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«La digitalisation réduit les coûts du ‘private equity’»



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Olivier Coekelbergs, private equity leader chez EY Luxembourg, analyse l’état de la digitalisation du secteur. (Photo: Nader Ghavami / Archives)

En marge de la conférence d’EY dédiée au secteur du «private equity» et du «capital venture», qui s’est tenue jeudi 28 mars, Olivier Coekelbergs, private equity leader chez EY Luxembourg, a livré son analyse de l’état de la digitalisation de ce secteur. Interview.

Quels développements anticipez-vous en matière de digitalisation pour le secteur du «private equity»?

Olivier Coekelbergs . – «Les fonds de ‘private equity’ pourraient d’abord digitaliser la gestion de leur portefeuille d’entreprises. Cela leur permettrait, par exemple, d’automatiser davantage leurs process, mais aussi de pouvoir mieux cibler les marchés où investir, grâce aux «big data» et à l’intelligence artificielle.

La digitalisation peut aussi s’utiliser pour les levées de fonds, notamment pour le ‘ sourcing de deals , et le reporting. Concernant le reporting, il s’agit de pouvoir extraire les données de manière automatisée pour transmettre les reportings à toutes les parties prenantes.

Où en sont réellement les fonds de «private equity»?

«Les acteurs du ‘private equity’ sont beaucoup moins avancés en termes de digitalisation de leur activité propre (levée de fonds, reporting aux investisseurs, ‘closing’ des deals...). La plupart d’entre eux travaillent sur Excel manuellement. Ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés!

Il faut dire aussi que, jusqu’à présent, l’industrie du ‘private equity’ n’en avait pas forcément besoin. Or, désormais, la pression sur les marges est importante, du fait notamment du pouvoir de négociation croissant des investisseurs. La digitalisation permettrait donc aux fonds de réduire leurs coûts opérationnels.

Quels sont les freins à la mise en œuvre de la digitalisation?

«Il s’agit avant tout d’un changement de mentalité. Il y a encore beaucoup de sensibilisation à faire à ce sujet. L’inquiétude majeure des CFO des fonds consiste dans le fait que la digitalisation peut être un exercice coûteux en temps et en argent, dont ils ne chiffrent pas précisément la plus-value.

Après, c’est comme pour un saut en parachute: on peut regarder dans le vide longtemps, mais il arrive un moment où il faut sauter!

Par ailleurs, certaines technologies sont encore manquantes, en particulier pour réaliser l’extraction de données des entreprises dans lesquelles investissent les fonds. En effet, celles-ci n’utilisent pas toutes les mêmes systèmes, d’où le fait que ces opérations de reporting soient encore manuelles.

Le secteur sera-t-il davantage digitalisé dans 10 ans?

«Oui. De grands changements auront déjà lieu d’ici cinq ans, mais le secteur devrait être digitalisé dans une dizaine d’années.

Il s’agit, de toute façon, d’une transformation inévitable pour continuer à opérer dans le business.

Mais le processus de digitalisation prend du temps, car il doit être conduit par les acteurs au niveau de toutes leurs juridictions, pas uniquement dans un seul de leur pays d’implantation.»