LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Culture

Conjoncture

«Mettre le Luxembourg sur la carte de l’art en Europe»



Keith O’Donnell, managing partner chez Atoz, Alex Reding, fondateur de Luxembourg Art Week, et Fatah Boudjelida, managing partner chez Atoz. (Photo: Simon Verjus/Maison Moderne)

Keith O’Donnell, managing partner chez Atoz, Alex Reding, fondateur de Luxembourg Art Week, et Fatah Boudjelida, managing partner chez Atoz. (Photo: Simon Verjus/Maison Moderne)

Depuis la première édition de Luxembourg Art Week en 2015, Atoz, société spécialisée en conseil fiscal, est le plus grand partenaire de la foire. Fatah Boudjelida et Keith O’Donnell, managing partners d’Atoz, et Alex Reding, fondateur de Luxembourg Art Week, nous expliquent plus en détail les raisons de ce partenariat au long cours.

Depuis la première heure, Atoz est le principal sponsor de Luxembourg Art Week. Pouvez-vous nous raconter quand et comment votre collaboration a commencé?

Fatah Boudjelida (F. B.) – «La cheville ouvrière est bien entendu Alex Reding, qui a, depuis le début, voulu mettre le Luxembourg sur la carte de l’art en Europe. Lors d’un déjeuner, nous avons discuté de son projet de foire d’art contemporain. Puis, avec Keith O’Donnell, nous avons accepté d’accompagner cette ambition et de mettre en place les bases de ce que pourrait être un partenariat. Il nous semblait important de pouvoir contribuer à faire en sorte que le Luxembourg puisse aussi être identifié et reconnu pour sa scène artistique, avec une foire de qualité, et pas uniquement pour ses compétences sur la place financière.

Keith O’Donnell (K. O’D.) – «Nous étions intéressés aussi par un événement qualitatif, mais avec une ambition large, un accès au monde de l’art ouvert à tous. Cette ouverture nous a vraiment séduits.

Alex Reding (A. R.) «De mon côté, il était essentiel de trouver, dès le démarrage de la première édition, un partenaire fiable et engagé, qui partage cette vision à long terme de cette scène artistique luxembourgeoise qui continue de se développer. Atoz a tout de suite adhéré à cette vision et j’ai reçu un « oui » direct, sincère et immédiat.

En quoi consistait l’apport d’Atoz?

K. O’D. «C’était avant tout une discussion sur la création du projet, le partage d’une vision d’entrepreneurs. Nous avons aussi fondé notre propre cabinet et nous savons ce que c’est que de ne pas avoir de certitudes, mais de croire dans un projet et de s’y lancer avec toute son énergie. À cela s’est ajouté un soutien financier et logistique. Depuis lors, nous élaborons un vrai travail d’équipe. Nous échangeons sur les concepts, le positionnement de la foire… Nous avons notre expertise, Alex a la sienne et nous mettons tout cela au profit de l’événement.

Votre engagement va donc bien au-delà d’un simple apport financier.

K. O’D. «Oui, et Alex aurait certainement pu trouver une autre entreprise que nous pour apporter le côté financier. Mais nous avons préféré retenir le caractère entrepreneurial de cette démarche. C’est donc avant tout le projet et le positionnement dans son ensemble que nous soutenons.

F. B. «La vision d’Alex n’était pas mercantile, et le succès financier n’était pas au cœur de la démarche. Ce que nous recherchions avant tout était de créer une adhésion du public et de tous les acteurs du secteur.

A. R. «Cette adhésion se démontre aujourd’hui à travers les chiffres: pour la première édition, il y a eu 7.000 visiteurs et nous sommes à environ 15.000 visiteurs en 2019. Le nombre de galeries a aussi beaucoup augmenté puisque, la première année, nous étions à 19 galeries, et cette année, nous allons en accueillir 80. Il y a une progression constante et nous atteignons actuellement une taille de foire comparable à Art Genève et un nombre de visiteurs qui tend à se rapprocher de celui d’Art Brussels.

