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Arts du spectacle

Une marionnette transformiste débarque au Kinneksbond



Hen, diva enragée et virile à la fois, marionnette drag-queen sans tabou, se raconte et interroge sur le genre cette semaine au Kinneksbond de Mamer. (Photo: Christophe Raynaud de Lage)

Hen, diva enragée et virile à la fois, marionnette drag-queen sans tabou, se raconte et interroge sur le genre cette semaine au Kinneksbond de Mamer. (Photo: Christophe Raynaud de Lage)

Le centre culturel de Mamer accueille vendredi et samedi le spectacle «Hen» de Johanny Bert, qui met en scène un personnage à la fois queer, transgressif et attendrissant: une marionnette drag-queen et sans tabou qui s’annonce haute en talons et en couleur…

Hen, c’est son nom. Corps de mousse, de bois, de métal et de latex, sculpté minutieusement, ce personnage «marionnettique», manipulé sur scène à vue par deux acteurs, se transforme et joue avec les images masculines et féminines grâce à ce corps pouvant muter avec sarcasme et insolence au gré de ses envies. Pour ce nouveau projet, l’ancien directeur du prestigieux Centre dramatique national de Montluçon, Johanny Bert, s’attaque ainsi à deux univers très différents, mais qui semblent trouver dans ce personnage unique un terrain d’entente particulièrement propice à l’évolution des mentalités.

Car Hen, c’est aussi le pronom suédois entré dans le dictionnaire en 2015 permettant de désigner indifféremment un homme ou une femme… Et plus généralement, même s’il reste encore un sacré bout de chemin à faire, il est indéniable que le spectre du genre se fait de plus en plus visible, notamment grâce à des succès médiatiques retentissants comme l’émission «RuPaul’s Drag Race», ode à la culture «drag» récompensée à de nombreuses reprises ces dernières années.

La marionnette comme outil de revendication

Connaissant le goût prononcé du directeur du Kinneksbond, Jérôme Konen, pour ce genre de thématiques sociales très contemporaines, il n’est pas surprenant de voir cette communauté queer débarquer sur la scène de Mamer sous la forme d’une marionnette décomplexée, comme en atteste sa note d’intention:

«La marionnette a une histoire complexe et passionnante dans son rapport à la subversion. Si elle a parfois subi la censure, elle a aussi été manipulée: tantôt au service de l’évangélisation, tantôt au service de l’effort de guerre – à travers l’exemple d’une marionnette partisane, comme durant la guerre d’Espagne –, elle fut aussi utilisée comme outil de propagande servant un appareil d’État ou encore servant les discours identitaires lors de l’époque coloniale…

Mais, selon les pays, la marionnette a aussi été une prothèse masquée permettant de lever le poing, comme une forme d’engagement. Le montreur-manipulateur était caché dans le castelet et pouvait assumer des propos politiques, engagés socialement ou à caractère érotique…»

On peut donc s’attendre avec délectation à ce que Hen, personnage exubérant, plein de vie, diva enragée et virile à la fois, se raconte de manière aussi désinvolte que désinhibée, dans un décor tantôt inspiré des cabarets berlinois des années 30, tantôt de la scène performative queer actuelle… Girl, tout un programme!

«Hen» de Johanny Bert au Kinneksbond, vendredi 04/06 et samedi 05/06. Tickets ici