POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Patrick Hoffnung, directeur de l’ECCL

«Les congrès en présentiel manquent à tout le monde»



Après avoir tout mis en place pour organiser des réunions en toute sécurité, l’ECCL compte adapter encore son offre avec l’élaboration d’un studio dédié aux événements digitaux. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Après avoir tout mis en place pour organiser des réunions en toute sécurité, l’ECCL compte adapter encore son offre avec l’élaboration d’un studio dédié aux événements digitaux. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Une clientèle locale, des réunions beaucoup plus petites, hybrides voire 100% digitales… Le directeur de l’European Convention Center Luxembourg (ECCL) nous raconte comment il a été nécessaire de s’adapter en permanence à la crise sanitaire pour maintenir les activités.

Comme tous les acteurs de l’événementiel et du tourisme d’affaires, l’ECCL, pour European Convention Center Luxembourg, navigue à vue en pleine crise sanitaire. L’imposant bâtiment situé au Kirchberg, à deux pas de différentes institutions européennes, et détenu par l’État est géré par la société Luxembourg Congrès, créée il y a 30 ans par le gouvernement. Son directeur, Patrick Hoffnung , nous explique comment il tente de se réinventer.

Avec 20% de clients étrangers en 2019 et 80% de Luxembourgeois, qui organisent quand même des événements internationaux, comment tentez-vous de survivre quand les déplacements sont plus que limités?

Patrick Hoffnung. – «Cette crise sanitaire a provoqué un changement profond, un besoin de réadaptation sur notre fonctionnement, sur les bâtiments, sur notre relationnel. Nous avons dû repenser la totalité de notre stratégie et de notre offre. Cela passe par un plan de relance et de reprise de l’activité en plusieurs phases.

Dans la première, nous avons mis en place toutes les mesures sanitaires pour pouvoir garantir et rassurer les organisateurs d’événements, pour leur dire qu’ils peuvent continuer à organiser des réunions, en respectant un certain nombre de protocoles. Nous avions déjà des systèmes d’air conditionné compatibles avec les normes. Nous avons réduit la capacité de tous nos espaces de façon à garantir la distanciation sociale. Par exemple, la salle plénière qui pouvait accueillir 800 personnes (la plus grande, sur plus de 40 en tout) peut en recevoir 150 aujourd’hui. Nous avons installé des séparations de plexiglas, redéfini les portes d’accès, les flux, mis en place des stations hydrogel, réadapté l’offre de restauration… Le port du masque est bien sûr obligatoire. Nous invitons tous les participants à respecter les règles de distanciation sociale.

Aujourd’hui, trois types d’événements peuvent se faire chez nous. Premièrement, l’événement présentiel, avec une réduction importante du nombre de participants. Il y a beaucoup de réunions organisées par les ministères luxembourgeois ou des séminaires et assemblées générales. On se trouve face à une nouvelle clientèle, de gens qui font des réunions plus petites et pour qui nos salles étaient trop grandes avant.

Le deuxième type d’événement, hybride, reçoit la plus grosse demande. On a des personnes à Luxembourg et on a des personnes éparpillées dans le monde, en connexion avec nous. On avait déjà un certain nombre d’éléments en place pour la visio et le streaming, qu’on a renforcés. C’était notamment le cas lorsqu’on a reçu le hub régional pour l’Europe du congrès mondial Icca . Six hubs régionaux dans le monde entier ont permis à 1.500 participants de s'y connecter virtuellement ou d'y assister en personne. (Une quarantaine de personnes étaient sur place au Luxembourg, entre speakers et organisateurs, ndlr).

Enfin, on a l’événement en 100% digital. On peut mettre en place les studios pour les speakers, aménager les locaux. Mais on est en train de construire un studio spécifique qui sera comme un studio de télévision, qu’on mettra à la disposition des organisateurs de congrès.

D’ici janvier, vous comptez lancer ce que vous appelez la phase 2. Qu’est-ce que cela signifie?

«C’est la continuité de ce qu’on a fait en phase 1, mais on ajoute un certain nombre de projets, comme le studio digital. On va aussi proposer de nouveaux forfaits et de nouveaux tarifs, de nouvelles offres, adaptées à la demande actuelle.

Son déclenchement répond-il aux nouvelles mesures de restriction chez nos voisins et possibles au Luxembourg?

«Oui et non. On avait prévu la phase 2. Simplement, on accélère un certain nombre de projets. Maintenant, on attend de savoir ce qu’il va se passer même la semaine prochaine.

Y a-t-il une phase 3 de prévue, ensuite?

«On n’a aucune idée de ce qui va se passer pour la suite. On est vraiment dans cette période d’incertitude, mais on essaie quand même de s’adapter à la situation et à toutes les exigences des clients, de façon à ce qu’on puisse continuer d’avoir une activité.

Dans la phase 1 de son plan de relance, l’ECCL veille au respect des distances de sécurité.  (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Dans la phase 1 de son plan de relance, l’ECCL veille au respect des distances de sécurité.  (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Avec tous ces efforts, quel est le niveau d’activité aujourd’hui?

«La situation est toujours difficile, on a perdu énormément. Il faut redonner confiance à tout le monde.

On a eu évidemment énormément d’annulations et de reports, comme tous les palais des congrès du monde. Mais l’activité a quand même pu continuer un tout petit peu. On a reçu toutes les conférences de presse du gouvernement pendant un mois, en mai. Et puis, il y avait des sessions d’examen organisées, par le ministère de la Justice par exemple ou par l’Université, qui ont été maintenues. C’est toujours prévu chez nous.

Qu’en est-il des conseils de ministres de l’Union européenne, que vous accueillez habituellement?

«Pour les conseils du mois d’avril et du mois de juin, ça s’est fait à distance. Par contre, ceux du mois d’octobre ont bien eu lieu en présentiel chez nous.

Et au niveau du chiffre d’affaires (non communiqué, ndlr), quel est l’impact?

«Pour l’année 2019, on était à plus de 100 événements, 130 avec les conseils des ministres. On va se retrouver avec même pas la moitié. L’année 2021 s’annonce de la même façon.

Aujourd’hui, on est encore à beaucoup moins de la moitié de ce qu’on fait d’habitude.

Tentez-vous encore de promouvoir le Luxembourg comme place de congrès internationale en cette période?

«On essaie de ne pas disparaître de la promotion internationale. Le fait qu’on ait eu l’Icca nous a permis de nous remontrer. Il y a un certain nombre de salons internationaux qui sont devenus virtuels et sur lesquels on est présents. Et puis, on essaie de communiquer beaucoup à travers internet. Pour l’instant, on ne fait que de la veille, on attend de voir ce qui se passe. Aucune entreprise allemande, française ou belge ne va organiser un événement chez nous en ce moment, ça, c’est sûr.

Comment imaginez-vous la suite?

«Concernant la reprise, on entend des choses extrêmement contradictoires, et il est difficile de se positionner. Il y a des études qui nous parlent d’une reprise progressive à partir du deuxième semestre 2021, et il y en a d’autres qui diront ‘pas avant 2024’. Tout dépendra de la tournure du vaccin, de la tournure de la crise sanitaire. Tout ce qu’on sait, c’est que les entreprises et les associations ont très envie de reprendre rapidement des congrès en présentiel, avec des échanges humains. Cela manque à tout le monde. L’hybride a beaucoup d’avantages, mais ça ne répond pas à tous les besoins et tous les critères qui faisaient qu’un congrès était réussi: les relations entre les gens. Heureusement pour nous.»