PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique financière

Les marchés boursiers au 2e semestre 2020: vers un jeu à somme nulle?



Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest.  (Photo: Maison Moderne)

Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest.  (Photo: Maison Moderne)

Après de sévères corrections au premier trimestre de l’ordre de 35 à 40%, les marchés boursiers ont fortement rebondi pour afficher des performances de -5% depuis le début de l’année, si on se réfère à un indice mondial des valeurs en euros (EUR): le MSCI World.

Cette performance, qui semble étonnamment résistante face à une pandémie mondiale qui peine à être contrôlée et à une crise économique dont nous mesurons seulement les premiers effets, masque une forte divergence entre les actions des différents secteurs et zones géographiques.

Les indices européens sont en baisse de 13% depuis le début de l’année, le Japon est à -10%, alors qu’aux États-Unis l’indice S&P 500 des 500 plus grosses capitalisations boursières affiche une hausse de 2,3% en 2020, à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Parmi ces 500 plus grandes valeurs, quatre titres: Google, Microsoft, Apple et Amazon représentent plus de 20% de l’indice et faussent la lecture des performances. Sans leurs résultats spectaculaires, les indices américains seraient eux aussi en baisse de l’ordre de 10% depuis le début de l’année.

Le Nasdaq, indice phare de la «nouvelle économie», est en hausse de 21% et profite des réallocations des investissements vers le commerce électronique, le stockage (cloud) et les infrastructures informatiques. Si d’autres secteurs, tels que l’environnement ou la santé, tirent également leur épingle du jeu, les marchés émergents ont eux aussi plutôt bien résisté, avec une performance de -2% en 2020. La Chine notamment, grâce à une politique de gestion de la crise sanitaire très drastique et un plan de relance à la hauteur des enjeux, affiche une hausse de 10% cette année.

Dans l’environnement macroéconomique actuel, tant que les réalités liées à la distanciation sociale restent présentes, il semble encore tôt pour se positionner pour un rebond de la ‘vieille économie’ dans les pays occidentaux.
Bertrand Schmeler

Bertrand Schmeler,  senior vice president,   CBP Quilvest

En dehors de ces quelques secteurs qui attirent l’essentiel des flux des investisseurs, la plupart des valeurs de la cote sont en forte baisse: non seulement les secteurs directement liés à la distanciation sociale forcée (tourisme, divertissement, transports, immobilier commercial…), mais aussi ceux qui par ricochet continueront de souffrir d’une hausse du chômage et des faillites des petites et moyennes entreprises dans les prochains mois: banques, consommation, industrie…

Face à cet environnement, quelles sont les perspectives pour la deuxième moitié de l’année? On s’oriente visiblement vers un jeu à somme nulle, dans lequel l’abondance de liquidités (fournies par les banques centrales et les incitations fiscales) devant être investies et un positionnement toujours très prudent de la part des investisseurs viendront soutenir des marchés financiers plombés par des perspectives macro-économiques sombres et des résultats d’entreprises revus à la baisse. Si le potentiel de baisse semble limité compte tenu de l’abondance de liquidité non investie à ce jour, les perspectives de hausse généralisée des indices le semblent tout autant.

La lecture des résultats récents du deuxième trimestre montre qu’en dehors de certains secteurs (technologie, santé…), les entreprises peinent à établir des prévisions de résultats sur un horizon de 6 à 12 mois, tant les risques d’une poursuite de la pandémie restent réels et tant que la demande finale des entreprises et des consommateurs restera inférieure à la normale.

Face à ce phénomène, l’attitude des investisseurs se résume – comme à la fin de la décennie 1990 – à se concentrer uniquement sur quelques valeurs de croissance, en ignorant complètement les risques liés à une évaluation excessive et à la concentration sur quelques titres phares; certes les résultats des entreprises et les business models des secteurs de la technologie sont aujourd’hui plus matures qu’au début des années 2000, mais il est dangereux d’extrapoler les résultats actuels à l’infini.

Dans l’environnement macroéconomique actuel, tant que les réalités liées à la distanciation sociale restent présentes, il semble encore tôt pour se positionner pour un rebond de la «vieille économie» dans les pays occidentaux. Les valeurs de croissance liées à la santé, l’environnement et la technologie (sur laquelle il convient de prendre des profits) continueront de soutenir les indices.

Le marché boursier chinois devrait selon nous continuer à performer mieux que les autres indices.
Bertrand Schmeler

Bertrand Schmeler,  senior vice president,   CBP Quilvest

Le marché boursier chinois devrait selon nous continuer à performer mieux que les autres indices. Les indicateurs avancés de l’économie chinoise (PMI du secteur des services au plus haut historique) ont fortement rebondi depuis mars pour afficher un niveau très soutenu, similaire à 2009, période au cours de laquelle l’économie chinoise tirait à elle seule le reste de l’économie mondiale en dehors de la récession.

L’économie chinoise bénéficie non seulement de solides incitations fiscales et monétaires (baisse des taux), mais surtout d’un effort sans précédent de son système bancaire, appelé à «sacrifier» 200 milliards d’USD de profit, afin d’accorder des aides (crédits et garanties) aux petites et moyennes entreprises.

Enfin, le gouvernement – dans un rare communiqué – a laissé très clairement entendre qu’un marché boursier fort était dans l’intérêt du pays, tout en favorisant l’investissement des épargnants vers la bourse. Si dans le monde occidental, les investisseurs ont l’habitude d’aligner leurs intérêts avec celui des banques centrales («Do not fight the Fed…»), en Chine, il convient de «suivre» les indications du gouvernement!

Enfin, nous continuons de privilégier également quelques fonds d’investissement actifs dans le «long/short equity». Certains gérants, que nous avons identifiés depuis quelques années, prennent des positions haussières sur les entreprises qui sortiront gagnantes de cette crise et baissières sur celles qui, à l’inverse, devront repenser leur business model ou… disparaître. Ces gestionnaires profitent à nouveau d’un environnement fortement sélectif et devraient continuer d’afficher des performances positives.