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Art in situ

Deux œuvres pour le bâtiment de l’OAI



Filip Markiewicz et Hisae Ikenaga sont les lauréats de l’appel à projets initié par l’OAI. (Photo: Nader Ghavami)

Filip Markiewicz et Hisae Ikenaga sont les lauréats de l’appel à projets initié par l’OAI. (Photo: Nader Ghavami)

Suite à l’appel à projets lancé par l’Ordre des architectes et des ingénieurs-conseils (OAI), Filip Markiewicz et Hisae Ikenaga réaliseront une œuvre dans le bâtiment de l’OAI dans le cadre du projet Art In Situ OAI.

Lancé en décembre dernier par l’Ordre des architectes et des ingénieurs-conseils (OAI), avec l’accompagnement de l’asbl Art Contemporain.lu et la collaboration de l’asbl Da Vinci – copropriétaire du bâtiment–, le programme Art In Situ OAI offre la possibilité à un artiste d’intervenir au sein du siège de l’Ordre pour y proposer une œuvre.

Un appel à projets a été lancé à cette fin, et 17 candidatures ont été admises à concourir. Après examen des candidatures, un jury, composé de sept membres et présidé par l’architecte Marie Lucas, s’est réuni le 3 mars dernier. Ce n’est pas un, mais deux projets qui ont finalement été retenus à l’unanimité par le jury: celui d’Hisae Ikenaga et celui de Filip Markiewicz.

«Nous avons été agréablement surpris par la qualité des projets déposés», a déclaré Pierre Hurt, directeur de l’OAI. «Cela faisait plus de cinq ans que je souhaitais mettre en place ce projet, mais il a fallu un peu de temps pour convaincre les propriétaires. Avec la crise sanitaire, la conscience que l’art est plus que jamais essentiel dans notre société a fait son chemin, et nous sommes parvenus à faire aboutir cette proposition, ce dont je me réjouis.»

Chaque artiste reçoit une enveloppe de 10.000€ pour la concrétisation de son projet.

Cette initiative a un double objectif: d’abord, proposer de l’art dans le bâtiment Da Vinci, lieu de travail de plusieurs personnes et espace qui reçoit régulièrement des visiteurs, et également donner l’exemple à d’autres maîtres d’ouvrage pour intégrer l’art à leur projet de bâtiment. «Les artistes et les architectes peuvent tout à fait entrer en dialogue dans un projet commun et encore améliorer notre cadre de vie», précise Pierre Hurt. «Avec la crise que nous traversons, nous nous apercevons de manière encore plus criante à quel point la culture est essentielle et doit nous accompagner au quotidien. C’est pourquoi nous avons choisi de réaliser cette action maintenant.» 

La ministre de la Culture, Sam Tanson (déi Gréng), qui soutient cette initiative par son haut patronage, a également souligné l’utilité de cette initiative. «Nous construisons beaucoup au Luxembourg, y compris au niveau étatique ou communal, notamment des bâtiments qui reçoivent du public», a déclaré madame la ministre. «Y faire profiter les visiteurs d’installations artistiques me semble être une très bonne idée. Cela développe aussi la visibilité de nos artistes, ce qui est toujours profitable.» Saisissant l’occasion, la ministre a également annoncé que les procédures relatives à la loi du 1% sont en cours de refonte et qu’un poste dédié à ces questions de commandes publiques allait être ouvert au ministère.

Architecture et musique

Pour son projet intitulé «Klangkörper» (corps de résonance), Filip Markiewicz a choisi la musique comme point de départ, discipline qui était très présente dans son quotidien pendant ces derniers mois d’isolement. «J’ai trouvé qu’il existait une similitude entre l’enveloppe du bâtiment et l’enveloppe sonore», a expliqué l’artiste présent en vidéoconférence.

«Je me suis donc appuyé sur quatre mots qui définissent l’enveloppe sonore: ‘attack’, ‘decay’, ‘sustain’ et ‘release’. J’ai choisi de prendre l’architecture comme espace sonore, jouant le rôle d’une caisse de résonance, et de distribuer ces quatre mots à différents endroits du bâtiment, comme on le ferait sur une partition.» Ces quatre mots sont matérialisés sous forme de néons lumineux et reprennent ici la fonction de ‘ready-made’, tout comme le bâtiment est une forme de ‘ready-made’ pour Filip Markiewicz.

«Ces quatre mots n’ont pas de grille de lecture précise, mais il est possible de faire des parallèles avec l’architecture tout de même: ‘attack’ pourrait avoir comme équivalent le brutalisme, ‘decay’ la notion de ruine, ‘sustain’ le développement durable, et ‘release’ une notion plus politique», éclaire l’artiste. En complément de cette installation, Filip Markiewicz prévoit également des interventions performatives.

Filip Markiewicz a choisi de proposer une œuvre en lien avec la musique. (Photo: Filip Markiewicz ) 

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 Des mots sous forme de néons viendront se positionner sur le bâtiment de l’OAI. (Photo: Filip Markiewicz)

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Humour et légèreté

La proposition d’Hisae Ikenaga est d’un tout autre registre. L’artiste arrivée depuis peu au Luxembourg, mais déjà lauréate du dernier prix Leap, a choisi d’intervenir dans le bâtiment de manière légère et avec une touche d’humour. En reproduisant quelques éléments de l’architecture intérieure, comme des poignées de porte, des panneaux de signalisation, des radiateurs, des boîtiers d’alarme incendie, placés à des endroits stratégiques, elle introduit la confusion, tout en stipulant plastiquement qu’il s’agit d’un postiche.

«J’ai choisi de travailler avec des matériaux pauvres, comme du carton ou du papier mâché», explique Hisae Ikenaga. «D’une part, parce que ce sont des matériaux légers, faciles à mettre en œuvre et qui peuvent également être perçus comme étant une intervention artistique. D’autre part, c’est aussi une réflexion sur le devenir de l’œuvre. Cette commande reste propriété de l’artiste, mais il faut bien être conscient que, pour la plupart des cas, ce type de commandes ne peut pas être vendu par la suite. Et, généralement, nous n’avons pas la place pour les stocker. Alors, on les jette. Donc autant travailler avec des matériaux qui peuvent être recyclés et dont la qualité matérielle n’est pas faite pour durer.»

En se concentrant ainsi sur des détails de l’architecture existante, elle attire aussi l’attention des visiteurs sur les multiples contraintes d’ordre technique et sécuritaire auxquelles les architectes doivent se confronter. De manière ludique, elle détourne ces éléments réglementaires pour y introduire des messages de salutation ou une situation qui crée la confusion. Avec humour, elle décale le regard du spectateur pour l’inviter à découvrir le bâtiment sous un autre angle.

C’est avec humour et légèreté qu’Hisae Ikenaga s’est emparée du sujet de cette commande.  (Photo: Hisae Ikenaga)

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«Reproduction d’éléments» singe des éléments d’architecture d’intérieur avec un regard plein d’humour. (Photo: Hisae Ikenaga)

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Ces œuvres seront présentées sur une échelle de temps de trois ans, avec un recoupement de 18 mois pour une présentation des deux œuvres. C’est l’œuvre de Filip Markiewicz qui sera présentée en premier, à partir de cet été, puis suivra en 2022 l’œuvre d’Hisae Ikenaga.

Tout le déroulement du projet sera documenté par l’OAI, et des rencontres sont également prévues avec les artistes au cours du projet.