ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Tendance émergente

Le local et le bio entrent dans la danse



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Les consommateurs font attention  à leur santé et à l’environnement. (Photo: Maison Moderne)

Les magasins bio ou proposant du local se multiplient. Preuve de l’engouement pour cette tendance à consommer d’une manière différente.

À l’heure où les grands centres commerciaux continuent d’émerger, une tendance de fond se profile dans le panier du consommateur: celle de consommer des produits plus respectueux de notre santé… et de notre environnement. De quoi propulser les créneaux du bio et du local de phénomènes de mode à tendances de fond avec 17 magasins pure player qui emploient au total environ 250 personnes. Dernière ouverture en date: celle, à la mi-octobre, d’un deuxième magasin Naturalia (du groupe Monoprix) à Luxembourg-ville.

«Le Lux­embourg représente aujourd’hui moins de 1% de notre activité, mais nous avons noté un fort engouement avec notre premier magasin situé dans le quartier Gare à Lux­embourg-ville, c’est pourquoi nous avons une volonté de nous développer dans le pays», explique Philippe Huger directeur de Naturalia Lux­embourg. Pour ses produits, Naturalia Luxem­bourg se fournit à 90% en France, auprès de sa maison mère. «Mais nous axons aussi nos produits sur le local, avec des gammes de vins luxembourgeois par exemple, ou du pain produit dans le pays.»

En matière de magasins spécialisés, Naturalia fait face au pionnier et emblématique Naturata, qui compte en moyenne 3.000 clients par jour. «Nos fournisseurs premium sont les agriculteurs de la coopérative Biog (qui appartient au groupe Oikopolis, tout comme Naturata, ndlr), mais ils ne peuvent pas produire assez pour toute l’année, donc nous faisons appel à d’autres producteurs biologiques», précise Sigmund Walbaum, gérant de Naturata. Sa pensée résume toute la problématique du secteur au Luxembourg.

«Notre première ­priorité est de nous approvisionner le plus près possible», con­firme Anne-Claire Delval , en charge des relations presse d’Ouni. Cette ­coopérative a ouvert son premier magasin en 2016, avec comme concept une épicerie 100% bio, locale et sans emballages, et un deuxième magasin ouvrira prochainement à Dudelange. «Pour certains produits, il est impossible de se fournir localement, comme pour les carottes ou les œufs, nous y arrivons. Au total, 74% des fruits et légumes sont locaux et viennent du Lux­em­bourg, d’Allemagne et de France. Biogros est un de nos fournisseurs.»

Et si la demande est forte de la part des consommateurs, «la production locale ne peut pas la suivre», remarque Goy Grosbusch , administrateur délégué et quatrième génération à la tête de l’entreprise familiale luxem­­­bourgeoise Grosbusch Fruits & Vegetables qui travaille avec plus de 700 fournisseurs. «La taille du pays et son climat font que nous ne pourrons jamais être autosuffisants. Mais nous soutenons et encourageons les agriculteurs locaux à se développer, et nous cherchons toujours les ­circuits courts, à moins de 100 kilomètres. Le bio se développe également puisqu’il représente 9% de notre chiffre d’affaires.» Pour ­promouvoir l’idée des circuits courts, l’entreprise avait planté 1.000 arbres fruitiers en 2016 à côté de son nouveau dépôt à Ellange, afin de produire ses propres fruits.

Une culture maraîchère en hausse de 300%

Selon les derniers chiffres publiés par Eurostat en 2017, les consommateurs luxembourgeois utilisent principalement deux canaux de distribution pour acheter des produits biologiques: les grandes et moyennes surfaces (à environ 63%) ainsi que les magasins spécialisés. Les premières l’ont bien compris puisqu’elles se positionnent également dans ce domaine et misent une partie de leur stratégie de développement sur le bio et le local (voir les pages 48 et 52).

«On a évidemment repéré cette tendance et on essaye d’y répondre, confirme Julien Wathieu, porte-­parole de Lidl. Dans chaque magasin, on a ­environ 50 références bio. Cela monte à 90 quand c’est une semaine d’action.» «Un produit sur 5 qui se crée est bio, on ne peut l’ignorer», souligne de son côté David Legrand, country manager pour Colruyt. Et la tendance va encore plus loin puisqu’il n’est pas rare de trouver des produits véganes, sans aucune origine ­animale, dans les hyper­marchés.

Du côté des producteurs, certains font le choix de vendre leurs produits aux supermarchés, à l’image de la société Legulux, ­installée à Weiswampach. «Nous pouvons travailler plus sereinement, sachant que toute la production d’asperges sera achetée par Cactus», appuie son codirigeant, Luc Hoffmann, agriculteur et maraîcher. Pour Sandrine Pingeon, à la tête des Paniers de Sandrine, le choix est tout autre. «J’ai, au contraire, choisi de ne faire que de la vente aux privés, qu’il s’agisse de particuliers ou de restaurateurs.

Être en contact direct avec la clientèle permet de plus riches échanges», explique la Vosgienne d’origine, qui cultive 250 variétés de fruits et légumes sur environ 4 hectares de jardin. «La grande distribution demande aussi des productions calibrées, ce que nous ne pouvons pas assurer. Et c’est elle qui fixe les prix et les marges, des exigences qui ne me convenaient pas.»

30 ans pour Oikopolis

Le groupe Oikopolis, qui a fêté ses 30 ans le 16 octobre dernier, est issu de la coopérative Bio-Bauere-Genossenschaft Lëtzebuerg (Biog), fondée en 1988. Autour de Biog, qui représente aujourd’hui près de 30 fournisseurs locaux, sont ensuite apparus les magasins Naturata et le grossiste bio Biogros. Naturata compte 11 magasins spécialisés, et Biogros possède 3.500 références de fruits et légumes, produits secs et produits laitiers.

Encore du boulot pour le bio

Les alternatives pour consommer autre chose que des produits dits «conventionnels» se multiplient. En 2017, selon Eurostat, le panier alimentaire moyen au Grand-Duché était composé à près de 8% de produits bio, soit le quatrième taux le plus élevé de l’Union européenne.

Des produits qui ne sont donc pas forcément locaux, puisque le pays ne se classe que 23e concernant la part des terres consacrées à l’agriculture biologique. Celle-ci gagne pourtant du terrain. En 2015, une centaine d’exploitants exerçaient leur activité sur une superficie de 4.216 hectares. En 2016-2017, les surfaces engagées en bio s’élevaient à 5.446 hectares, soit 4,14% – contre 3,2% en 2015 – de la totalité des surfaces agricoles au Luxembourg.