POLITIQUE & INSTITUTIONS — Monde

ROBERT HARMSEN (UNIVERSITÉ DU LUXEMBOURG)

«Le Luxembourg serait mieux servi par Biden»



«Le Luxembourg serait mieux servi par la politique de réengagement de Biden», estime Robert Harmsen. «Mais le gouvernement réussira à travailler avec quelque administration que ce soit, celle de Trump ou de Biden. Il n’y a d’ailleurs pas eu de problèmes particuliers durant ces quatre dernières années.» (Photo: Université du Luxembourg)

«Le Luxembourg serait mieux servi par la politique de réengagement de Biden», estime Robert Harmsen. «Mais le gouvernement réussira à travailler avec quelque administration que ce soit, celle de Trump ou de Biden. Il n’y a d’ailleurs pas eu de problèmes particuliers durant ces quatre dernières années.» (Photo: Université du Luxembourg)

Comme lors des élections présidentielles d’il y a quatre ans, si Biden mène au niveau du vote populaire, Trump garde ses chances avec le collège électoral, selon Robert Harmsen, professeur de sciences politiques à l’Université du Luxembourg. Le Luxembourg gagnerait à ce que le démocrate remporte l’élection.

Joe Biden devance largement Donald Trump dans les sondages, comme cela était le cas pour Hillary Clinton il y a quatre ans. Peut-on à nouveau envisager une victoire surprise de Donald Trump?

Robert Harmsen. – «Oui, c’est à peu près la même situation qu’il y a quatre ans: il est presque certain que Biden va gagner le vote populaire. Et il a même un avantage dans une majorité des fameux ‘swing states’, comme dans le Michigan, le Wisconsin, la Pennsylvanie, la Géorgie ou l’Arizona. Mais cela reste serré. Et Trump a encore une chance au niveau du collège électoral.

La différence est le nombre extraordinaire de votes postaux en avance, qui a dépassé jeudi les 80 millions, ce qui limite les effets de surprise.

Quelles informations nous donnent ces votes en avance? Le décompte a-t-il commencé pour ceux-ci?

«Le système électoral n’est pas géré au niveau national, mais par les États fédérés. Ainsi, en Floride, le décompte des votes est effectué et on s’approche des résultats finaux: c’est très serré, avec 1 à 2% d’avance pour Biden – ce qui reste dans la marge d’erreur statistique. Mais il est par exemple interdit de faire le décompte en Pennsylvanie.

Et il faut aussi prendre en compte le fait que ce sont surtout les démocrates qui votent en avance.

Donald Trump a laissé planer l’ambiguïté sur le fait qu’il accepterait la victoire de son adversaire. À quoi peut-on s’attendre?

«Si Trump perd, il est presque certain qu’il va contester les résultats. Toute sa stratégie consiste à délégitimer les votes postaux. Cela ne repose sur aucune base, mais on peut s’attendre à des litiges à ce sujet, qui continueront après les élections.

Si la victoire de Biden est large, Trump n’aura pas de soutien du parti républicain. Mais si le vote est serré, la situation pourrait être vraiment toxique, comme en 2000 quand Al Gore a contesté la victoire de George Bush. Finalement, la Cour suprême a dû trancher, dans un climat qui, rétrospectivement, était bien plus civil.

Quelle pourrait être la décision de la Cour suprême?

«La Cour suprême va probablement rester prudente et adopter une ligne institutionnaliste, en ne se prononçant pas directement, mais en se référant à la décision des États.

À qui profite ce système électoral des grands électeurs?

«Actuellement, cela donne un avantage aux républicains, car le vote d’un habitant d’un petit État – en général plus conservateur – vaut davantage que celui d’un grand. Le vote compte ainsi plus dans le Wyoming qu’en Californie. C’est d’ailleurs le même problème pour le Sénat.

Est-ce qu’une réforme de ce système est envisageable?

«Il y a beaucoup de discussions académiques, mais très peu de chances que cela advienne. La tradition est trop ancrée au niveau fédéral.

Une modification est plus probable au niveau des États. Le principe du ‘winner takes all’ n’existe pas dans des États comme le Nebraska ou le Maine. Mais il y a finalement assez peu de chances que cela soit étendu dans d’autres États.

Le taux de participation était seulement de 50% aux dernières élections présidentielles. Peut-on s’attendre à plus de participation cette année?

«Il sera nettement plus élevé par rapport aux normes américaines. On en a déjà un premier aperçu avec le vote par correspondance. Même s’il est sûr que la pandémie a accentué ce phénomène.

Qu’est-ce que changerait une élection de Joe Biden au niveau de la diplomatie internationale?

«Biden réengagerait les États-Unis dans le multilatéralisme et dans une meilleure relation avec ses alliés en Europe et en Asie.

Et il est un atlantiste traditionnel. Il soutiendrait à nouveau l’Otan. Même si la relation atlantiste a vécu depuis la Seconde Guerre mondiale et qu’il faut désormais la voir dans un contexte multilatéral plus large.

Et si Trump obtient un second mandat?

«Avec Trump, le risque est celui d’une érosion encore plus marquée au soutien de l’Otan. Mais, surtout, cela risque d’être toujours aussi imprévisible.

Mais, que ce soit Biden ou Trump, l’évolution à long terme ne changera pas sur certains aspects. C’est le cas pour la Chine: la politique sera plus ferme et plus restrictive.

Quelle conséquence pour le Luxembourg?

«Le Luxembourg serait mieux servi par la politique de réengagement de Biden. Mais le gouvernement réussira à travailler avec quelque administration que ce soit, celle de Trump ou de Biden. Il n’y a d’ailleurs pas eu de problèmes particuliers durant ces quatre dernières années.»