L’objectif de ce club est d’inciter les entreprises à acheter tous les ans au moins une œuvre pendant Luxembourg Art Week, pour soutenir la foire ainsi que les galeries qui y participent et les artistes qu’elles représentent.
Fatah Boudjelida

Fatah Boudjelida,  managing partner,  Atoz

Est-ce que ce partenariat relève aussi d’une forme de responsabilité sociale de la part d’Atoz?

F. B. «Il est vrai que notre partenariat avec ­Luxembourg Art Week s’inscrit aussi dans une démarche plus globale, qui inclut par exemple la création de notre fondation il y a environ 10 ans. Nous nous sommes très tôt posé la question de notre ancrage local, surtout dans le domaine culturel. C’est aussi pour les mêmes motivations que nous sommes partenaires depuis deux ans du Chœur de chambre de Luxembourg. Ces engagements ne se font pas par hasard, ce sont des domaines pointus qui correspondent à nos valeurs.

Cet engagement se manifeste aussi dans le fait que vous avez une collection d’entreprise.

K. O’D. «Nous avons en effet commencé à constituer une collection d’entreprise il y a sept ans. Elle est donc encore assez modeste, mais c’est quelque chose que nous considérons aussi comme une partie de l’obligation qu’a l’entreprise de participer à la société locale dans laquelle elle s’inscrit.

F. B. «C’est dans cette même dynamique que nous souhaitons proposer aux entreprises luxembourgeoises qui ont la volonté de s’inscrire dans cette démarche citoyenne de participer au Patrons Club. L’objectif de ce club est d’inciter les entreprises à acheter tous les ans au moins une œuvre pendant Luxembourg Art Week, pour soutenir la foire ainsi que les galeries qui y participent et les artistes qu’elles représentent. Je suis vraiment interloqué de voir le nombre d’entreprises ou de collectionneurs luxembourgeois qui achètent, parfois beaucoup, mais à l’étranger, que ce soit à Knokke ou à Paris. Alors que les galeristes luxembourgeois font un travail formidable! Si, à notre échelle, nous pouvons mettre un coup de ­projecteur sur la scène locale et inciter les gens à acheter pendant la foire, cela contribuera à avoir une démarche citoyenne et à participer à l’économie artistique luxembourgeoise.

A. R. «En tant qu’organisateurs, nous faisons le travail de réunir des galeries de qualité et un certain nombre de dirigeants d’entreprise qui sont intéressés par l’art. Si ces derniers s’engagent à acheter des œuvres, cela représente un certain volume d’achats qui contribue à donner confiance aux galeries étrangères qui se déplacent à Luxembourg. Ainsi, le Luxembourg rayonne d’une autre manière, c’est une diplomatie douce. Et les chiffres montrent l’intérêt des galeries étrangères pour notre foire puisque nous avons 15 galeries parisiennes et 12 galeries bruxelloises pour cette édition 2021.

K. O’D. «De plus, avoir une collection en entreprise est un vrai atout. Cela offre un apport esthétique dans les espaces de travail, mais aussi des sujets de discussion qui peuvent être valorisés entre membres d’une société et avec les clients de celle-ci. Les œuvres interpellent, permettent une discussion sur d’autres sujets que le business. Luxembourg Art Week est une bonne occasion pour acquérir une œuvre, d’autant qu’avec la section Take Off, le panel de prix est très large et n’exclut pas les ­budgets plus modestes.

Ces événements sont aussi l’occasion d’une initiation. Un grand nombre de personnes rencontrent l’art pour la première fois lors de notre événement.
Alex Reding

Alex Reding,  fondateur de Luxembourg Art Week

Incitez-vous vos clients à participer à la foire?

F. B. «Absolument. Ils sont par exemple invités à la preview et peuvent aussi prendre part à un dîner qui se déroule au cœur même de la foire, au milieu des œuvres d’art. Ils peuvent également participer au cycle de conférences. On essaie de faire vivre cette foire de l’intérieur.

Est-ce que certains d’entre eux ont sauté le pas et acheté une œuvre à cette occasion?

K. O’D. «C’est une bonne question, mais je ne connais pas la réponse. Nous ne les invitons pas avec la logique de les faire acheter, mais de leur faire découvrir ce milieu, qui leur est parfois étranger. S’ils achètent ou non, je ne sais pas. Mais c’est tout à fait possible.

