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Vue des marchés

Hausse exceptionnelle des taux de la Fed



La Fed juge que l’économie est forte et bien positionnée pour gérer une politique monétaire plus stricte. (Photo: Shutterstock)

La Fed juge que l’économie est forte et bien positionnée pour gérer une politique monétaire plus stricte. (Photo: Shutterstock)

La hausse des taux de la Fed était attendue et n’a pas provoqué de secousses boursières malgré son ampleur. Une hausse d’un demi-point constitue une première depuis 2000. La Fed veut lutter contre l’inflation sans compromettre la croissance. Un exercice difficile, reconnaît son président. 

8,5% d’inflation en mars! Soit le plus haut niveau depuis 1981.

Ce chiffre a lui seul justifie la hausse d’un demi-point des taux directeurs de la Fed qui évoluent désormais dans une fourchette entre 0,75% et 1%. «L’inflation est beaucoup trop élevée et nous comprenons les difficultés qu’elle cause, nous agissons rapidement pour la faire reculer», a justifié Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed).

Voilà pour les taux à court terme. Pour enfoncer le clou, la Fed va cesser d’acheter des titres émis par les institutions financières. Une mesure de politique monétaire «non conventionnelle» qui permettait de maintenir artificiellement bas les taux d’intérêt à long terme afin de soutenir la croissance de l’économie. La Fed a ainsi, ces dernières années, acquis pour 9.000 milliards de dollars d’actifs. Le bilan de la banque va être progressivement réduit de 47,5 milliards de dollars par mois à partir de juin, puis de 95 milliards à partir de septembre.

Des mesures votées à l’unanimité et qui n’ont pas surpris les marchés qui les avaient déjà intégrées dans les cours.

Des mesures surtout très bien accueillies: Wall Street gagnait hier 3%, le Nasdaq 3,2%, les taux à 10 ans ont reculé passant de 3% à 2,91%, et le dollar a cessé sa progression contre l’euro.

Les marchés ont ainsi bien apprécié l’attitude modérée de Jerome Powell bien moins partisan d’une politique restrictive que ne le craignaient les marchés. Il a exclu toute hausse future de 0,75% et a annoncé deux autres augmentations probables d’un demi-point en juin et en juillet. «Ce qui a peut-être rassuré les investisseurs qui craignaient que le comité ne soit trop agressif dans le resserrement de la politique», estime Vincent Juvyns, stratégiste de marché mondial chez J.P. Morgan Asset Management.

Éviter une spirale récessionniste

Pour juguler l’inflation et refroidir l’économie, le patron de la Fed compte aussi sur les effets de marché et un retour à la normale de la politique budgétaire américaine, et vise toujours une inflation à 2%

Jerome Powell estime qu’il est possible d’éviter une récession. «Nous avons de bonnes chances d’avoir un atterrissage en douceur», a-t-il déclaré, ajoutant que «l’économie est forte et bien positionnée pour gérer une politique monétaire plus stricte». Tout en reconnaissant que cela ne sera pas facile. Un point de vue que ne partage pas tout à fait Vincent Juvyns, pour qui le resserrement «agressif» décrit aujourd’hui «risque toujours de faire basculer l’économie dans la récession en 2023».

«Il est intéressant de noter que ce n’est pas seulement l’inflation qui préoccupe la Fed, mais aussi la demande de travail», poursuit Vincent Juvyns. «Les offres d’emploi ont atteint 11,5 millions en mars, tandis que le nombre de chômeurs s’élève désormais à 5,9 millions, ce qui signifie qu’il y a presque deux fois plus de postes vacants que d’Américains à la recherche d’un emploi. Dans cette optique, la Fed se sent à l’aise pour relever les taux au moins à un niveau neutre assez rapidement afin que l’offre et la demande sur le marché du travail soient plus équilibrées l’année prochaine.»

Concernant le chômage, retombé en mars à un niveau historiquement bas de 3,6% – «un niveau malsain» –, Jerome Powell estime qu’une politique monétaire restrictive peut contribuer à réduire les emplois non pourvus (1,9 offre par chômeur) sans détruire l’emploi existant, ce qui permettrait de rééquilibrer le marché sans causer trop de dégâts sociaux.

Vincent Juvyns s’attend à des hausses de 0,5% lors des réunions de juin et de juillet, et d’autres hausses de 0,25% par la suite, «ce qui suggère une fourchette cible de fin d’année pour les fonds fédéraux de 2,5 à 2,75%». Il estime de nouvelles augmentations probables en 2023 «étant donné qu’il faudra du temps pour que l’inflation diminue et que la demande de main-d’œuvre se modère».

C’est désormais à la Banque centrale européenne de prendre position. La prochaine réunion de son comité monétaire est prévue pour début juin.