg, responsables politiques, analystes et chroniqueurs financiers ont concentré leur attention ces derniers mois sur les bénéfices à tirer pour les autres Places européennes du désarrimage de la City de l’Union européenne.

Au Grand-Duché, le ton est resté modéré, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, rappelant fréquemment que Londres et Luxembourg sont plus partenaires que concurrentes. Mais les relations économiques sont d’ailleurs surtout liées au secteur financier.

Les exportations vers le Royaume-Uni représentent 13,1 milliards, dont 7,1 sont des services financiers – ce qui en fait le deuxième partenaire après l’Allemagne. Au niveau des importations, on parle de 11,8 milliards, dont 7,8 milliards sont des services financiers (1er partenaire).

Des Places imbriquées

Au niveau de l’industrie des fonds d’investissement, les deux Places se complètent assez bien. Aimantés par le poids de la London Stock Exchange, les gestionnaires d’actifs sont nombreux à s’être basés dans la City, alors que le Luxembourg s’est fait une spécialité de l’administration des fonds.

En plus, la place financière est reconnue pour la distribution internationale des fonds. Or, sur les 70 destinations servies par les acteurs présents au Grand-Duché, le marché britannique est le cinquième en ordre d’importance. Et, selon toute vraisemblance, les opérateurs de l’Union européenne devront obtenir un passeport pour travailler sur ce marché devenu celui d’un État tiers et plus d’un membre de l’UE.

Mais l’inverse est vrai aussi et c’est de cela qu’espère profiter l’ensemble des places financières: l’obligation pour les sociétés basées à Londres d’installer des filiales sur le continent pour continuer à profiter du passeport européen.

Premières annonces

Le mouvement a déjà pris de l’ampleur au cours des dernières semaines. Pour les grands opérateurs, pas question d’attendre la fin des négociations pour réagir. Et certains parmi ceux-ci ont déjà clairement annoncé leur intention de venir au Luxembourg.

En janvier dernier, Bloomberg citait les fonds Carlyle et Blackstone parmi les possibles migrants. On reste pour l’instant sans nouvelles alors que le gestionnaire d’actifs M&G Investments, lui, s’est déjà décidé à construire une structure juridique au Luxembourg.

Dans l’assurance, le géant américain AIG, déjà présent avec une petite structure, a marqué son intention de la renforcer progressivement. Et le mouvement touche aussi le secteur fintech. La jeune société britannique PPRO, qui offre des solutions de paiement alternatives, créera une division grand-ducale pour garder l’accès à l’UE. Et selon son CEO, Simon Black, une part importante du personnel, qui sera engagé en fonction de la croissance, sera logé au Grand-Duché plutôt qu’à Londres.

À l’une ou l’autre exception près, il ne faut donc pas s’attendre à des transferts massifs de personnels. Mais pas question non plus de sociétés boîtes aux lettres. Le ministre Gramegna l’a encore rappelé en clôture des deux jours de conférence de l’Alfi la semaine dernière: ceux qui voudront s’installer devront apporter des fonctions-clés.