POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

ce que nous réserve l’année à venir (1/8)

Et la culture en 2021, ça donne quoi?



À la Philharmonie, au Mudam, à la Kulturfabrik, à la Rockhal, au Kinneksbond, et sans doute dans l’intégralité des structures qui font le tissu culturel luxembourgeois, chacun met tout en œuvre pour être prêt à rouvrir et adapter sa programmation. Un objectif d’ici là: garder la tête hors de l’eau et sa motivation intacte. (Photo: Sébastien Grébille)

À la Philharmonie, au Mudam, à la Kulturfabrik, à la Rockhal, au Kinneksbond, et sans doute dans l’intégralité des structures qui font le tissu culturel luxembourgeois, chacun met tout en œuvre pour être prêt à rouvrir et adapter sa programmation. Un objectif d’ici là: garder la tête hors de l’eau et sa motivation intacte. (Photo: Sébastien Grébille)

S’il est encore impossible de savoir exactement à quoi ressemblera notre vie en 2021, le brouillard devient après chaque jour qui passe un peu moins dense. Paperjam.lu a fait un petit tour d’horizon non exhaustif de ce qui nous attend pour cette nouvelle année dans le domaine de la culture.

Musées, salles de concert, théâtres… actuellement, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et ne doit pas suivre les mêmes restrictions sanitaires. Toutefois, pour aucun des acteurs culturels le fonctionnement de leur établissement ne peut tourner à 100% et des adaptations doivent toujours être trouvées, y compris pour 2021.

Pour René Penning , directeur de la Kulturfabrik à Esch-sur-Alzette, il est très difficile de se projeter en 2021 alors que le vocable utilisé par le gouvernement à la mi-décembre semble, selon lui, indiquer un durcissement futur des mesures et des fermetures plutôt qu’un assouplissement et une réouverture potentielle pour le début d’année. Ce qui n’empêche pas ses équipes de travailler à un programme adapté et figurant des projets nés de la pandémie: «Nous avions évidemment un programme prêt depuis longtemps pour cette saison 20/21, avec également des spectacles à reprogrammer suite à leur report, et il est donc un peu compliqué de caser tout cela dans les conditions actuelles, même avec une réouverture en tout début d’année. C’est assez chaotique, mais cela n’empêche pas d’être ambitieux et de faire au mieux pour attaquer 2021 avec des formats ad hoc qui ont prouvé, déjà en 2020, qu’ils peuvent se faire et rencontrer leur public même en situation pandémique.»

Ainsi, la programmation 2021 du «Summer Bar» de la Kufa, qui a cartonné l’été dernier, est déjà à l’étude, tout comme celle des résidences d’artistes «Squatfabrik», «un projet dont on est réellement tombé amoureux et que nous souhaitons débuter dès février si c’est possible», précise René Penning. La collaboration de la Kulturfabrik avec la radio 100,7 et les «Radio Sessions» qui en résultent continueront aussi et devraient même s’inscrire sur le long terme grâce à une convention…

À la Philharmonie, même si les fauteuils doivent à l’heure actuelle encore rester vides, il y a toujours une programmation prévue pour les mois à venir. Toutefois, beaucoup d’annulations arrivent malheureusement au fur et à mesure. «Ceci est principalement dû aux orchestres internationaux qui annulent leur tournée en Europe, et donc leur concert à Luxembourg», explique Tiffany Saska, responsable de la communication à la Philharmonie. «Mais nous restons flexibles et dès que nous le pourrons, nous ouvrirons nos portes dans le respect des mesures sanitaires demandées.» En palliatif, la Philharmonie met en place une offre de streaming . C’est ainsi que le public pourra découvrir le concert familial «Der Nussknacker» le 21 décembre à 17h30, une «Virtual Choir» le 23 décembre à 19h ou le concert du Nouvel An sous la direction de Leopold Hager le 8 janvier. D’autres sont également à venir et seront annoncés prochainement.

Du côté des musées, la vision est plus claire, car les restrictions sanitaires les touchaient moins jusqu’à présent, pouvant continuer à accueillir un peu de public dans leurs murs.

