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EUROPE

Autorité bancaire européenne

Bataille en coulisses pour l’accueil de l’ABE



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Outre Luxembourg, Francfort, mais aussi Amsterdam, Vienne ou Dublin sont candidates pour accueillir les 170 personnes travaillant au sein de l’ABE. (Photo: Autorité bancaire européenne)

Près d’un mois après avoir déposé sa candidature comme point de chute de l’Autorité bancaire européenne, basée à Londres mais devant quitter le Royaume-Uni à la suite du Brexit, le Luxembourg rappelle ses positions destinées à «défendre les intérêts du pays».

Les tractations pour attirer l’Autorité bancaire européenne (ABE) sur le sol luxembourgeois se poursuivent. Près d’un mois après avoir fait acte officiellement de sa candidature, au même titre que l’Autriche, l’Allemagne, la France, l’Irlande ou les Pays-Bas, le gouvernement luxembourgeois continue de croire en ses chances de voir atterrir l’organisme indépendant en charge de la surveillance du secteur bancaire au sein de l’UE sur son sol.

Dans une réponse parlementaire publiée lundi, Pierre Gramegna (DP), ministre des Finances, confirme que «le Luxembourg est prêt à accueillir l’ABE à Luxembourg» au vu notamment de «l’écosystème qui existe à Luxembourg en tant que capitale européenne et place financière internationale», mais aussi au vu de «l’environnement multilingue et multiculturel» du pays.

Le gouvernement défendra comme toujours avec détermination les intérêts du pays.

Pierre Gramegna, ministre des Finances

Reprenant tous les arguments utilisés dans la lettre envoyée par Xavier Bettel (DP) à Donald Tusk, président du Conseil européen, et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, le ministre fait un rappel de «l’article 10 de la décision des représentants des gouvernements des États membres sur l’installation provisoire des institutions du 8 avril 1965, décision rappelée par le protocole n°6 sur la fixation des sièges des institutions et certains organes, organismes et services de l’Union européenne».

Autrement dit, l’inscription dans le traité de Lisbonne du fait que les États européens ont avalisé le choix du Luxembourg comme point de chute des organismes européens, notamment financiers. À ce jour, seules deux exceptions ont été enregistrées à cette règle: l’implantation de la Banque centrale européenne à Francfort en 1998 et celle de l’ABE à Londres en 2011. Pour que cela ne se reproduise pas, Pierre Gramegna assure que «le gouvernement défendra comme toujours avec détermination les intérêts du pays».

Relocalisation vers les pays de l’Est?

Loin de n’être qu’une question de prestige, cette relocalisation pourrait permettre à la future ville hôte de renforcer sa place financière en attirant de nouveaux acteurs liés à l’activité de l’organisme connu principalement pour la conduite des tests de résistance des banques européennes. En d’autres termes, d’asseoir un peu plus le rôle de carrefour financier en Europe.

Alors que Berlin plaide pour un renforcement de Francfort, via une fusion entre l’EBA et l’Autorité européenne des retraites et pensions professionnelles, et que Luxembourg met en avant la présence sur son sol de la Banque européenne d’investissement et du Mécanisme européen de stabilité, certaines voix à Bruxelles laissent toutefois entendre qu’une troisième voie pourrait être envisagée.

Celle d’une implantation au sein d’un pays de l’Est, derniers arrivés au sein de l’UE et par définition mal lotis en termes d’agences européennes. Une solution qui répondrait à la logique européenne de répartition en vigueur pour le moment. La décision finale sur l’ABE, de même que sur le déménagement de l’Agence européenne des médicaments, aussi basée à Londres pour le moment, devrait tomber d’ici la fin mars 2019, date théorique de la fin des négociations sur le Brexit.