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MSF: «Nous avons un ancrage fort au Luxembourg»



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La présidente de Médecins sans frontières explique comment le Luxembourg peut agir. (Photo: Jan Hanrion)

Le Dr Joanne Liu, présidente de Médecins sans frontières (MSF), explique comment le Luxembourg peut davantage agir pour l’association. Elle fait aussi le bilan de ses six années de présidence.

De quelle manière travaillez-vous avec le Luxembourg?

Dr Joanne Liu. – «C’est la troisième fois que je viens au Luxembourg depuis le début de mon mandat en 2013. Nous avons un bureau ici depuis plus de 30 ans, où travaillent 25 personnes. Nous avons donc un ancrage fort ici, avec des soutiens financiers et politiques durables. Le Luxembourg est notamment l’un des pays qui ont soutenu notre résolution à l’ONU en 2016 pour la protection des installations médicales et des personnels en zones de conflits.

Plus récemment, en décembre dernier, le Luxembourg a aussi défendu le Global Compact de Marrakech (Conférence intergouvernementale sur le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, ndlr). Le Luxembourg fait partie des pays capables d’exprimer une pensée indépendante et libre, ce qui est particulièrement important dans la période incertaine que traverse l’Europe.

Quels sont vos champs d’action en Europe?

«La question de la migration est toujours d’actualité. Nous avons besoin du soutien des États qui ont une ouverture sur ce sujet. Les 68 millions de personnes en situation de déplacement forcé ne disparaîtront pas du jour au lendemain.

Nous cherchons des personnes qui peuvent se déployer sur place et des pays qui peuvent prendre en charge les blessés sur leur territoire.

Dr Joanne Liu,  Présidente,  Médecins sans frontières (MSF)

Les raisons qui les poussent à partir et celles qui les attirent dans tel ou tel pays demeurent: l’équation n’a pas changé. C’est une réalité et il faut y apporter des réponses collectives pour protéger les droits des réfugiés. Le Luxembourg a déjà pris la parole sur ce sujet et doit continuer à le faire.

Quel soutien le Luxembourg peut-il apporter à certaines crises?

«Voilà un exemple de soutien possible. Je reviens de la bande de Gaza, où 26.000 personnes ont été blessées lors de la Marche du grand retour depuis un an. Plusieurs milliers de jeunes ont subi des fractures compliquées et souffrent d’infections au niveau des os (ostéomyélite) qu’il faut absolument traiter. Pour cela, nous avons besoin de capacités médicales supplémentaires.

Dans la bande de Gaza, nous disposons de cinq cliniques et de trois équipes chirurgicales, mais cela ne nous permet de traiter que 25% des blessés au maximum. Nous cherchons donc à la fois des personnes qui peuvent se déployer sur place et des pays qui peuvent prendre en charge les blessés sur leur territoire.

L’interdiction de sauver des vies en Méditerranée constitue une contradiction humaine choquante au 21 e siècle.

Dr Joanne Liu,  Présidente,  Médecins sans frontières (MSF)

Votre mandat prendra fin en octobre. Quels ont été les moments forts de votre présidence?

«Je pourrais résumer mes six années de présidence en trois mots: Ebola, Kunduz, migrants. Il s’agit pour moi de moments charnières, pour lesquels il y a un avant et un après. Ebola a remis en cause la gouvernance mondiale de la santé publique.

L’attaque de notre hôpital de Kunduz en Afghanistan en 2015 a posé la question de la gestion politique de ces attaques. Et les migrations ont fait apparaître un phénomène de criminalisation du migrant et des personnes qui les aident.

L’acte humanitaire est par là même attaqué en plein cœur. Nous sentons qu’un glissement s’opère, plaçant les ONG sur le banc des accusés. L’interdiction de sauver des vies en Méditerranée constitue une contradiction humaine choquante au 21e siècle.

Je suis par ailleurs très reconnaissante de la confiance accordée à MSF par environ 25.000 donateurs réguliers actifs. 95% de nos financements proviennent ainsi de fonds privés, ce qui nous donne une capacité d’intervention beaucoup plus rapide que si nous étions financés par des fonds publics.»