A. R. «Ces événements sont aussi l’occasion d’une initiation. Un grand nombre de personnes rencontrent l’art pour la première fois lors de notre événement. Avec Atoz et l’ensemble des partenaires, nous développons cette énergie pour amener les gens vers l’art. À l’occasion de ces invitations, les participants vivent une première expérience, découvrent la foire et, souvent, reviennent, parfois en famille, au cours du week-end. Il y a une synergie qui se met en place. Les partenariats permettent aussi qu’un maximum de visiteurs prennent goût à l’art.

Nous sommes aujourd’hui à la septième édition. Autant d’années au cours desquelles le partenariat a pu évoluer, et continuera sans doute de s’enrichir à l’avenir…

K. O’D. «L’événement en lui-même a effectivement pris de l’ampleur et s’est enrichi avec les années. Le partenariat évolue avec les besoins de la foire, accompagne son développement. Ces années passées ensemble nous ont aussi permis de mieux nous connaître. Les liens de communication et de confiance se sont renforcés. Nous partageons l’envie et l’ambition de faire grandir l’événement en termes de qualité et de taille, et à l’avenir, si nous avons d’autres idées pour mieux faire rayonner la foire, nous les mettrons en pratique.

F. B. «Nous réfléchissons par exemple à la possibilité de faire vivre et d’animer la communauté qui rayonne autour de Luxembourg Art Week, pas uniquement pendant les quatre jours de la foire, mais tout au long de l’année avec un programme d’événements.

Quand on est entrepreneur, on a tendance à se fixer des objectifs chiffrés, mais Luxembourg Art Week n’est pas une entreprise classique.
Keith O’Donnell

Keith O’Donnell,  managing partner,  Atoz

L’année dernière était une année singulière, sans la possibilité d’exposer physiquement. Comment s’est manifesté votre partenariat dans ces circonstances?

K. O’D. «Nous avons beaucoup discuté pour savoir comment faire. Bien évidemment, nous avons continué de soutenir la foire et l’avons accompagnée dans ce moment difficile, notamment avec un encouragement pour développer la plateforme digitale, même si cette solution ne remplace en rien la confrontation physique avec les œuvres.

A. R. «Pour nous, c’était un immense signe de confiance et de soutien de voir que, malgré cette annulation qui est arrivée mi-octobre, Atoz restait à nos côtés et continuait à nous aider à développer rapidement la version digitale. Nous maintenons d’ailleurs cette présentation encore cette année, car c’est très un bon outil de communication qui a attiré l’an passé plus de 30.000 visiteurs uniques en provenance de 90 pays.

Avez-vous des attentes particulières pour cette édition 2021?

K. O’D. «Un immense succès, bien entendu! Nous n’avons pas particulièrement d’objectifs de résultats en tant que partenaires. Je dois admettre que nous serions un peu déçus si la fréquentation diminuait par rapport à l’édition 2019, mais en même temps, on ne peut pas nier le fait que nous sommes toujours dans une situation sanitaire contraignante et nous devons rester réalistes. Quand on est entrepreneur, on a tendance à se fixer des objectifs chiffrés, mais Luxembourg Art Week n’est pas une entreprise classique. Cette édition marque déjà une progression qualitative par rapport aux galeries participantes et à l’emplacement choisi, qui est plus central et encore plus accessible que la Halle Victor Hugo.

A. R. «La solution de la tente va nous permettre, en effet, d’accueillir les visiteurs dans de bonnes conditions, avec un espace plus grand et une ­circulation adaptée aux mesures Covid-19.»

Cet article a été rédigé pour le supplément «Luxembourg Art Week», de l’ édition magazine de Paperjam du mois de novembre   parue le 28 octobre 2021.

Le contenu du magazine est produit en exclusivité pour le magazine, il est publié sur le site pour contribuer aux archives complètes de Paperjam.

Cliquez sur ce lien pour vous abonner au magazine.

Votre entreprise est membre du Paperjam Club? Vous pouvez demander un abonnement à votre nom. Dites-le-nous via  [email protected]