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Législatives 2018

Des recommandations pour un État innovant



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Marc Wagener, Carlo Thelen, Michel Wurth et Laure Demezet ont détaillé les propositions que la Chambre de commerce adresse au futur gouvernement. (Photo: Lala La Photo)

La Chambre de commerce a levé le voile, mercredi, sur ses recommandations au futur gouvernement. Un plaidoyer très argumenté pour une gouvernance publique innovante.

Les urnes du dernier scrutin sont encore tièdes. Et le formateur Xavier Bettel (DP) a à peine engagé le travail avec ses possibles partenaires de majorité, que sont Déi Gréng et le LSAP.

La Chambre de commerce tient justement à profiter de ce moment pour faire valoir ses recommandations au futur gouvernement. Qui trouveront leur place dans le n° 20 du bulletin «Actualité & Tendances». «Pas du tout un document polémique», a fait valoir mercredi Michel Wurth, le président de la Chambre de commerce, lors d’une présentation à la presse. «Mais bien quelque chose qui doit être vu comme une force de proposition.»

Une double transition

L’analyse du département des Affaires économiques est argumentée et s’appuie sur la situation socio-économique actuelle pour imaginer les mesures qui feront du Luxembourg de demain un pays «où les entreprises auront réussi la double transition, écologique et numérique».

Pour Carlo Thelen, le directeur général, cette transition fera évoluer le pays vers un nouveau modèle, celui de la croissance qualitative. «La caractéristique du Luxembourg est que la productivité s’est endormie», souligne-t-il. Or, si le contexte général de croissance dans la zone euro et au Luxembourg demeure propice, «des nuages noirs sont à l’horizon: Brexit, volatilité des marchés financiers, tentations protectionnistes...»

Pour tirer son épingle du jeu, maintenir le niveau de vie actuel et la cohésion sociale, le Luxembourg doit «miser sur les gains de productivité et optimiser l’usage des ressources».

Quatre mesures «sine qua non»

La Chambre de commerce a identifié quatre mesures «sine qua non» à cette évolution. «Sans cela, les autres recommandations seront inefficaces. Il faut endiguer un retour de l’inflation, envisager une désindexation générale de l’économie, ou au moins une indexation au maximum tous les 18 mois, mettre en place une organisation du travail du 21e siècle, et mieux utiliser les ressources via, notamment, la promotion de l’économie circulaire et de la mobilité durable.»

Augmenter le salaire minimum, nous sommes contre.

Michel Wurth, président de la Chambre de commerce

Ceci posé, la Chambre de commerce voit cinq rôles majeurs que l’État doit endosser pour tracer la voie de la croissance et devenir «l’entreprise Luxembourg 4.0»:

  • Placer les PME au centre des réflexions et lancer un cinquième plan national en leur faveur. «Il faut aussi revoir la législation en vigueur, obsolète, et mettre en pratique une vraie simplification administrative», a développé Marc Wagener, directeur des Affaires économiques.
  • Sécuriser les approvisionnements en énergie, favoriser l’énergie renouvelable, notamment en centralisant les demandes des entreprises via un «front office».
  • Prendre à bras-le-corps le problème du logement via un diagnostic des besoins. «Accéder à un logement à un prix acceptable fait partie des responsabilités de l’État, tout comme la mise en place d’un système éducatif performant», a souligné Michel Wurth. Mais pas en augmentant le salaire minimum. «La Chambre est contre», a-t-il poursuivi. «Cela concentrera la pauvreté parmi les familles monoparentales et les personnes sans emploi. Les travailleurs les moins qualifiés seront en péril.» Par contre, plus de flexibilité semble être indispensable.
  • L’État devra être aussi formateur, en insufflant les valeurs de l’entrepreneuriat au sein des écoles et en élaborant «une vraie feuille de route de la formation».
  • La Chambre souhaite enfin un État «dirigeant», utilisant statistiques et algorithmes dans ses processus de décision. Mais aussi un État qui vise à devenir une «start-up nation». Surtout, faire revenir la fiscalité vers le milieu du peloton européen, à 21%.

Une gouvernance plus intégrée

Et pour mettre cela en chantier, la Chambre de commerce demande une gouvernance plus intégrée. «Elle est actuellement beaucoup trop fragmentée. Cela ne va pas du tout. Prenons la politique du logement: elle implique huit ministères et les communes!», souligne Marce Wagener. Il faut donc une refonte de la gouvernance publique avec seulement six grands ministères centralisateurs (Économie et Finances, Développement territorial, Éducation-Recherche-Compétences, Affaires sociales, Affaires régaliennes, qui incluraient Justice, Défense et Sécurité intérieure, Affaires européennes et internationales) et six super ministres chargés de coordonner les actions de ministres délégués et de secrétaires d’État.

Et pour trancher les litiges, le Premier ministre devrait «être doté d’un droit d’émettre des directives». 

Quatre prérequis et six rôles majeurs que l’État doit assumer: l’ensemble constitue donc les dix mesures phares que la Chambre recommande au futur gouvernement d’appliquer. Impossible, ou presque, à faire dans son intégralité en seulement cinq ans. Michel Wurth, Carlo Thelen et leurs équipes le savent, mais ils estiment que ce n’est pas parce que le voyage est long et difficile qu’il ne faut pas de suite mettre le train sur les bons rails. Sans cela, il est illusoire de penser arriver à bon port.