PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fintech

Un effet covid-19 à plusieurs vitesses

L’Europe attend son champion du paiement numérique



Le QR Code est toujours une technologie largement utilisée pour faciliter les paiements sans contact. (Photo: Shutterstock)

Le QR Code est toujours une technologie largement utilisée pour faciliter les paiements sans contact. (Photo: Shutterstock)

Le Covid-19 a accéléré le passage au paiement numérique, assure un nouveau rapport de l’Emerging Payments Association pour Luxembourg for Finance, que Paperjam a pu consulter en exclusivité. Reste maintenant aux champions nationaux de l’Europe à oser franchir leurs frontières pour rivaliser avec les géants chinois ou américains.

«L’Europe vit avec un paradoxe: il y a quelques champions nationaux, mais pas ou peu de champions européens alors que le marché du paiement est partagé en deux ou trois en Chine avec WePay ou AliPay, ou aux États-Unis avec Apple Pay ou Plaid, récemment racheté pour cinq milliards de dollars par Visa.»

Presque impatient que les fintech européennes s’affranchissent des frontières nationales dans lesquelles elles se sont enfermées, le vice-président de l’Emerging Payments Association (EPA), Thibault de Barsy, relativise. «Le cadre de la PSD2 est posé, les libertés données sont utilisées a minima, et je crois que le grand défi sera de faciliter la transition numérique des acteurs du paiement. Ayant accès à des technologies similaires, l’utilisation des paiements sans contact par les consommateurs européens diffère radicalement d’un pays à l’autre. Néanmoins, l’exécution instantanée et l’interopérabilité sont les ingrédients universels du succès.»

Selon les conclusions de ce rapport de 56 pages réalisé par l’institut de recherche Payments Cards and Mobile pour l’EPA et Luxembourg for Finance (LFF), et que Paperjam a pu lire en exclusivité, «les cartes de débit restent le moyen de paiement préféré des Européens, quel que soit leur âge. Toutefois, leur domination semble atteindre son apogée, et la croissance rapide des portefeuilles numériques et des systèmes P2P instantanés, en particulier dans les pays nordiques, commence à se faire ressentir. Sur les marchés européens les plus développés, tels que le Royaume-Uni, la France, les Pays-Bas et les pays nordiques, environ deux tiers des clients des banques effectuent désormais leurs opérations bancaires en ligne, soit par internet, soit par des applications mobiles.»

La facilité et le coût pour doper l’adoption

Tout est là pour que des fintech européennes prennent l’ascendant dans un marché de 450 millions de consommateurs, comme c’est le cas aux États-Unis avec l’émergence d’Apple Pay (accepté par 60% des commerces de détail américain) ou de Trustly (de compte à compte, qui a connu une croissance de 600% l’an dernier) ou en Asie avec UnionPay (6 milliards de cartes émises), Alipay et WeChat.

«On commence à voir, en Espagne ou en Italie, où il peut y avoir beaucoup de petites transactions parce qu’on n’a pas forcément de gros moyens, que des solutions sont adoptées parce qu’elles sont moins chères et plus faciles, sans que le consommateur final ne semble intéressé par l’origine géographique du fournisseur de services», explique encore M. De Barsy.

«Le passage aux paiements numériques semble s’opérer beaucoup plus rapidement que le passage aux cartes dans le passé. Le mode de paiement devient moins important que la plateforme utilisée, au point de devenir invisible», complète le CEO de LFF, Nicolas Mackel.

«Parfois», renchérit le vice-président de l’EPA, «certaines législations européennes viennent comme un frein, comme cela peut être le cas avec l’afterpay, assez à la mode, mais considéré comme un crédit à la consommation. L’important réside dans l’établissement des bons partenariats, parce que la technologie, que ce soit les QR Code ou la technologie sans contact, est à la fois simple et similaire.»

Trois ingrédients du succès

Selon le rapport, la recette du succès se compose principalement de trois ingrédients:

- Connaître son client. Dans ce domaine, où la technologie est souvent utilisée dans la lutte antiblanchiment, l’intelligence artificielle et le machine learning devraient de plus en plus être utilisés dans la prédiction et la personnalisation des services bancaires, où l’attente des clients va être plus grande;

- Être flexible dans l’offre de produits, parce que le Covid-19 a accéléré de nouveaux modes de travail et de rémunération qui augmenteront la demande «de délais de règlement plus rapides et plus sûrs, et des paiements instantanés des employeurs aux employés, car ceux qui dépendent d’un salaire horaire payé irrégulièrement s’attendent à recevoir leur argent plus tôt» ou bien «des lignes de crédit avec des taux d’intérêt liés à la cote de crédit du consommateur – ou garantis par leur base d’actifs»;

- Favoriser des technologies dynamiques. De 5 à 10 paiements par débit ou retraits de chèques par mois dans les années 1980, les consommateurs modernes sont passés à plus de 130 microtransactions électroniques par semaine de différents types. Ne pas sous-investir dans les paiements instantanés ou dans le QR Code pour rivaliser avec de nouveaux entrants à l’appétit certain est impératif.

Et quatre tendances fortes

Outre l’émergence des plateformes, qui deviennent «invisibles» pour peu que le client puisse effectuer son paiement facilement, comme:

- L’open banking;

- Les partenariats ou la fourniture de services en marque blanche;

- La sécurité face à une vague de violations de données qui ont abouti à près de 15 milliards de dollars de fraude; ou enfin

- La blockchain.

Pourquoi le Luxembourg a un rôle à jouer

«Le Luxembourg», dit le rapport dans une section spécifique, «a un rôle important en tant que plaque tournante des paiements internationaux». 

«La dichotomie à laquelle est confronté le secteur luxembourgeois des paiements est clairement illustrée par le volume des paiements électroniques via ses institutions de monnaie électronique. Si les paiements transfrontaliers de monnaie électronique via des institutions basées au Luxembourg étaient inclus dans le total national, le pays serait le premier acteur des paiements numériques en Europe, la monnaie électronique représentant 91,8% de tous les paiements sans numéraire. Cependant, dans l’état actuel des choses, il existe un contraste entre le conservatisme relatif de la scène nationale et l’approche plus progressiste de son secteur bancaire international», indique le rapport.

«Les paiements par carte sont l’instrument de paiement sans numéraire le plus utilisé au Luxembourg (63,95%), affichant un taux de croissance annuel de 13,97% entre 2013 et 2018. Les virements sont le principal service de paiement sans numéraire en valeur au Luxembourg (28,84%) devant les prélèvements automatiques (7,11%) et les chèques (0,1%). 

Le rapport cite deux champions luxembourgeois: Luxhub, deuxième plus grande plateforme bancaire ouverte en Europe; et Finologee, qui propose des offres spécialisées destinées aux banques privées, ainsi qu’une gamme d’outils KYC.