PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

Les fondamentaux toujours en faveur des marchés émergents



Malgré le risque de remontée des taux, l’inflation et les perspectives de forte croissante plaident pour les actifs émergents. (Photo: Shutterstock)

Malgré le risque de remontée des taux, l’inflation et les perspectives de forte croissante plaident pour les actifs émergents. (Photo: Shutterstock)

C’est un peu un paradoxe: alors que la pandémie enraie leur dynamique de croissance par rapport aux pays développés, les pays émergents devraient rester attractifs pour les investisseurs dans les mois qui viennent.

Les marchés émergents et les pays industrialisés empruntent des voies de redressement différentes dans la phase post-pandémie. À l’inverse des pays développés, les pays émergents ne disposent généralement pas d’une marge financière suffisante pour mettre en place des programmes de soutien et de relance économique à grande échelle. Et leurs difficultés face à la nouvelle vague pandémique font que les analystes s’attendent à ce que ces pays se retrouvent face à des pertes de revenus nettement plus importantes dans les années à venir que celles attendues dans les pays développés. Alors que pour ces derniers, la perte moyenne de revenus par habitant de 2020 à 2024 par rapport au niveau d’avant-crise est estimée à 2,3%, elle est de 4,3% dans les pays émergents. Elle atteint même 6,1% si on exclut la Chine de la comparaison. C’est, pour les pays émergents, une mauvaise nouvelle pour la demande intérieure en tant que moteur de la croissance.

Pour autant, faut-il se désintéresser de ces marchés? Patrick Zweifel, chef économiste de Pictet Asset Management, ne le pense pas, même s’il anticipe pour les six prochains trimestres que les économies émergentes soient parties pour sous-performer leurs homologues développées, «une situation rare dans l’histoire récente». Pour lui, «la conjoncture économique devrait rester très favorable aux actifs des marchés émergents». D’abord grâce au rebond de l’inflation, «l’amie des marchés émergents».

Le monde entre dans l’une de ces périodes favorables de forte inflation et de forte croissance dans lesquelles les actifs émergents prospèrent.
Patrick Zweifel

Patrick Zweifel,  chef économiste,  Pictet Asset Management

«Les classes d’actifs des marchés émergents affichent leurs meilleures performances en période de forte inflation et de forte croissance. Elles figurent alors en effet parmi les meilleurs élèves, toutes classes d’actifs confondues. Sur des périodes qui remontent jusqu’à 1950, quand l’inflation mondiale dépassait les 2% et la croissance du PIB mondial était supérieure à sa moyenne sur quatre ans, les actions des marchés émergents affichaient des performances nettement plus élevées que celles d’une liste de 25 grandes classes d’actifs et enregistraient des rendements annuels moyens bien supérieurs à 20%.»

La dette des marchés émergents suit cette dynamique. «Les obligations non couvertes en monnaie locale des marchés émergents ont généré une performance annuelle moyenne d’environ 14%, soit plus du double de celle des bons du Trésor américain et bien plus que d’autres instruments de dette, à l’exception du crédit à haut rendement, qui a tendance à se rapprocher des actions en termes de performance. Et bien que la dette souveraine émergente libellée en dollars soit restée à la traîne par rapport à son homologue en devise locale, elle a tout de même affiché de meilleurs résultats que les obligations d’État des marchés développés et que le crédit investment grade.»

Pour Patrick Zweifel, l’inflation n’est pas un phénomène temporaire. «Il apparaît de plus en plus probable que l’ère de la faible inflation soit derrière nous. Dès lors, il est logique de se positionner contre un tel risque.» En restant sur les marchés émergents notamment.

Une croissance quand même au rendez-vous

La deuxième raison est que, même inférieure à celle des pays développés, la croissance sera au rendez-vous. «Les quatre principaux moteurs de la croissance des pays émergents s’affichent tous au vert: le commerce mondial est en plein essor; les matières premières également; la Chine reste robuste; et le dollar semble voué à s’affaiblir, ce qui est également un atout pour l’évolution des prix des matières premières et la réduction des coûts du service de la dette des emprunteurs émergents.»

La grande interrogation est liée au risque de hausse des rendements des bons du Trésor américain, synonyme de déstabilisation pour les actifs risqués.

«Dans le passé, cela a souvent nui aux actifs des marchés émergents, mais uniquement lorsque la croissance de ces pays est relativement faible ou ralentie. Ce n’est cependant pas le cas aujourd’hui», analyse Patrick Zweifel, pour qui la dynamique de croissance compensera les risques d’appréciation des coûts d’emprunt des économies émergentes et d’affaiblissement de leurs devises.

«En fait, historiquement, la conjoncture la plus favorable aux actifs émergents se caractérise par une forte croissance des marchés émergents qui coïncide avec une hausse des rendements obligataires américains.»

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