POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

REINVENT EUROPE (5/10)

«L’Europe a su développer une nouvelle identité géopolitique»



Christophe Hansen: «Alors que les États-Unis ont opté pour la ‘prospérité sans providence’, et la Chine pour la ‘prospérité contre obéissance’, la voie européenne est celle de ‘la prospérité sans souffrance’.» (Photo: DR)

Christophe Hansen: «Alors que les États-Unis ont opté pour la ‘prospérité sans providence’, et la Chine pour la ‘prospérité contre obéissance’, la voie européenne est celle de ‘la prospérité sans souffrance’.» (Photo: DR)

Pour cet «été pas comme les autres», Paperjam a donné la parole à 10 personnalités luxembourgeoises engagées au niveau européen afin qu’elles livrent leur analyse des défis qui attendent l’Union européenne. Cette semaine, Christophe Hansen, député CSV.

Non, nous n’étions pas préparés à la crise que nous vivons actuellement et je regrette que la réaction initiale des États membres de l’UE n’ait pas été à la hauteur du défi. Des frontières ont été fermées sans consultation des États voisins, du matériel médical a été intercepté, et les États membres du Sud se sont sentis abandonnés.

La crise sanitaire a mis en exergue ce qui était en jeu: la rechute dans une Europe d’États-nations aux frontières fermées. Inimaginable pour nous, Luxembourgeois, qui vivons justement de notre ouverture envers nos voisins.

Mais ces difficultés de démarrage ont été surmontées. Alors que les États-Unis ont opté pour la «prospérité sans providence», et la Chine pour la «prospérité contre obéissance», la voie européenne est celle de «la prospérité sans souffrance». L’Europe a su développer, en raison de cette crise inédite, une nouvelle identité géopolitique.

La chute de la demande et les problèmes de liquidité qui en résultent font que les entreprises luxembourgeoises et européennes sont devenues vulnérables aux rachats par des entreprises subventionnées ou des fonds d’investissement surtout originaires de Chine ou d’Arabie saoudite.

L’UE ne doit pas se laisser réduire à une position qui l’oblige à choisir entre les politiques étrangères et commerciales chinoises ou américaines.
Christophe Hansen

Christophe Hansen,  député CSV

La vente au rabais de nos entreprises et infrastructures d’importance stratégique représente un sérieux problème et nous le devons aux générations futures de mieux protéger ces infrastructures. L’UE ne doit pas se laisser réduire à une position qui l’oblige à choisir entre les politiques étrangères et commerciales chinoises ou américaines.

L’UE doit se dissocier de cette rivalité et tracer son propre chemin, et je suis convaincu qu’elle sait le faire. Dans ce sens, la politique européenne de la concurrence doit être modernisée et les règles relatives aux aides d’État et à la concurrence doivent être adaptées plus rapidement que prévu.

La proposition franco-allemande de compromis pour la «reconstruction» de l’économie européenne et légèrement adaptée par la Commission européenne aurait signifié un renforcement de l’économie européenne, ainsi qu’une opportunité d’approfondir l’intégration européenne. L’accord des 27 trouvé le 21 juillet par contre est clairement une déception pour le Parlement européen. Une opportunité historique que le Conseil a ratée!

Car nous avons besoin d’une Europe plus forte, avec plus de moyens financiers et une meilleure utilisation des fonds disponibles, tout en respectant nos valeurs fondamentales tel que l’État de droit. La version «light» de la conditionnalité des fonds européens au respect de l’État de droit, tel qu’arrêté par le Conseil, fait preuve d’un manque de courage flagrant.

Les défis à relever sont nombreux: relations transatlantiques, politique à l’égard de la Chine, santé, numérisation, intelligence artificielle et j’en passe.

Il faudrait continuer de conclure de nouveaux accords commerciaux avec des pays comme Taïwan, la Thaïlande et l’Indonésie, à titre d’exemple, afin de pouvoir s’appuyer sur davantage de fournisseurs.
Christophe Hansen

Christophe Hansen,  député CSV

L’UE devrait investir plus et plus courageusement dans le numérique pour combler l’écart, en particulier avec la Chine et les États-Unis. L’Europe devrait s’émanciper et investir beaucoup plus dans la recherche, le développement et l’innovation et parvenir à maintenir les fruits de cette recherche également sur le territoire européen en vue d’une autonomie stratégique accrue.

Nous vivons dans un monde globalisé et notre politique repose sur le multilatéralisme. Le protectionnisme ou la recherche de l’autarcie sont cependant des phantasmes qui font abstraction du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement et du commerce globalisé.

La diversification de nos chaînes d’approvisionnement pourrait néanmoins permettre de briser les monopoles et les dépendances dangereuses comme nous les connaissons par exemple dans le secteur des médicaments avec l’Inde et surtout la Chine. Il faudrait continuer de conclure de nouveaux accords commerciaux avec des pays comme Taïwan, la Thaïlande et l’Indonésie, à titre d’exemple, afin de pouvoir s’appuyer sur davantage de fournisseurs.

Le moment présent est fatidique. Ne baissons pas la tête en attendant que la tempête passe. Décidons nous-mêmes comment faire face à cette tempête et comment en sortir plus forts. Comme le disait Helmut Schmidt: «In der Krise beweist sich der Charakter.»