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Le Luxembourg fait la chasse au plastique



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Interdiction  – Le plastique à usage unique disparaîtra du paysage européen d’ici 2021, mais le Luxembourg s’engage à le faire pour fin 2020. (Photo: Shutterstock)

Alors que la gestion des plastiques à usage unique inquiète tous les gouvernements, l’Europe vient d’adopter une directive pour supprimer une dizaine de produits parmi les plus polluants d’ici 2021. Le Luxembourg se veut encore plus ambitieux en se fixant des objectifs plus forts et des délais plus courts. Explications.

Les plastiques à usage unique viennent de faire l’objet d’une interdiction de la Commission européenne d’ici 2021. Pailles, cotons-tiges, assiettes et couverts ou encore tiges à ballon...

La proposition se concentre sur les 10 produits les plus répandus sur les plages européennes, qui représentent 86% de tous les déchets de ce type retrouvés sur les côtes et environ la moitié de tous les déchets marins à base de plastique. Mais pour le Luxem­bourg, ce n’est pas encore assez ambitieux.

La ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable Carole Dieschbourg souhaite en effet que le Grand-Duché devienne l’un des leaders mondiaux de la gestion des déchets. «Les gens attendent de nous des décisions courageuses pour réduire vraiment les plastiques à usage unique. La directive concerne des choses qui sont simples à réduire. Mais il reste encore beaucoup à faire», estime-t-elle.

Plus loin que l’Europe

Pour dépasser les interdictions de cette directive trop frileuse selon la ministre de l’Environnement, le Luxembourg va s’approprier la loi climat: «On veut aller plus loin. On va, encore cette année, déposer une loi en retravaillant la loi climat actuelle et introduire aussi les détails de la directive européenne pour la réduction des déchets et des plastiques. Et, en parallèle, on va élaborer avec la population une stratégie zéro déchet au Luxem­bourg», indique la ministre, qui n’a pas communiqué les détails de cette consultation populaire.

L’un des grands défis que se fixe Carole Dieschbourg, «c’est de mieux collecter et séparer les plastiques. Mais il faut commencer par la réduction du nombre de plastiques et la prévention pour en finir avec l’utilisation unique.»

Le prochain grand chantier du gouvernement dans ce domaine sera de s’attaquer aux sacs en plastique dans les supermarchés. Les grands modèles ont déjà été supprimés des rayons, mais il reste la problématique de ceux qui sont distribués au rayon fruits et légumes.

«On peut les remplacer par des sachets en papier, mais le bilan n’est pas forcément meilleur pour l’écologie», estime-t-elle. Le gouvernement planche donc actuellement sur une solution de remplacement plus efficace et positive pour l’envi­ron­nement via des cellules de réflexion. Aucune date n’a toutefois été clairement définie pour le remplacement définitif du plastique dans les supermarchés luxembourgeois.

Une longueur d’avance pour les entreprises

Une conviction que partage également la directrice d’IMS Luxem­bourg, le réseau des entreprises luxembourgeoises engagées en matière de RSE, qui a mis en place un manifeste avec une cinquantaine de ses membres.

«On leur a proposé, sur la base du premier texte de la directive, de s’engager à supprimer tous les plastiques à usage unique pour fin 2020. On va beaucoup plus loin que le texte voté, qui ne comprend pas les bouteilles ou les gobelets par exemple», se réjouit Nancy Thomas .

En parallèle, IMS a réalisé un audit pour déterminer la quantité de plastique consommée par ses membres. Les 50 entreprises ont déclaré utiliser plus de 2 millions de gobelets en plastique! Une goutte d’eau à l’échelle du Luxem­bourg. La part de déchets plastiques dans les déchets résiduels au Grand-Duché plafonne tout de même à 29.600 tonnes pour 2016, selon l’administration de l’environnement.

Une matière qui est, de plus, très peu recyclée: 32,6% des résidus plastiques connaissent une seconde vie. Alors que pour le verre, on atteint 98,3% de recyclage.

Des solutions adaptées à la réalité

Du côté d’IMS aussi, on travaille à apporter des solutions pour réduire ses déchets au quotidien. Comment se passer des plastiques qui entourent les chips et autres snacks salés ou sucrés?

«Dans l’audit, on a déterminé qui en utilisait et quels étaient leurs fournisseurs. On va maintenant échanger avec les fournisseurs pour voir ce qu’ils peuvent proposer comme alternative», explique Nancy Thomas.

Les Luxem­bourgeois semblent prêts à s’investir pour leur planète. «On espérait avoir une vingtaine d’entreprises dans ce groupe de travail pour le climat et nous en avons finalement 50 qui ont démontré une vraie volonté de changement. On aura aussi notre grand forum le 25 avril prochain où ce sujet sera mis à l’honneur, en appuyant sur les solutions que nous avons trouvées. On publiera ensuite les meilleures pratiques pour partager cela avec toutes les entreprises qui souhaitent diminuer leur em­preinte écologique.»

Un premier pas conséquent pour le Luxembourg, qui espère servir d’exemple auprès de l’Union européenne pour un meil­leur futur.