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2022-2041

État-SES: les dessous de la nouvelle concession



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L’État a accordé une concession «plus en ligne avec la pratique internationale» dans un billard à plusieurs bandes. (Photo: SES)

Le gouvernement a annoncé vendredi, à l’issue de sa réunion hebdomadaire, avoir approuvé une nouvelle concession avec SES Astra pour la période 2022-2041. Un deal marchandé à plusieurs niveaux qui témoigne de l’importance de ce fleuron des télécoms, malmené par le marché et la FCC.

Pour un million d’euros, t’as plus rien? Si! Une concession avec l’État pour exploiter les fréquences orbitales luxembourgeoises entre 2022 et 2041.

À l’heure où la valeur de ces précieux «assets» flambe sous l’effet de l’appétit des consommateurs, des entreprises et des États en communication, le montant de la redevance paraît très faible. Le chiffre d’affaires annuel de la société basée à Betzdorf devrait se situer entre 1,975 et 2,04 milliards d’euros cette année.

Mais il s’explique par un retour aux fondamentaux: l’histoire.

12 novembre 2001, SES annonce la reprise à 100% de GE Americom, ce qui lui ouvre grand les portes du marché américain, pour 4,3 milliards de dollars. Une augmentation de capital a été nécessaire et l’État, premier actionnaire de l’opérateur, directement et indirectement, a peur de voir sa part et son emprise sur sa pépite diluées.

Une anti-dilution à 550 millions de dollars

Dans le montage de l’opération, SES Astra attribue 8,5 millions d’actions de catégorie B à l’État, actions qui seront aussitôt échangées contre 85,3 millions d’actions de catégorie B de SES Global. Soit 550 millions d’euros, qui servent à payer la concession des fréquences orbitales et à ne pas diluer le capital de l’État dans la société.

Ramené à une concession annuelle, ce demi-milliard place le curseur à 26 millions d’euros par an, contre un million dans la concession qui démarrera le 1er janvier 2022. «Les deux parties se sont mises d’accord sur une redevance réduite, plus en ligne avec la pratique internationale», affirme le résumé du conseil de gouvernement, sans que l’on puisse le ‘benchmarker’ correctement.

SES ne paiera pas cette redevance avant 2025, soit trois fois un million d’euros «économisés». Le geste de l’État doit faciliter la libération des fréquences de 3,4 à 3,8GHz identifiées par l’Union européenne pour les réseaux mobiles 5G, auxquelles il faut ajouter une bande de garde, qui sera préservée pour éviter les interférences au-dessus de 3,8GHz.

L’État en a besoin pour lancer la 5G et ces fréquences seront libérées pour le 30 juin 2020, ce qui a un coût pour l’opérateur.

Un nouveau fonds «SES» à venir

Contre cette redevance à un million d’euros, SES a aussi accepté d’abonder, à partir de 2021, un fonds d’investissement qui sera créé afin de financer des sociétés à la fois utiles au développement de l’économie luxembourgeoise et à la transformation de l’opérateur. Ce n’est pas le fonds de l’espace, appelons-le comme ça, dont le ministre de l’Économie  Étienne Schneider  n’a toujours pas livré le détail.

Ce nouveau fonds sera uniquement alimenté par SES selon une série de critères, dont son chiffre d’affaires lié à l’exploitation des fréquences orbitales du Luxembourg ou des déductions liées à de nouvelles taxes (nouvelle loi spatiale ou taxe de l’Institut luxembourgeois de régulation sur les stations terrestres, par exemple).

L’État ne pouvait pas être trop dur car, depuis le début de l’année, le cours de SES a perdu 28% sous l’effet de l’incertitude de la décision du régulateur américain. La FCC doit décider de la manière dont elle veut organiser la 5G aux États-Unis.

Mauvaise nouvelle

Or, le 19 novembre, la FCC aurait décidé de passer par une enchère publique pour les fréquences utiles à la 5G, par opposition à des enchères privées que privilégiaient les dirigeants de SES pour gagner plus d’argent. Selon une étude de J.P. Morgan, en effet, cela aboutirait à «un produit de cession plus faible (qu’une enchère privée qu’espéraient les quatre opérateurs majeurs, ndlr), une imposition plus élevée et un processus prenant plus de temps».

De ce montant à priori moins élevé,  SES percevrait 45% des recettes comme Intelsat, tandis qu’Eutelsat et Telesat se partageraient les 10% restants.

Quatre jours plus tôt, la C-Band Alliance, formée par les quatre opérateurs et dont Markus Payer (SES) s’occupait de la communication,  avait lancé une «dernière» offre en proposant de «rendre» de 30 à 75% d’une enchère privée au Trésor américain . Dernière offre que la FCC ne semble pas avoir retenue.