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Les grands défis de la Commission



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Feuille de route – Établir un «pacte vert» et instaurer un salaire minimum équitable figurent entre autres parmi les priorités de la présidente de l’UE. (Photo: Shutterstock)

Alors qu’il semble plus que nécessaire pour l’Europe de retisser les liens avec les citoyens, la présidente de la nouvelle Commission Ursula von der Leyen a dressé une feuille de route ambitieuse. Avec certains objectifs précis à atteindre dans des délais rapides.

Alors qu’il semble plus que nécessaire pour l’Europe de retisser les liens avec les citoyens, la présidente de la nouvelle Commission Ursula von der Leyen a dressé une feuille de route ambitieuse. Avec certains objectifs précis à atteindre dans des délais rapides.

«Une Union plus ambitieuse»: tel est le titre du document de synthèse qu’Ursula von der Leyen, future présidente de la Com­mission européenne, a exposé devant le Parlement à Strasbourg. Cette feuille de route constitue les fondations sur lesquelles les commissaires devront bâtir leur action. Et le travail ne manque pas alors que les enjeux climatiques à relever sont devenus une nécessité vitale et que la transition numérique ne cesse de gagner en vitesse, tandis que les valeurs qui ont cimenté le projet européen sont parfois ébranlées et que les tensions sociales sont vives dans un monde en mutation perpétuelle.

Le remède sera, pour Ursula von der Leyen, l’ambition. «Je vois dans les cinq prochaines années une chance pour l’Europe: celle de se montrer plus ambitieuse», a-t-elle en effet annoncé aux députés à Strasbourg lors de son grand oral.

Du concret au cours des 100 premiers jours

Et il est hors de question de traîner en chemin. La présidente allemande a d’ailleurs balisé de manière très claire ses principaux objectifs et s’est engagée à en amorcer certains au cours des 100 premiers jours de son mandat.

Ce qui constitue un premier bon point pour plusieurs observateurs. «Je trouve en effet très positif qu’elle ait tracé de manière précise les grandes lignes de son action», analyse la députée européenne Monica Semedo (DP), tandis que son collègue Charles Goerens (DP) estime «qu’elle a bien compris les grands enjeux et qu’il fallait rassembler les acteurs pour des réponses efficaces». Isabel Wiseler-Lima (CSV) a, pour sa part, applaudi des deux mains «un discours qui nous a redonné de l’espoir».

Il ne s’agit pas d’avoir un salaire unique européen, la situation n’est pas la même au Luxembourg et en Bulgarie. Mais il nous faut agir pour l’égalité des chances, que les hommes et les femmes aient confiance en l’avenir.
Nicolas Schmit

Nicolas Schmit,  futur commissaire européen à l’Emploi

Première promesse faite: un «pacte vert» sera proposé avant la mi-février 2020. Celui-ci devra confirmer l’objectif de neutralité des émissions de carbone en 2050. «Ce que nous souhaitons, c’est aussi une diminution de 55% de nos émissions pour 2030, comme cela est prévu dans les accords de Paris», fait valoir la députée Tilly Metz (Déi Gréng), qui insiste aussi sur la nécessaire «révision de la PAC (politique agricole commune, ndlr), qui ne peut être dissociée du dossier climat». Isabel Wiseler-Lima est ravie de cette ambition, «même si 100 jours, c’est très peu pour établir un pacte vert. Mais en politique, il y a aussi des symboles. Et celui-ci était nécessaire.»

Seconde ambition à mettre en œuvre au cours des 100 premiers jours de la nouvelle Commission: l’instauration d’un instrument juridique destiné à ce que chaque travailleur européen bénéficie d’un salaire minimum équitable. L’ancien ministre du Travail Nicolas Schmit (LSAP), qui va devenir commissaire européen à l’Emploi, sera évidemment en première ligne sur ce sujet, qu’il a largement développé lors de son «hearing» devant les députés. «Il ne s’agit pas d’avoir un salaire unique européen, la situation n’est pas la même au Luxembourg et en Bulgarie. Mais il nous faut agir pour l’égalité des chances, que les hommes et les femmes aient confiance en l’avenir», a-t-il expliqué. Cette volonté de faire vite et bien réjouit le député Christophe Hansen (CSV) «puisque cette mesure figurait dans le programme de [son] parti».

La délicate question de l’un­a­nimité

Ursula von der Leyen veut aussi très vite présenter des propositions afin d’instaurer des mesures contraignantes en matière de transparence des rémunérations, des quotas de représentation égalitaire des sexes dans les conseils d’administration ou encore en vue d’une approche coordonnée relative aux implications humaines et éthiques dans le domaine de l’intelligence artificielle.

D’autres nombreuses mesures, sans échéance cette fois, figurent dans les 26 pages de sa note. Le souhait de renforcer l’agilité des PME via un soulagement des contraintes administratives, de leur donner accès aux marchés des capitaux, et ainsi, «qu’elles deviennent plus facilement de grands innovateurs», concerne directement le Luxembourg.

Selon moi, il y a là des enjeux importants au niveau économique et au niveau social. Il ne faut donc pas aller trop vite, se donner le temps de la réflexion.

Christophe Hansen,  eurodéputé

Mais une mesure envisagée peut aussi inquiéter: cette volonté de supprimer l’unanimité dans les décisions en matière de politique fiscale. Un objectif qui était aussi celui du commissaire Pierre Moscovici, mais sur lequel il s’était cassé les dents. «Il est clair qu’une partie du modèle économique de notre pays repose sur une politique de taux bas, relève Christophe Hansen. Selon moi, il y a là des enjeux importants au niveau économique et au niveau social. Il ne faut donc pas aller trop vite, se donner le temps de la réflexion.»

Charles Goerens (DP) souligne, pour sa part, que «depuis 2008 et sans unanimité, on a été vers une fiscalité avec des exigences plus élevées. Jamais on n’avait réussi à imposer autant de changements. Margrethe Vestager l’a notamment fait par le biais de la concurrence. Le secret bancaire ou la fin de certains ‘tax rulings’ sont aussi des dossiers qui ont avancé sans décision fiscale unanime.»

Prag­matique, Isabel Wiseler-Lima estime «qu’il ne faut pas être naïf. Le Luxembourg n’a aucun intérêt à aller vers cette fin de l’unanimité, et il n’y a aucun intérêt pour l’Europe non plus. Ce qui est créé au Luxembourg est profitable au-delà du pays, à la Lorraine française, au Lux­em­bourg belge... Il y a d’autres leviers si on veut juste lutter contre le blanchiment ou l’argent sale. Je pense que le Luxembourg l’a démontré, a fait un gros travail sur ce point et continue à multiplier les efforts.»