Au Mudam, le thème de la programmation artistique 2021 est la diversité des perspectives. Artistes internationaux et luxembourgeois entrent en résonance avec le monde présent ou s’inscrivent dans une démarche prospective. Trois grandes expositions sont programmées pour cette année 2021. Tout d’abord, l’attendue monographie de William Kentridge, «More Sweetly Play the Dance», organisée dans le cadre du Red Bridge Project (13 février-6 juin). Puis il y aura deux grandes expositions collectives dédiées à la nouvelle génération d’artistes: «Post-Capital» (10 juillet-janvier 2022) aborde des sujets comme la production, la consommation et la richesse en relation avec les évolutions technologiques, et «Freigeister» (novembre 2021-février 2022) est quant à elle consacrée à la scène artistique luxembourgeoise.

William Kentridge, video still from film made for “More Sweetly Play the Dance”, 2015. (Photo: William Kentridge)

1 / 2

Aline Bouvy, «Urine Mate», 2016.  (Photo: Isabelle Arthuis, Courtesy Galerie Baronian-Xippas, Bruxelles)

2 / 2

En parallèle de ces expositions, la collection continuera d’être mise en valeur à travers des accrochages ponctuels ou des expositions thématiques, comme «mirror mirror» (9 octobre-18 avril 2022), réalisée par Sarah Zigrand, autour des vêtements et objets de mode.

La performance sera aussi à l’honneur tout au long de l’année et plus spécifiquement en octobre avec la «Mudam Performance Season», qui se tiendra pendant deux semaines dans les galeries et le Grand Hall du musée. À noter aussi qu’une série de conférences sur le changement climatique positionnera le Mudam comme plateforme d’échange et de réflexion.

C’est aussi notre mission, en tant qu’institutions culturelles publiques, d’être prêtes. Je ne pense pas que nous ayons d’autre choix.

Jérôme Konen,  directeur,  Kinneksbond

À la Rockhal, si l’ouverture franche et massive de la salle de concert n’est pas encore possible, plusieurs actions sont dans les tuyaux. Les « Rocklab Pop-Up Sessions » s’appuient sur l’énergie développée pendant le confinement pour travailler avec les musiciens locaux et aller encore plus loin. «Cette proposition permet à la fois de conserver l’énergie du live et de créer un outil de promotion pour les artistes qui, une fois la crise passée, pourront s’en servir pour se présenter à l’international», a détaillé Olivier Toth . Ces mini-concerts enregistrés sont dévoilés au fur et à mesure sur la chaîne YouTube de la Rockhal.

Par ailleurs, un défi musical a été lancé aux jeunes avec le Qwest Freestyle Challenge , qui leur propose de poster une création de rap qui sera soumise au vote d’un jury et du public. Le lauréat de ce concours aura la possibilité d’être produit dans le Rocklab Studio.

Du côté du Kinneksbond à Mamer, l’heure est tout sauf à l’apitoiement. Jérôme Konen, son directeur, n’a pas le temps d’être pessimiste et le dit clairement: «Nous devons aux artistes de tout faire pour continuer à travailler et éviter au maximum des annulations de spectacles. Certes, il faut faire appel à des plans A, B et C, mais nous ne sommes pas complètement confinés comme au printemps et les répétitions sont possibles. C’est aussi notre mission, en tant qu’institutions culturelles publiques, d’être prêtes. Je ne pense pas que nous ayons d’autre choix.»

Il joint d’ailleurs l’acte aux paroles, avec une première représentation prévue dès le 21 janvier de «Terres Arides» de Ian de Toffoli, avec Luc Schiltz et Pit Simon, deuxième projet présenté dans le cadre du cycle «Les Agitateurs» et mêlant théâtre de narration et fiction documentée. La dynamique collaborative du Kinneksbond sera elle aussi de retour via le partage de plateau avec le Théâtre du Centaure. «L’évolution de ces collaborations dépendra évidemment de celle de la crise, mais il est évidemment important de faire de notre mieux pour à la fois soutenir la création nationale et assurer, autant que faire se peut, les accueils nationaux et internationaux initialement prévus. Quitte à faire coexister des spectacles et à passer un temps fou à adapter les plannings!», conclut Jérôme Konen.