POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Commission européenne

Nicolas Schmit a parfaitement géré son grand oral



Nicolas Schmit a développé ses ambitions et répondu aux questions des députés durant trois heures. (Photo: European Union 2019 /Source: EP)

Nicolas Schmit a développé ses ambitions et répondu aux questions des députés durant trois heures. (Photo: European Union 2019 /Source: EP)

Le futur commissaire européen Nicolas Schmit passait ce mardi son grand oral devant les députés de la commission emploi et affaires sociales. Un exercice visiblement bien préparé et qui a été maîtrisé de bout en bout.

Avant que le Parlement accepte ou refuse l’ensemble de la future  Commission européenne présidée par Ursula von der Leyen , chaque futur commissaire doit passer son grand oral devant les députés de la commission en lien avec son portefeuille, cela après avoir déjà répondu à une batterie de questions par écrit. C’est donc en commission emploi et affaires sociales que  Nicolas Schmit  était attendu ce mardi, pour trois heures d’audition.

Un marathon qui s’est décomposé en plusieurs phases. Une introduction générale du futur commissaire quant à ses ambitions, suivie de 25 questions posées par les chefs de groupe puis différents députés, selon un timing imposé et très serré... qui a été régulièrement dépassé. Pour conclure, Nicolas Schmit disposait de 5 minutes, ayant la parole en dernier.

Le futur commissaire luxembourgeois avait minutieusement préparé son audition. (Photo: European Union 2019 /Source: EP)

Le futur commissaire luxembourgeois avait minutieusement préparé son audition. (Photo: European Union 2019 /Source: EP)

Comme attendu, l’ancien ministre avait extrêmement bien préparé ce moment. Les dernières semaines ont clairement été mises à profit pour faire sienne  la feuille de route confiée par Ursula von der Leyen , déterminer quelles mesures porteront sa griffe personnelle, quels sont les moyens dont il disposera, définir des priorités... «Je suis déterminé à promouvoir le progrès social et économique en faveur des peuples», a indiqué en préambule Nicolas Schmit. «Aujourd’hui plus que jamais, il faut renouer un lien de confiance entre les citoyens et l’Europe. Une Europe qui protège est donc essentielle.»

Quelles sont les priorités mises en avant:

- Il faut, a-t-il dit, «renforcer l’emploi, disposer d’une main-d’œuvre qualifiée pour assumer la transformation numérique et climatique». Un défi de taille dans une Europe où 241 millions de personnes sont au chômage, un record, et alors que celui-ci ne baisse pas dans certains États membres de l’Union. L’ambition est un marché du travail de très haut niveau «puisque nous voulons une convergence entre le marché du travail et notre niveau de vie». Un marché du travail ouvert à tous, et «donnant de bonnes chances à tous», notamment les personnes qui souffrent de handicap et les plus faibles.

- «Les droits sociaux pour tous et l’inclusion sociale seront aussi au centre de mes préoccupations», assure Nicolas Schmit. Qui a indiqué vouloir faire de son mieux pour «briser le cercle de la pauvreté qui frappe les enfants et accroître l’aide aux jeunes. Je veux travailler à une Europe plus juste, dans une économie durable. Les droits sociaux doivent y jouer un rôle central.»

- Le socle européen des droits sociaux doit servir à renforcer la dimension sociale européenne, a rappelé Nicolas Schmit. Qui compte donc établir un programme qui permette son exécution avec les partenaires sociaux, les États membres, le Parlement européen...

- Le salaire minimum, différent d’un revenu minimum, fera l’objet de la mise au point d’un outil juridique pour garantir que tout travailleur de l’Union européenne l’obtienne et ait la garantie d’une vie digne dans son pays: «Il ne s’agit pas d’avoir un salaire unique européen, la situation n’est pas la même au Luxembourg et en Bulgarie. Et je serai très attentif aux modèles sociaux européens, mais ensemble, il nous faut agir pour l’égalité des chances, que les hommes et les femmes aient confiance en l’avenir, l’avenir de leur famille et de leurs enfants.»

- Le futur commissaire compte renforcer la garantie jeunesse (un engagement pris par l’ensemble des pays de l’UE de veiller à ce que tous les jeunes âgés de moins de 25 ans puissent bénéficier d’une offre de qualité pour un emploi, une formation continue, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivants la perte de leur emploi ou la fin de leurs études, ndlr), lui «redonner des couleurs», et créer une garantie enfance.

- Une diminution de l’écart entre salaires et retraite sera étudiée. «Cela avec des mesures contraignantes de transparence», a indiqué Nicolas Schmit.

