PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Intervention de Nicolas Mackel

«Dans la finance, le Brexit a déjà presque eu lieu»



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Nicolas Mackel est revenu sur les facteurs d’attractivité de la place financière luxembourgeoise. (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne)

Intervenant lors d’un événement du Paperjam Club le 21 mai, Nicolas Mackel, CEO de Luxembourg for Finance, a notamment rappelé quelles étaient les forces et les faiblesses de la Place dans le cadre du Brexit et à plus long terme. Retour sur cinq de ses déclarations.

«Le Brexit n’est une bonne affaire pour personne, car on perd un marché important, celui du Royaume-Uni. Et en tant que Luxembourgeois, nous sommes des Européens convaincus. Je ne vois donc pas comment l’Union européenne pourrait sortir renforcée du Brexit», a déclaré Nicolas Mackel , CEO de Luxembourg for Finance, lors d’une conférence organisée par le Paperjam Club le 21 mai.

Il ne cache cependant pas que le Luxembourg a bien su tirer son épingle du jeu, grâce à l’attractivité de son secteur financier et à sa stabilité économique et politique.

À ce jour, 58 institutions financières ont ainsi annoncé publiquement leur décision de relocaliser leurs activités au Luxembourg.

Son intervention en cinq déclarations-clés:

1. Sur le calendrier du Brexit

«Dans le domaine financier, le Brexit a déjà presque eu lieu. Les groupes se sont réorganisés pour être prêts à la date butoir du 29 mars. La nouvelle date du 31 octobre ne change presque rien».

2. Sur les raisons du choix du Luxembourg comme pays de relocalisation pour les assureurs

«Pour les compagnies d’assurances, le choix d’une nouvelle place financière était moins évident que pour les fonds par exemple, car l’activité était jusqu’à présent très concentrée à Londres, autour du Lloyd’s. Les assureurs ont donc cherché un environnement similaire à celui de Londres. Et deux facteurs ont fait la différence: la qualité du régulateur  – et le fait qu’il soit dédié à l’assurance – et la stabilité du pays, qui est un critère crucial pour un assureur».

3. Sur l’avenir de la place financière britannique

«J’entends souvent certaines personnes comparer le Royaume-Uni post-Brexit à Singapour. Mais le Royaume-Uni ne va pas pouvoir jouer le même rôle en Europe qu’une Place comme celle de Singapour en Asie. Car Singapour n’a pas de marché unique asiatique autour de lui. Par contre, le Royaume-Uni va avoir le plus grand marché commun à 40 kilomètres de ses côtes, et il n’y participera pas».

4. Sur l’image du Luxembourg en général

«Avec le temps et les réformes, les bruits négatifs sur le Luxembourg ont beaucoup diminué. Même s’ils reviennent régulièrement dans les milieux politiques, médiatiques ou dans l’opinion publique. Mais ce n’est plus un handicap pour le business.»

5. Sur les faiblesses de la place financière luxembourgeoise

À la question de savoir si le secteur financier avait des faiblesses, Nicolas Mackel a d’abord répondu avec humour: «La météo! Il faudrait aussi de grands lacs, un accès à la mer et les Alpes pour skier!»

Il concède finalement que la faiblesse numéro un de la Place consiste dans les coûts salariaux et dans la perception du coût de la vie.

«Il existe aussi un problème d’accès aux talents. Mais nous ne sommes pas une île! C’est un raisonnement très 19e siècle que de s’arrêter aux frontières de l’État-nation. Ce n’est pas tant une question de nombre de candidats que de formation. Pour cette raison, nous réfléchissons avec l’Université du Luxembourg à la création de nouveaux cursus liés aux besoins de la Place».