PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

Marchés émergents: rotation en vue



Pour David Rees, les investisseurs doivent tenir compte d’une rotation au sein des marchés émergents dans le courant de l’année. (Photo: Schroders)

Pour David Rees, les investisseurs doivent tenir compte d’une rotation au sein des marchés émergents dans le courant de l’année. (Photo: Schroders)

Alors que les marchés asiatiques – Chine, mais aussi pays émergents – ont bien commencé l’année, Schroders s’attend à un retournement qui profitera aux pays émergents hors Asie.

Les spécialistes de Schroders pour les marchés émergents prévoient une année 2021 de bonne facture avec une croissance moyenne de 7%. Mais, alors que ce sont les marchés asiatiques qui font figure de locomotives, la société de gestion d’actifs estime qu’une rotation va s’opérer dans le courant de l’année et que le relais de la croissance va passer à court terme à d’autres pays émergents. Le relais sera alors pris par d’autres pays émergents au fur et à mesure que les stocks se rempliront et que l’économie mondiale se redressera, ce qui fera glisser la demande des biens de production vers les services. Cela peut entraîner un retournement de la surperformance récente des marchés émergents asiatiques.

David Rees, senior emerging markets economist, y voit trois raisons majeures.

D’abord, les principaux indicateurs de l’économie chinoise semblent avoir atteint un sommet. «Les décideurs politiques chinois font preuve de prudence dans la réduction des stimulants monétaires et budgétaires. Mais un resserrement progressif, combiné à un renforcement de la régulation du secteur immobilier, mettra la pression sur l’activité économique», estime-t-il. Conséquence, il prévoit un recul de la croissance chinoise à 5,7% en 2022.

Fin de cycle en Asie

Deuxième raison: le cycle de l’industrie manufacturière arrive en bout de course en Asie. «La raison de ce recul est que les entreprises ont rattrapé la forte demande de biens pendant la pandémie et que les commandes à l’exportation se sont réduites. Ceci a supprimé un stimulant important favorisant la forte croissance de la production industrielle. La position centrale de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement mondiale signifie que, normalement, le secteur industriel chinois prend la tête dans le reste de l’Asie (voire du monde), ce qui indique que le cycle de stocks dans la région va bientôt connaître un revirement. Au fur et à mesure que les mesures de stimulation dans les pays occidentaux, en particulier aux États-Unis, seront introduites, la demande repartira légèrement. Quelques exceptions soutiendront l’activité économique, notamment dans le secteur des semi-conducteurs. Mais, globalement, il apparaît que l’industrie exportatrice perdra de la puissance dans le courant de l’année, au fur et à mesure que la reprise de l’économie mondiale fera glisser la demande des biens vers les services.»

Normalisation de l’activité

Troisième raison: la croissance va s’accélérer. «Au moment précis où l’activité industrielle en Asie tiédira, la croissance sur les autres marchés émergents va s’accélérer à mesure que les pires effets de la crise du Covid s’estomperont et que la vaccination atteindra sa vitesse de croisière. De nombreux pays asiatiques ont relativement bien traversé la crise du Covid et dépendent davantage de l’industrie de transformation. Ils profiteront donc moins de la vaccination et de la ‘normalisation’ de l’activité que d’autres marchés émergents au secteur de services plus développé.»

Tous les pays émergents ne seront pas égaux face à cette nouvelle donne. David Rees prend l’exemple du Brésil et de l’Inde, «qui semble devoir bientôt affronter une nouvelle vague de contaminations». Mais il s’attend à une bonne performance des actions d’Amérique latine.