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Réduction du temps de travail sans perte de salaire?



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Selon Étienne Schneider, cette répartition pourrait s’effectuer soit sous forme d’une augmentation du salaire, soit sous forme d’une réduction du temps de travail. (Photo: DR)

Les anciens partenaires CSV et LSAP semblent, à première vue, d’accord pour répartir les gains de productivité sous forme de réduction du temps de travail avec compensation salariale. Pas question en revanche du 35 heures.

Le ministre socialiste, Étienne Schneider, a clarifié lors d’une réunion conjointe des commissions parlementaires de l’économie et du travail, ce mercredi, qu’il n’aurait «jamais envisagé une semaine de 35 heures». Il avait provoqué une levée de boucliers dans le camp du partenaire gouvernemental libéral, y compris le Premier ministre, Xavier Bettel, lorsqu’il avait remis en question la semaine des 40 heures lors du pot du Nouvel An du LSAP en début d’année.

Le débat a néanmoins évolué. Les ministres socialistes Étienne Schneider et Nicolas Schmit ont expliqué ce mercredi devant les députés que la question serait de décider «comment répartir équitablement les gains de productivité» résultant de la digitalisation, de la robotisation et de l’automatisation de l’économie «entre les employeurs et les employés».

Selon Étienne Schneider, cette répartition pourrait s’effectuer soit sous forme d’une augmentation du salaire, soit sous forme d’une réduction du temps de travail. «Et si on parle de réduction du temps de travail, alors évidemment avec compensation totale des salaires» («Lounausgläich» en luxembourgeois).

Un débat international

Le modèle du temps de travail datant d’il y a 40 ans devrait être redéfini en prenant en considération le «travail journalier, hebdomadaire, annuel ou même de toute la vie», et ce de manière «sectorielle». Étienne Schneider estime cependant qu’il faudrait aussi «discuter de jours de congé légal supplémentaires». Petit clin d’œil du ministre vers la pétition demandant six semaines de congé légal par an, qui a récolté plus de 10.000 signatures.

Interrogé sur le risque de nuire à la compétitivité de l’économie luxembourgeoise en cas de réduction du temps de travail, Étienne Schneider a répondu qu’il s’agirait d’un sujet «discuté internationalement».

Les discussions sur la réorganisation du temps de travail feront partie de la transposition des recommandations du rapport du futurologue Jeremy Rifkin sur la troisième révolution industrielle et la question devrait être abordée lors d’un débat au parlement «d’ici l’automne».

Campagne électorale

Les discussions déclenchées par le ministre socialiste n’aboutiront certainement pas à de nouvelles lois dans les mois qui viennent et ressemblent donc forcément à des premières salves de campagne électorale avec les législatives d’octobre 2018 en ligne de mire. Salves qui risquent de continuer à mettre la relation avec le DP à l’épreuve.

Le partenaire de coalition préfère parler de «flexibilisation du travail dans l’intérêt de l’employeur et de l’employé». Le députe libéral, André Bauler, a reconnu ce mercredi que les évolutions technologiques n’auraient jamais évolué à une telle vitesse et qu’il fallait «songer à de nouveaux modèles de travail». En revanche, la réduction du temps de travail aurait toujours résulté d’un processus macro-économique. Ainsi le débat devrait être mené «à tête reposée et de manière nuancée».

Cela dit, le député et président du grand parti d’opposition (CSV), Marc Spautz, a rejoint les réflexions du LSAP. Plutôt que de parler de réduction du temps de travail, il préfère évoquer une «réorganisation du temps de travail qui ne doit pas se limiter aux aspects journaliers et hebdomadaires, mais prendre aussi en compte le travail au cours de toute la vie». En cas de réduction du temps de travail, Marc Spautz a estimé qu’«évidemment, on ne peut pas donner quelque chose à quelqu’un et lui enlever quelque chose autre part».

Marc Baum, député Déi Lénk, le parti de gauche qui revendique depuis des années des réductions du temps de travail, estime que les partis gouvernementaux et le CSV évitent de prendre des décisions en lançant un débat qui aurait déjà dû avoir lieu il y a longtemps. Selon Marc Baum, on assisterait par ailleurs «peut-être déjà à un avant-goût d’une prochaine coalition gouvernementale».