POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Débat à la Chambre

30 jours de congés légaux ne seraient «pas la solution»



frontaliers_conges.jpeg

Les salariés qui ne bénéficient pas de contrats collectifs de travail ont actuellement droit à 25 jours de congés payés par an. (Photo: Etienne Delorme / archives paperJam)

Plutôt que d’augmenter les congés légaux dans le secteur privé de 25 à 30 jours, la majorité des députés et le gouvernement veulent plus de «souveraineté du temps» pour les salariés. Un débat est prévu en octobre.

Les 41% des salariés du secteur privé qui ne bénéficient pas d’un contrat collectif de travail devront compter sur eux-mêmes s’ils veulent plus de congés. Lors du débat sur la pétition qui demande une augmentation de 25 à 30 jours de congés légaux ce lundi matin, le ministre du Travail, le socialiste Nicolas Schmit, et la majorité des députés ont estimé qu’augmenter le congé légal ne résoudrait pas les problèmes évoqués par les auteurs de la pétition qui a récolté plus de 10.000 signatures.

Ces derniers, Denny Kanizsa et Tom Mehlen, ont évoqué «le stress» et «le phénomène des maladies psycho-sociales», les difficultés de certains ménages à joindre les deux bouts à la fin du mois, le nombre d’heures que passent les frontaliers dans les transports, ainsi que les problèmes de certains salariés à organiser une vie familiale. Outre un progrès social comme il n’y en a plus eu depuis 40 ans, donner cinq jours de congés supplémentaires permettrait aux salariés de «recharger leurs batteries».

Scepticisme

Pour répondre aux problèmes de dépression et de précarité, l'ancienne syndicaliste et députée socialiste Taina Bofferding a estimé qu’il faudrait plutôt compter sur la loi contre le harcèlement moral qui est en phase de préparation et réfléchir à une réforme du congé pour raison familiale. «Je ne sais pas si cinq jours de congés supplémentaires résoudront les problèmes», a estimé la députée socialiste, qui trouvait l’idée des auteurs tout de même «sympathique».

L’ancien syndicaliste et député CSV Marc Spautz a quant à lui estimé que ces jours de congés supplémentaires ne simplifieraient pas l’organisation de la vie familiale. Son collègue de parti et ancien syndicaliste, le député Aly Kaes, s’est pour sa part interrogé sur le fait de savoir si à la place de la hausse des congés annuels, il ne faudrait pas discuter plus globalement du temps de travail au cours de la vie. Aly Kaes rappelait ainsi les conclusions d’une discussion en commission parlementaire il y a un mois sur la question.

La députée Josée Lorsché a pris la défense de son parti, déi Gréng, qui s’est fait critiquer par les auteurs de la pétition parce qu’en 1999 il avait formulé une proposition de loi pour augmenter le congé légal avant de changer d’avis, une fois entré au gouvernement. Josée Lorsché a expliqué que le monde du travail a depuis «bien changé» et la proposition de loi de l’époque ne serait plus adaptée.

Les CCT

Malgré le scepticisme des députés, sauf ceux de déi Lénk, les auteurs de la pétition ont insisté que le congé légal devrait être augmenté à 30 jours, étant donné que quatre salariés du privé sur dix n’ont pas de contrat collectif de travail.

Le ministre socialiste, qui «regrette» cette situation, a estimé qu’il faudrait créer des «incitations» pour que les entreprises et les salariés signent des contrats collectifs de travail. Nicolas Schmit n’a pas dit concrètement quels instruments il envisagerait, mais il a lancé le message aux patrons qu’imposer plus de stress aux employés partirait d’une réflexion à court terme, et mènerait souvent à davantage d’absentéisme.

Le ministre a annoncé qu’il présentera prochainement une analyse sur le paysage des contrats collectifs au Luxembourg.

La souveraineté

Le vrai problème serait, selon Nicolas Schmit, «le rythme et l’intensité du travail». Reconnaissant que «beaucoup de choses ne fonctionnent pas bien et [que] l’évolution n’est pas forcément positive», le ministre socialiste en a renvoyé à Jeremy Rifkin et la transposition de la troisième révolution industrielle qui est en cours.

Sans annoncer des mesures concrètes, sauf éventuellement le droit d'être inaccessible hors des heures de travail, il a déclaré que ces discussions «compliquées», qui visent à réorganiser le travail en rendant en partie «la souveraineté du temps du travail» aux salariés, «doivent s’intensifier».

Les auteurs de la pétition ont estimé que toutes autres pistes pour réduire le temps du travail n'exclueraient pas une augmentation des congés légaux. Pour conclure un débat qui doit, selon le ministre continuer, ils ont exprimé leur espoir «que ces travaux avancent concrètement».