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Réchauffement climatique

Le méthane, un levier-clé contre la crise climatique



En Europe, les actions pour diminuer les émissions de méthane, un gaz à effet de serre extrêmement puissant, devrait cibler en particulier le secteur des déchets. (Photo: Shutterstock)

En Europe, les actions pour diminuer les émissions de méthane, un gaz à effet de serre extrêmement puissant, devrait cibler en particulier le secteur des déchets. (Photo: Shutterstock)

Le méthane, gaz à effet de serre extrêmement puissant, est responsable de 30% du réchauffement climatique. Mais il se décompose rapidement dans l’atmosphère, et des solutions disponibles et faciles permettraient d’en réduire les émissions à court terme, note un récent rapport de l’Onu.

Réduire les émissions de méthane est un des leviers les plus puissants pour agir contre le réchauffement climatique, note un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et de la Coalition pour le climat et l’air pur (CCAC) (un partenariat mondial de gouvernements et de partenaires non étatiques), publié le 6 mai.

Issu des combustibles fossiles (traitement du pétrole et du gaz), des décharges et des déchets ainsi que de l’agriculture (principalement liée au bétail), le méthane est un gaz à effet de serre extrêmement puissant: s’il représente près d’un cinquième des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il est responsable d’environ 30% du réchauffement depuis l’ère préindustrielle.

Mais le méthane a tout de même un avantage: contrairement au CO2 qui reste dans l’atmosphère pendant des siècles, il se décompose rapidement et disparaît en grande partie au bout d’une décennie. Et offre ainsi la possibilité de réduire rapidement le taux de réchauffement de la planète à court terme.

Un levier puissant

Ainsi, selon le rapport du PNUE et de la CCAC, une réduction de 45% des émissions de méthane durant la prochaine décennie permettrait d’éviter un réchauffement de près de 0,3°C d’ici 2045. Ce qui permettrait de garder à portée de main l’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

L’autre caractéristique que pointe le rapport est que, pour atteindre cet objectif de 45% de réduction, des solutions «facilement disponibles» existent. «La bonne nouvelle, c’est que la plupart des actions requises apportent non seulement des avantages climatiques, mais aussi des avantages sanitaires et financiers, et que toutes les technologies nécessaires sont déjà disponibles», assure ainsi Drew Shindell, professeur de sciences du climat à l’université Duke aux États-Unis, et coordinateur de l’évaluation pour le CCAC.

Des mesures peu coûteuses

Les émissions de méthane peuvent ainsi être réduites de 30% d’ici 2030, principalement dans le secteur des combustibles fossiles, assure le rapport. Et si la plupart des mesures – environ 60% – sont peu coûteuses, la moitié ont même un «coût négatif»: les entreprises gagneraient de l’argent en adoptant une telle politique.

Ces mesures devraient cibler certains domaines en fonction des spécificités de chaque région, selon le rapport. Ainsi, en Europe et en Inde, le plus fort potentiel se situe dans le secteur des déchets. En Chine, il provient de la production de charbon et de l’élevage, tandis qu’en Afrique, il est issu de l’élevage, suivi du pétrole et du gaz.

Des émissions au plus haut

Au-delà de ces mesures ciblées, des politiques plus générales – transition vers les énergies renouvelables, efficacité énergétique résidentielle et commerciale, réduction des pertes et des déchets alimentaires – restent nécessaires, rappelle le rapport, et permettraient de réduire les émissions de méthane de 15% supplémentaires d’ici 2030.

Mais, si les moyens semblent là, reste à les mettre en œuvre. Et dans l’urgence. Car la situation ne cesse de se dégrader: les émissions de méthane d’origine humaine augmentent plus rapidement que jamais depuis le début des relevés dans les années 1980. Et, malgré la pandémie, la quantité de méthane dans l’atmosphère a atteint des niveaux record l’année dernière.

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