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3 questions à Me Marjorie Dabrowski

«Aussi bien argumentée qu’elle soit, toute perception est subjective»



Marjorie Dabrowski: «Je pense que l’éloquence est une compétence nécessaire, mais qu’elle ne peut suffire pour exercer correctement le métier d’avocat.» (Photo: M. Dabrowski)

Marjorie Dabrowski: «Je pense que l’éloquence est une compétence nécessaire, mais qu’elle ne peut suffire pour exercer correctement le métier d’avocat.» (Photo: M. Dabrowski)

En amont du Concours national d’éloquence Tony Pemmers, organisé par la CJBL et le Paperjam + Delano Club, et en partenariat avec BGL BNP Paribas, le mardi 29 juin prochain, la candidate Marjorie Dabrowski nous révèle les principes de l’art oratoire.

L’éloquence est-elle forcément conditionnée par la maîtrise d’un vocabulaire riche et compliqué?

«De mon point de vue, l’éloquence n’est pas conditionnée par la maîtrise d’un registre de langue réservé à un cercle d’initiés.

Certes, tout bon orateur se doit de connaître les subtilités de la langue qu’il pratique afin de faire bon usage de ses multiples nuances. Cependant, c’est par une utilisation experte de mots simples, convaincants et judicieusement employés dans un discours structuré que le propos sera accessible au plus grand nombre et par là même, efficace.

C’est par sa capacité à conjuguer finesse, élégance et simplicité que le bon orateur parviendra à produire un message clair et impactant.

L’éloquence, tel un travail d’orfèvre, est l’art de ciseler la langue et de donner du relief aux mots simples pour convaincre.

L’art oratoire est un exercice difficile, qui n’est pas inné. Quelles qualités faut-il, au-delà de la maîtrise du verbe, pour prétendre à exceller dans cette discipline?

«Prétendre à exceller dans l’art oratoire! Face à cette gageure quotidienne, l’avocat ne peut se contenter de la simple maîtrise du verbe pour émouvoir et persuader son auditoire. Par sa gestuelle, ses postures, ses regards et même ses silences, l’avocat donnera vie à son discours. Victor Hugo lui-même estimait que «la vraie et grande éloquence est celle dans laquelle, même aux moments calmes, on sent le grondement d’une foudre».

Au-delà de ces critères explicites, l’art oratoire s’appuie sur la sincérité de l’orateur, sur la conviction qu’il met dans l’expression de ses idées et sur sa réelle implication dans les valeurs qu’il défend. En outre, si l’orateur est animé par cette chose inexplicable et implicite qu’est la passion, il lui sera encore plus facile de convaincre.

Un avocat doit-il forcément être éloquent pour bien faire son métier?                                                               

«Je pense que l’éloquence est une compétence nécessaire, mais qu’elle ne peut suffire pour exercer correctement le métier d’avocat. En effet, l’éloquence ne dispensera jamais un avocat de maîtriser parfaitement les règles de droit pour présenter un argumentaire de qualité; de même, l’éloquence ne pourra garantir la pertinence d’un exposé, car le fond d’un discours est au moins aussi important que la forme.

À mon avis, même sans une éloquence remarquable, un avocat peut atteindre ses objectifs s’il exerce son art en privilégiant les valeurs humaines dans ses discours. Aussi bien argumentée qu’elle soit, toute perception est subjective et ne peut faire l’unanimité. Mais en prônant les valeurs universelles, l’avocat offre à chaque membre de son auditoire une passerelle vers l’émotion.»

Assistez au Concours national d’éloquence Tony Pemmers en vous inscrivant sur le site du Paperjam + Delano Club.