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3 questions à Me Anthony Winkel

«L’éloquence dépend du sujet que l’on traite, mais surtout de nos auditeurs»



Anthony Winkel: «L’éloquence ne se définit pas au regard de la maîtrise d’un vocabulaire riche et compliqué, mais bel et bien au regard de la capacité de compréhension du public auquel on s’adresse.» (Photo: DR)

Anthony Winkel: «L’éloquence ne se définit pas au regard de la maîtrise d’un vocabulaire riche et compliqué, mais bel et bien au regard de la capacité de compréhension du public auquel on s’adresse.» (Photo: DR)

En amont du Concours national d’éloquence «Tony Pemmers», organisé par la CJBL et le Paperjam + Delano Club, en partenariat avec BGL BNP Paribas, mardi 29 juin, le candidat Anthony Winkel nous révèle les principes de l’art oratoire.

L’éloquence est-elle forcément conditionnée par la maîtrise d’un vocabulaire riche et compliqué?

Anthony Winkel. – «Albert Camus disait que ‘mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde’. À mon sens, avant de choisir le vocabulaire que l’on souhaite utiliser au cours d’une conversation ou d’un discours, il convient de se demander a qui l’on souhaite adresser ces propos. 

Ainsi, devant une personne ne maîtrisant que très peu le vocabulaire que l’on utilise, on peut être très éloquent en utilisant des mots très simples et accessibles, alors que si l’on vient à s’adresser à une personne instruite quant au sujet sur lequel on s’exprime, l’éloquence sera ici gage d’un vocabulaire construit et précis. Dès lors, l’éloquence ne se définit pas au regard de la maîtrise d’un vocabulaire riche et compliqué, mais bel et bien au regard de la capacité de compréhension du public auquel on s’adresse.

Qu’est-ce qui vous a donné cette passion pour l’art oratoire/l’expression orale? 

«Tout jeune, je voulais faire du théâtre, être sur une scène, pouvoir faire vivre des personnages différents. Tel Cyrano, j’ai su très vite que je ne pourrais me faire remarquer que par le pouvoir des mots, et non par mon physique. Ayant eu une enfance et une adolescence assez solitaires, j’avais pour seule compagnie les grands auteurs de la littérature. Ils m’ont aidé à me construire, à trouver ces mots qui me manquaient à la base pour exprimer ma joie ou ma douleur. 

Je n’ai pas fait de grandes écoles, et je suis l’une des rares personnes à avoir fait des études dans ma famille, les mots m’ont permis de me sortir de ma condition et de prendre une revanche. L’expression orale me permettant de lutter contre ma timidité, c’est mon histoire qui m’a conduit vers le goût des mots.

Un avocat doit-il forcément être éloquent pour bien faire son métier?

«J’ai une affection particulière pour cette citation de La Rochefoucauld qui précise que ‘la véritable éloquence consiste à dire tout ce qu’il faut, et à ne dire que ce qu’il faut’. Lors d’un procès, je pense que cette éloquence est nécessaire au niveau pénal, soit afin de permettre la guérison de l’âme meurtrie d’une victime, soit afin de raconter l’histoire d’une personne qui en vient peut-être à commettre l’irréparable. 

Dans les deux cas, l’avocat est là pour raconter une histoire… d’un accusé, d’une victime, et comme toute histoire, celle-ci se doit d’être développée. Cela n’est pas forcément le cas dans d’autres domaines, où l’avocat est plus efficace quand il est clair, précis, et surtout concis. L’éloquence dépend, à mon sens, du sujet que l’on traite, mais surtout de nos auditeurs.»

Assistez au Concours national d’éloquence «Tony Pemmers» en vous inscrivant sur le site du Paperjam + Delano Club