PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

Investir dans la révolution



Wesley Lebeau est convaincu de l’importance pour le marché des sociétés disruptives. (Photo: CPR/Amundi)

Wesley Lebeau est convaincu de l’importance pour le marché des sociétés disruptives. (Photo: CPR/Amundi)

Le fonds Invest Global Disruptive Opportunities CPR AM, filiale d’Amundi, mise sur la disruption. Avec succès: depuis septembre 2017, il affiche un rendement de 16,37%.

La disruption: un mot qui fait peur dans l’économie traditionnelle. L’idée, c’est que des «créatifs», «des visionnaires», développent des produits ou des services tellement innovants, simples et meilleurs marché que les entreprises bien établies que ces dernières peuvent se retrouver d’un coup désintermédiées. Autrement dit, qu’elles disparaissent de la chaîne de valeur d’une activité. L’exemple type est celui des plateformes style Airbnb ou Uber qui ont redistribué les cartes dans les secteurs de l’hôtellerie et des transports en commun.

Mais la disruption a aussi ses bons côtés sur les marchés boursiers, où elle est synonyme de surplus de croissance et donc d’opportunités.

Fonds global equities 2.0

C’est sur ce créneau que la société de gestion de patrimoine CPR a lancé son fonds CPR Invest Global Disruptive Opportunities. L’objectif est de miser sur les différentes formes de disruption en cours dans la société. L’idée est venue au moment où les fonds thématiques technologiques se multipliaient – biotechnologie, robots, intelligence artificielle et autres – et affichaient des performances supérieures aux indices de référence. «Tous ces fonds avaient comme point commun la disruption», raconte Wesley Lebeau, le gestionnaire. Qui, plutôt que de fonds thématique global, préfère parler d’un fonds global equities 2.0. «Un fonds multisecteur touchant à toutes les géographies, par nature capable de traverser les différentes phases de marché et qui va pouvoir générer de la performance sur un temps relativement long de manière constante grâce à un univers d’investissement relativement large et cette capacité d’investir dans différents cycles.»

Investir dans les start-up disruptives est le cœur de métier des investisseurs en private equity. Wesley Lebeau a une vision plus large et veut investir sur tout le cycle de la disruption. Le fonds peut certes investir dans des valeurs jeunes et petites en termes de capitalisation, mais aussi, surtout, «dans des sociétés plus matures, d’une taille un peu plus importante et qui ont réussi à prendre le virage de cette disruption, à investir, à faire des acquisitions, à faire des spin-off pour être bien orientées vers le nouveau paysage disruptif dans lequel on observe.» Wesley Lebeau revendique un biais «moyenne capitalisation» dans la stratégie. «Nous avons plus de 75% du portefeuille qui est historiquement exposé à des valeurs de moins de 50 milliards d’euros de capitalisation et nous n’avons jamais été exposés aux grands noms comme, par exemple, Facebook. On a cette philosophie de faire de la performance en allant chercher les champions de demain, les valeurs qui vont être des plateformes importantes ou qui vont pouvoir nourrir un écosystème extrêmement dense ou développé et créer de la performance.»

Processus de sélection rigoureux

Choisir la bonne société est un véritable défi. Toute révolution est dangereuse… «Toute période de transformation s’accompagne d’incertitudes. Lorsqu’une entreprise réussit à grandir très rapidement sur un marché donné, vous devez vous demander si elle est suffisamment bien organisée pour répondre à la demande.» Le fonds sélectionne les sociétés qui ont déjà le produit innovant, le financement, le bon management et qui ont la capacité de monétiser son offre pour continuer à croître. «Nous ne prenons donc pas le même risque qu’une société de capital-risque.»

La chasse aux perles rares? Pas tant que cela. L’univers d’investissement est en pleine évolution. Au lancement du fonds, Wesley Lebeau était face à un vivier de 450 sociétés. Il approche désormais les 800 titres et est très dynamique. «C’est la preuve de l’importance pour le marché des sociétés disruptives.» Ces quatre dernières années, 150 titres ont fait l’objet d’une fusion-acquisition et, dans le même temps, on a vu beaucoup d’introductions en bourse. Dynamique et jeune également, le vivier, la moitié de notre univers d’investissement n’était pas coté il y a 10 ans. «Beaucoup de nouvelles sociétés arrivent constamment sur le marché.»

Le fonds se concentre, on l’a vu, sur les entreprises de moyenne capitalisation et accorde peu de place aux grands noms.

Tous azimuts

En termes sectoriels, le secteur IT se taille la part du lion. Il pèse actuellement pour 38% du portefeuille. «Une part qui a beaucoup évolué depuis le lancement. Au début, nous étions très proches du MSCI World avec une exposition de 25% et nous sommes montés jusqu’à 60%.» Wesley Lebeau insiste, nous ne sommes pas un fonds purement technologique. «Cela nous rendrait moins sensibles à tous les changements qui se passent actuellement. Pour capturer les effets de l’innovation, nous devons être multisectoriels, avoir une gestion dynamique dans notre univers d’investissement et allouer des ressources là où l’on pense qu’il va y avoir le rapport rendement/risque le plus adéquat.»

Les deux autres silos d’exposition et de performance du fonds sont le secteur de la santé et le secteur industriel, pesant chacun aux alentours de 20% de portefeuille.

Cette politique de positionnement flexible, on la retrouve également dans la répartition géographique. La part de l’Amérique du Nord, après être montée jusque’à 80%, est de 68%. La zone euro est à 10,51% et la Chine – qui avait un moment disparu du portefeuille pour cause de guerre commerciale sino-américaine – est remontée à 11%. «Après avoir été fortement exposés au marché américain et au secteur de la technologie de ce pays, nous avons depuis un an et demi pris nos profits et abaissé notre exposition pour remonter nos positions en Chine en nous concentrant sur le secteur de la santé et le secteur industriel et sur des valeurs plus petites et actives sur des marchés de niche.»