PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Investissements pétrogaziers

La finance met en péril l’Arctique et le climat



599 champs pétroliers et gaziers sont comptabilisés dans la région arctique, dont environ 220 déjà en production et 39 en cours de développement. 338 ont été découverts et pourraient entrer en phase de développement à tout moment. (Photo: Shutterstock)

599 champs pétroliers et gaziers sont comptabilisés dans la région arctique, dont environ 220 déjà en production et 39 en cours de développement. 338 ont été découverts et pourraient entrer en phase de développement à tout moment. (Photo: Shutterstock)

Banquiers, assureurs et investisseurs, malgré leurs déclarations, continuent de financer massivement l’expansion pétrogazière en Arctique. Des centaines de milliards de dollars ont ainsi été investis entre 2016 et 2020. Avec pour conséquence un impact catastrophique sur le climat.

Entre 2016 et 2020, des centaines de milliards de dollars ont été accordés par des banques, des investisseurs et des assureurs à des entreprises développant des projets pétrogaziers dans l’Arctique, selon une étude de l’ONG Reclaim Finance publiée jeudi 23 septembre. De quoi faire dire à l’auteur du rapport, Alix Mazounie, que «les gros pollueurs se développent en Arctique grâce aux banques, investisseurs et assureurs, et ce malgré leurs grands discours sur le climat et sur l’Arctique».

599 champs pétroliers et gaziers sont comptabilisés dans la région arctique, dont environ 220 déjà en production et 39 en cours de développement. 338 ont été découverts et pourraient entrer en phase de développement à tout moment, une vingtaine d’entreprises «expansionnistes» – avec en tête la russe Gazprom, l’américaine ConocoPhillips ou la française TotalEnergies – étant à l’affût.

Ces cinq prochaines années, la production de pétrole et de gaz en Arctique augmentera de 20%. Et cela pourrait être bien pire: si tous les gisements étaient exploités en Arctique, cela pourrait consommer 22% du budget carbone qu’il reste jusqu’en 2050 pour limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5°C.

Centaines de milliards

Mais pour que ces gisements soient exploités, il faut des financements. Or, malgré les déclarations en faveur de la neutralité carbone, l’argent investi ces dernières années en soutien aux entreprises qui développent de nouveaux projets n’a pas manqué. Entre 2016 et 2020, les banques y ont ainsi investi 314 milliards de dollars. Avec, comme plus grands soutiens, J.P. Morgan Chase (1er avec 18,6 milliards de dollars), Barclays (4e, 12,5 milliards), BNP Paribas, Bank of China ou encore Deutsche Bank (respectivement 7e, 8e et 11e avec plus de 10 milliards investis).

Les investisseurs ne sont pas en reste puisqu’ils ont accordé, sur la même période, 272 milliards de dollars en actions et obligations détenues chez les entreprises «expansionnistes» de l’Arctique. En tête, on trouve BlackRock (28 milliards investis), mais aussi à nouveau J.P. Morgan Chase (4e, 7 milliards).

Pourtant, ces banques et investisseurs ne manquent pas de communiquer lorsqu’ils adoptent des politiques sur l’Arctique. «Alors que les alliances et les discours autour de la neutralité carbone se multiplient, on a ici un exemple frappant du décalage entre les engagements pris et la réalité», tacle Alix Mazounie. «Pour la plupart des acteurs financiers, la politique arctique n’est rien d’autre qu’une case à cocher, peu importe qu’elle protège réellement cette région fragile.»

S’engager d’ici la COP26

Ainsi, si 20 des 30 plus gros soutiens banquiers affichent une politique arctique, cela ne les empêche pas de continuer à financer des projets d’expansion. BNP Paribas et HSBC sont ainsi devenues les premiers investisseurs en 2020 dans le domaine, tout en ayant adopté des politiques en 2017 et 2018. La définition des zones d’exclusion peut aussi ne pas être très contraignante: la zone d’exclusion d’AXA ne couvre ainsi que 54 des 599 gisements recensés.

À l’approche de la COP26, le message est donc clair: «Les acteurs financiers doivent s’engager à protéger toute la région arctique en renonçant à financer les projets et les entreprises qui y développent de nouveaux projets», conclut Alix Mazounie.