- «La santé et la sécurité au travail est un domaine qui me tient à cœur», souligne encore Nicolas Schmit, qui veut de nouvelles mesures contre les carcinogènes sur le lieu de travail. «Le monde du travail est changeant et cela demande une nouvelle réflexion sur les dangers professionnels.»

Je suis là, avec un programme ambitieux qui s’adaptera à un monde en perpétuelle mutation.
Nicolas Schmit

Nicolas Schmit,  futur commissaire européen à l’Emploi

- La libre circulation des travailleurs? «C’est un aspect fondamental, une des plus grandes réussites européennes aux yeux des citoyens. Mais cela présente aussi des défis: le dumping social, la fuite des cerveaux... Mais nous devons résister et aider les travailleurs à se déplacer. L’Autorité européenne du travail a là un rôle à jouer.»

- Accompagner les citoyens vers les mutations mondiales demandera des investissements. Nicolas Schmit compte donc réfléchir à des comptes de formation individuels.

- Le dialogue social sera central, avec les partenaires sociaux, la société civile, les élus. «Une Europe sociale forte a besoin d’une législation forte, et bien exécutée. On doit dialoguer pour arriver à un équilibre. Les faits guideront mon travail: études, enquêtes...».

Nicolas Schmit a développé face aux députés une vision à moyen terme. Cette capacité à se projeter doit «aider à faire face aux prochaines crises. L’Europe doit être prête à supporter ces chocs», a-t-il plaidé. Ursula von der Leyen veut une Union «qui fasse plus. Voilà pourquoi je suis là, avec un programme ambitieux qui s’adaptera à un monde en perpétuelle mutation.»

Pas de promesses qui ne pourront être tenues

Mais pas question de promettre n’importe quoi. Un salaire minimum établi au cours des 100 premiers jours de la Commission? «Non, on ne pourra pas aboutir en 100 jours. Mais les Européens ont besoin d’un signal fort», réplique Nicolas Schmit à une question d’un député.

Ceux-ci ont d’ailleurs trouvé peu d’angles morts dans lesquels s’engouffrer pour bousculer un Nicolas Schmit maître de son sujet. Et qui, en tant que politicien expérimenté, ne se laisse pas facilement désarçonner. La lutte contre le dumping social est de la poudre aux yeux? «Un même salaire au même endroit pour le même travail: quand on a travaillé sur la directive ‘détachement’, on disait aussi que ce n’était pas acquis, mais l’Europe y est arrivée», note-t-il. Avant de faire un clin d’œil vers le Luxembourg en disant que «tout le monde se plaint du dumping social, mais dans de nombreux États, dont un que je connais très bien, les outils de contrôle sont en baisse». 

Un salaire minimum ne va-t-il pas mettre à mal les conventions collectives là où elles existent? «On ne veut pas aller vers un moins bien», répond Nicolas Schmit. «Ce qui fonctionne bien, on le garde, et là où cela n’existe pas, on veut un cadre transparent qui le garantisse, en tenant compte du niveau de vie et de critères objectifs. Dans mon pays, un collègue disait que le salaire minimum était une convention collective là où elle n’existe pas.»

Je suis le commissaire désigné et pas un Luxembourgeois qui par ailleurs ambitionne de devenir commissaire.
Nicolas Schmit

Nicolas Schmit,  futur commissaire européen à l’Emploi

Le Luxembourg a voté contre une nouvelle coordination des systèmes de sécurité sociale? «C’est vrai qu’il n’y a pas eu de majorité qualifiée pour le 883, mais ce n’est pas le Luxembourg qui a manqué à cette majorité vu le poids du pays. Mais soyez rassurée: moi, je suis commissaire désigné et pas un Luxembourgeois qui par ailleurs ambitionne de devenir commissaire européen. Ce qui compte, c’est l’intérêt général. Ce que je veux, c’est trouver une solution équilibrée sur les aspects importants qui assure une mobilité équitable et une bonne protection des salariés au niveau social», réplique-t-il à la députée italienne Elena Lizzi.

Pour conclure, Nicolas Schmit a avoué avoir trouvé cet «exercice très stimulant et critique. C’est cela la démocratie européenne! J’ai été ministre sans être élu au Luxembourg et ici j’ai été élu député et je suis soumis à votre jugement pour devenir commissaire, cela ne se passe ainsi dans aucun État membre. L’exercice a été réconfortant. Ce n’était pas évident, j’ai souffert, mais il devait en être ainsi.»

Les applaudissements nourris ont suffisamment indiqué à quel point Nicolas Schmit avait su convaincre une majorité des députés présents. Ce qui équivaut presque à un adoubement.