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3 questions à Me Davoud Hatami

«Une qualité majeure à la parole est paradoxalement le silence»



Davoud Hatami: «Qu’il soit au tribunal en robe d’avocat ou bien en télétravail en robe de chambre lors d’une énième confcall client (nous conseillons alors de s’assurer que la caméra soit bien éteinte), l’avocat doit se faire comprendre de son interlocuteur.» (Photo: DR)

Davoud Hatami: «Qu’il soit au tribunal en robe d’avocat ou bien en télétravail en robe de chambre lors d’une énième confcall client (nous conseillons alors de s’assurer que la caméra soit bien éteinte), l’avocat doit se faire comprendre de son interlocuteur.» (Photo: DR)

En amont du Concours national d’éloquence Tony Pemmers, organisé par la CJBL et le Paperjam + Delano Club, en partenariat avec BGL BNP Paribas, le mardi 29 juin, le candidat Davoud Hatami nous révèle les principes de l’art oratoire.

L’éloquence est-elle forcément conditionnée par la maîtrise d’un vocabulaire riche et compliqué?

Davoud Hatami. – «En partant d’une définition de l’éloquence comme l’art de bien parler, de persuader et de convaincre par la parole, un vocabulaire riche et compliqué ne semble pas être nécessaire, et peut même jouer en défaveur de l’orateur qui en userait trop largement, en ce qu’il perdrait par là même son auditoire! 

Un vocabulaire riche et complexe peut toutefois constituer un agrément utile au discours, s’il est manié de façon maîtrisée et juste, sans jamais venir primer sur le fond du discours… faute de quoi un tel orateur ressemblerait alors à ce brillant joueur de football qui, après quelques gestes techniques aussi époustouflants qu’inutiles, viendrait à en perdre son équilibre et s’étaler de tout son long sur le terrain, en laissant la balle de la parole footballistique lui échapper!

L’art oratoire est un exercice difficile, qui n’est pas inné. Quelles qualités faut-il, au-delà de la maîtrise du verbe, pour prétendre à exceller dans cette discipline?

«Maîtriser le verbe est un prérequis essentiel mais non suffisant, dans la mesure où il s’agit ici d’exprimer son discours à voix haute, devant un auditoire. Dès lors, l’orateur se retrouve dans une position similaire à celle du chanteur-compositeur présentant au public son morceau, qui, fût-il parfaitement écrit, n’est pas suffisant à emporter l’adhésion du public si la voix du malheureux chanteur a pour effet de faire perdre l’ouïe aux jeunes gens et de la rendre aux personnes âgées! 

Maîtriser le timbre de sa voix, sa diction, son rythme, sont des aspects techniques primordiaux. Encore une fois, c’est la capacité à connecter, à emporter son auditoire avec soi, qui est essentielle dans l’art oratoire. 

Un avocat doit-il forcément être éloquent pour bien faire son métier?

«Qu’il soit au tribunal en robe d’avocat ou bien en télétravail en robe de chambre lors d’une énième confcall client (nous conseillons alors de s’assurer que la caméra soit bien éteinte), l’avocat doit se faire comprendre de son interlocuteur. 

Une qualité majeure à la parole est paradoxalement le silence, un bon avocat devant être un bon ‘listener’ afin de comprendre les besoins et attentes de son client. Cela renvoie à un conseil que nous avait donné un professeur d’université, à savoir qu’il ne faut pas seulement bien connaître son cours pour être bon à l’examen, mais également savoir ce que le correcteur attend de nous. 

Cette intelligence de situation est d’ailleurs très utile, bien au-delà de l’art oratoire ou du métier d’avocat, dans tous les aspects de la vie!»

Assistez au Concours national d’éloquence Tony Pemmers en vous inscrivant sur le site du Paperjam + Delano Club.