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SATELLITES

John Kennedy contre le projet de SES



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Les opérateurs doivent «libérer» une partie de la bande C pour la 5G aux États-Unis. Contre quel dédommagement financier? Un enjeu en milliards de dollars qui n’avance pas comme prévu pour SES. (Photo: Shutterstock)

Avis de tempête aux États-Unis pour SES: les discussions  autour du déploiement de la 5G avec le régulateur américain des télécoms se compliquent pour les deux sociétés implantées au Luxembourg, SES et Intelsat. Le sénateur John Kennedy est contre. 

Markus Payer n’est plus le vice-président de SES en charge de la communication. Remplacé dans l’organigramme par le Néerlandais Aaron Graham, celui qui a dirigé la communication de la société de Betzdorf pendant près de 14 ans a traversé l’Atlantique et a pris la tête de la communication de la C-Band Alliance (CBA), a-t-il lui-même annoncé ce lundi.

Un transfert stratégique à un moment-clé pour l’avenir du champion luxembourgeois du satellite? Car l’heure est grave pour ce regroupement des principaux opérateurs de satellites aux États-Unis, dont SES et Intelsat. Créée pour défendre les intérêts des opérateurs de satellites dans le contexte du lancement de la 5G aux États-Unis, la CBA propose une «approche de marché».

500 MHz pour 60 milliards de dollars

Elle propose de libérer 200 MHz dans la fréquence 3,7 à 4,2 GHz d’ici 18 à 36 mois pour les opérateurs mobiles, contre une indemnité à définir. Cette fréquence est idéale pour la 5G. Selon une étude de la Deutsche Bank, ces 200 MHz sont estimés à 11 milliards de dollars. Le groupe ACA Connects, qui représente les professionnels du câble, évoque la somme de 60 milliards de dollars pour la totalité des 500 MHz de cette partie du spectre.

Pour la CBA, la 5G va ajouter 2.700 milliards de dollars de recettes au PIB américain d’ici 2030. Cet énorme «gâteau» attise forcément toutes les convoitises.

Mais la CBA rencontre un fort vent contraire, davantage auprès des concurrents au sol et des politiques que du régulateur américain (FCC). Parmi les politiques, le sénateur de Louisiane John Kennedy, qui s’est fendu d’une lettre au directeur de la FCC, regrettant que les négociations avec les grands opérateurs de satellites se déroulent à l’abri des regards du grand public.

Dans un autre courrier, Ericsson, qui n’a pourtant pas d’intérêt direct, seulement que la 5G soit la moins chère possible pour que les usagers achètent ses téléphones, s’est plainte que 200 MHz (180 plus 20 pour éviter les interférences néfastes) ne soient pas suffisants pour «mettre en place une 5G robuste».

SES ne dépense pas assez en lobbying

D’autres encore soulignent les grandes difficultés d’Intelsat, ce qui explique probablement que Markus Payer soit envoyé en pompier à la tête de la communication de la CBA: les problèmes sur un satellite ont coûté 400 millions de dollars à Intelsat et d’aucuns appellent le régulateur américain à laisser Intelsat hors du jeu à venir en raison de ses difficultés financières. Du coup, la SES préfère reprendre en main la communication de l'Alliance.

Enfin, dans un récent article alimenté par le Sénat américain, Bloomberg estime que SES n’a pas assez ouvert son portefeuille au lobbying l’an dernier. Avec 100.000 dollars (contre 869.500 pour Intelsat) dépensés pour gagner un dédommagement estimé à 11 milliards de dollars, la société luxembourgeoise n’en a pas assez fait.

C’est oublier un «détail»: après avoir complété sa constellation O3b, SES devrait lancer en 2021 ses sept nouveaux O3b mPower... fabriqués non plus chez Thales mais chez Boeing . Au cours des négociations qui se poursuivent, les opérateurs de la CBA ont d’ailleurs dit qu’ils étaient prêts à commander huit nouveaux satellites à un constructeur américain pour pallier le changement dans leurs fréquences. Des experts affirment qu’il en faudrait quinze.

En fin de semaine, le régulateur américain a d’ailleurs demandé de nouvelles précisions sur les intentions de la CBA. Soit un nouveau retard d’au moins 45 jours dans la décision (un mois pour les réponses et 15 nouveaux jours pour les commentaires), qui ne devrait pas être prise avant le troisième trimestre.

Approche de marché, mise aux enchères complète de ces 500 MHz ou solution hybride, personne ne sait encore ce que le régulateur américain des télécoms va décider. Mais la C-Band Alliance a encore un avantage très important: le calendrier. À l’heure où toute la planète rêve de déployer la 5G, l’approche de marché permettrait d’aller plus vite.