PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

La chronique des chefs économistes

Moins de croissance, plus d’inflation: l’économie sous pression



Nicolas Sopel est senior macro strategist chez Quintet Private Bank. (Photo: Quintet Private Bank)

Nicolas Sopel est senior macro strategist chez Quintet Private Bank. (Photo: Quintet Private Bank)

Crise géopolitique, retour du Covid en Chine, sevrage monétaire: autant de raisons qui font que les perspectives macroéconomiques se détériorent.

Ces derniers mois, les perspectives macroéconomiques se sont sérieusement détériorées. Et ce pour deux principales raisons: tel un oiseau de mauvais augure, le fameux cygne noir, la Russie a attaqué l’Ukraine, et la Chine a très nettement durci sa politique zéro Covid. Ces deux événements ont réanimé et reamplifié le choc sur le côté «offre» de l’économie, qui se remettait à peine de la pandémie. Les pressions inflationnistes qui auraient alors pu s’estomper sont au contraire reparties de plus belle avec l’envolée des prix des matières premières et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, forçant les banques centrales, notamment la Fed, à durcir le ton. Mais les banques centrales coupant le robinet du crédit, la Russie coupant partiellement celui du gaz et l’envolée des prix ont aussi fait ressurgir des inquiétudes sur la croissance.

À court terme, les inquiétudes géopolitiques risquent de persister, et de facto ses effets baissiers sur la croissance et haussiers sur l’inflation. Nous sommes, semble-t-il, encore loin d’une sortie du conflit avec la Russie. Selon Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, la Russie ne vise pas la fin de la guerre le 9 mai, Jour de la victoire en Russie. Par ailleurs, il est vraiment très peu probable que la Chine assouplisse sa politique zéro Covid tant qu’elle n’aura pas produit un vaccin efficace de type ARN messager (entrant prochainement en phase d’essai clinique en Chine) ou un vaccin ciblant le variant Omicron (actuellement testé à Hong Kong). Avoir son propre vaccin efficace permettrait à Pékin de commencer à envisager de sortir de la crise sanitaire.

L’absence de valeurs refuges

Dans cet environnement, les rendements des obligations d’État s’envolent, les spreads de crédits s’écartent, les actions sont sous pression, et le dollar s’apprécie, notamment par rapport à l’euro. Il n’y a même plus de valeur refuge pour les investisseurs: l’or ne performe pas, le franc suisse non plus et le yen est en chute libre. Alors, est-ce que la volatilité ambiante pourrait s’estomper? Depuis la crise financière de 2008, les marchés ont été habitués à être soutenus par les banques centrales quand l’aversion au risque se manifeste. Ils sont maintenant en pleine période de sevrage.

Cependant, même s’il est clair que les banques centrales vont tenter de reprendre la main sur l’inflation en remontant les taux, nous avons toujours pensé que les marchés ont trop agressivement pricé un resserrement monétaire significatif. Nous ne parlons pas encore de «Fed put». Les taux vont continuer de remonter, mais nous estimons qu’ils n’iront pas aussi haut que ce que les marchés anticipent. D’ailleurs, les anticipations du marché ont été, certes très modérément, revues à la baisse suite à la réunion de mai, quand Jerome Powell a écarté une hausse potentielle de 75 points de base. Le président de la Fed est apparu plutôt enclin à préparer un atterrissage en douceur. De plus, avec la réduction du bilan de la Fed à venir, qui agit comme une remontée des taux en toile de fond, alors que les élections de mi-mandat se profilent aux États-Unis et étant donné les nuages noirs qui planent au-dessus de l’économie, peut-on penser que Jerome Powell prenne le risque de remonter au point d’envoyer lui-même l’économie en récession? Cela paraît peu probable. Nous pensons que la Fed a atteint son pic belliciste. D’ailleurs, de l’autre côté de la Manche, la Banque d’Angleterre est dans une position très délicate avec une inflation galopante qui risque de perdurer en 2022 et une perspective de croissance nulle. Les problèmes de croissance outre-Manche nous laissent penser que la hausse des taux au Royaume-Uni, pour le moment, pourrait être proche de la fin.