COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Management

Aida Jerbi (AJ Advisory)

«Il sera important de soutenir les entreprises»



Aida Jerbi: «Les faillites d’entreprises à grande échelle transformeraient une interruption temporaire des activités économiques en spirale descendante.» (Photo: DR)

Aida Jerbi: «Les faillites d’entreprises à grande échelle transformeraient une interruption temporaire des activités économiques en spirale descendante.» (Photo: DR)

Paperjam est parti à la rencontre des femmes figurant dans la liste des «100 femmes pour un conseil d’administration» publiée fin février. Pour comprendre leur vécu de la période que nous traversons. Entretien avec Aida Jerbi, CEO de AJ Advisory.

Comment avez-vous vécu cette première phase de la crise?

Aida Jerbi . – «On ne sera jamais bien préparé à une crise, car chaque crise est différente. J’ai d’abord dû admettre la situation et réaliser que je ne pouvais la changer. S’est d’abord installée une certaine inquiétude, mais mes expériences passées m’ont appris qu’il ne faut jamais trop s’endormir et qu’il faut rapidement s’adapter à une nouvelle contrainte.

Habituée du travail à domicile, cela n’a pas été problématique. La difficulté arrive au bout de quelques jours. Les interactions manquent et les téléconférences bien pratiques mais tellement impersonnelles. L’impossibilité de voyager devient vite un problème pour le business courant et futur.

Une activité réduite préoccupante, mais il faut avancer! La nature du travail change alors un peu et devient plutôt centrée sur l’optimisation opérationnelle. Tous ces projets qu’on a en tête pour optimiser la performance et que l’on n’a jamais le temps de faire se mettent en place pour préparer un post Covid où il faudra essayer de se rattraper au plus vite.   

Quel(s) sont les truc(s) et astuce(s) que vous souhaiteriez partager en termes de management d’entreprise ou de tenue d’un board lors de cette période de confinement?

«Le Board a la responsabilité de superviser la gestion. Le Covid-19 présente des risques d’importance variable pour chaque entreprise – des risques qui seront différents selon que leur incidence est principalement à court, à moyen ou à long terme. La gestion de ces risques revêt une importance accrue. Des rapports plus réguliers doivent être demandés, incluant, entre autres, les éléments suivants:

- les risques liés à la santé du personnel et à la cybersécurité.

- les risques liés à la performance financière et à la liquidité.

- l’efficacité des contrôles internes et des contrôles de la communication de la société.

- les risques généraux et propres à l’entité liés au Covid-19, et l’efficacité des stratégies de gestion ou d’atténuation de ces risques de la direction.

- les risques induits par des transactions M&A: Au vu du contexte, les entreprises pourraient devoir agir rapidement pour saisir une opportunité. Même en ces temps de turbulence, le Board doit veiller que la transaction soit faite dans le meilleur intérêt de la société, qu’elle soit conforme avec les réglementations et que sa valorisation soit adéquate.

Dans le cadre de notre opération «Luxembourg Recovery: 50 idées pour reconstruire», nous proposons à nos lecteurs de partager une idée concrète, une expérience ou une mesure à mettre en œuvre pour faciliter le rebond de l’économie luxembourgeoise. Quelle serait la vôtre?

«Il sera important de soutenir les entreprises, en particulier les petites entreprises et les indépendants, qui sont affaiblis et qui vont continuer à souffrir en faisant face à l’effondrement de la demande. Les faillites d’entreprises à grande échelle transformeraient une interruption temporaire des activités économiques en spirale descendante.

Une politique appropriée consisterait en plusieurs mesures pragmatiques:

- Une fiscalité favorisant la transition écologique et énergétique permettrait de relancer une consommation durable.

- Une réduction de l’impôt des sociétés et de l’impôt des personnes physiques en général. Il ne faudrait pas chercher à rapidement combler le déficit budgétaire par une fiscalité accrue qui ne ferait que fragiliser l’écosystème. Reconsidérer la dépense publique est également un levier.

- Des possibilités de report de paiement des impôts, TVA et charges sociales d’au moins un an.

- Une fiscalité plus attractive à l’international permettrait de regagner l’attractivité perdue et ramener des investisseurs étrangers.

- Une fiscalité favorable à l’investissement dans des initiatives de création ou redressement de sociétés.»

Retrouvez ici la liste des 100 femmes pour votre conseil d’administration.