POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

monica Semedo (6/6)

«L’Europe peut réagir vite quand c’est nécessaire»



Originaire de Grevenmacher, Monica Semedo connaît bien la frontière avec l’Allemagne. Sa fermeture lui a fait mal au cœur. (Photo: Matic Zorman/archives)

Originaire de Grevenmacher, Monica Semedo connaît bien la frontière avec l’Allemagne. Sa fermeture lui a fait mal au cœur. (Photo: Matic Zorman/archives)

L’Europe et ses institutions essuient leur lot de critiques depuis le début de la pandémie. Paperjam a demandé aux députés luxembourgeois, dont Monica Semedo (DP), si ce que certains appellent un «rendez-vous manqué» coûtera cher aux ambitions européennes.

Les frontières qui se ferment, c’est un lourd constat d’échec pour l’Europe?

Monica Semedo . – «Je suis de Grevenmacher, alors la frontière, je la connais bien. Je la passais souvent quand j’étudiais à Trèves tout en travaillant déjà pour RTL. Voir le passage fermé me fait évidemment mal au cœur. Au-delà de ça, la mesure est tout de même ridicule, alors que l’Allemagne déconfine, et même beaucoup plus vite que nous.

Il y a cet aspect affectif, mais est-ce qu’autre chose vous dérange?

«Je suis inquiète par rapport à la sélectivité de la mesure. L’Allemagne ferme sa frontière avec le Luxembourg, mais pas à certains endroits avec la Belgique ou les Pays-Bas. Pourquoi? Aucun argument ne peut justifier cela. La manière dont les choses ont été faites m’interpelle aussi. Comment est-ce possible de ne pas communiquer avec les pays voisins? Si j’avais été étudiante, j’aurais pu aller à Trèves le matin et ne plus pouvoir revenir chez moi le soir. L’Europe doit mieux communiquer, c’est une évidence.

La Commission devra s’expliquer?

«Nous l’avons demandé, en effet. Mais je voudrais aussi avoir des réponses de la chancelière Merkel. Elle renvoie beaucoup la responsabilité au niveau régional, mais tout le monde sait que c’est elle qui a le dernier mot. 

L’Europe a manqué son rendez-vous avec la bonne gestion de la crise sanitaire?

«Il ne faut pas aller trop vite en besogne. La situation était exceptionnelle, jamais connue avant. Alors, oui, il y a eu un manque de coordination. Mais ensuite, de nombreuses mesures de solidarité ont vu le jour, des aides décidées… Je prends pour exemple l’accueil des malades dans les pays qui en avaient la capacité.

Mais ces atermoiements ne vont-ils pas pousser à remettre le projet européen en question? À quoi sert l’Europe si elle est peu efficace en temps de crise?

«Mais elle a montré son efficacité et le fera encore. Il faut que tout le monde comprenne que l’Europe est un projet qui sera en perpétuelle construction. Il faut améliorer les choses et profiter des crises pour en tirer des leçons. L’Europe peut agir vite, et elle l’a fait. On a rendu le pacte de stabilité et de croissance beaucoup plus flexible en quelques jours seulement. Ce qui était jusque-là inimaginable! C’est bien la preuve que tout est possible. On doit continuer à travailler pour aller vers une meilleure Europe.

Il y a une génération d’Européens, qui est là sous nos yeux, qui aura connu trois crises inédites: la crise financière de 2008, la crise migratoire, puis cette crise sanitaire. Ils ont besoin d’être aidés.
Monica Semedo

Monica Semedo,  députée européenne,  DP

Une Europe qui aura la main sur le domaine de la santé?

«Pour certaines choses, nous ne pouvons plus dépendre d’une production qui se trouve sur un autre continent. On doit y réfléchir et évaluer ce que cela coûtera. Nous avons en Europe des experts, des scientifiques, un vrai ‘know how’… Il faut mieux fédérer l’ensemble.

Quid de la relance économique?

«Cela passera par le budget européen et le cadre financier pluriannuel, pour lequel je souhaite un accord rapidement. Il est important que nous connaissions nos marges de manœuvre pour mieux négocier les actions avec la Commission. Je veux que les États membres investissent plus en faveur des citoyens européens. Il y a une génération d’Européens, qui est là sous nos yeux, qui aura connu trois crises inédites: la crise financière de 2008, la crise migratoire, puis cette crise sanitaire. Ils ont besoin d’être aidés, et j’appelle le Conseil de l’UE à poser un premier geste symbolique en leur faveur.»