PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

À qui profite le Brexit au Grand-Duché? (2/4)

Du sang neuf pour la Place



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Douze compagnies d’assurances ont relocalisé leurs activités au Luxembourg, et certains assureurs luxembourgeois ont également installé des succursales au Royaume-Uni pour continuer à servir leurs clients. (Illustration: Shutterstock)

Si les interrogations et les craintes sont encore nombreuses, les opportunités que constitue le Brexit pour le Luxembourg le sont tout autant. L’implantation de nouvelles entreprises dans le pays, notamment dans le secteur financier, ou la recrudescence d’activité pour les cabinets d’avocats et de conseil en sont l’illustration la plus visible. Mais même le secteur de la logistique a une carte à jouer, en mettant en avant ses compétences digitales.

Cet article est paru dans l’édition de mars 2019 du  magazine Paperjam .

Le Brexit est une aubaine pour le secteur assurantiel luxembourgeois. Onze compagnies d’assurances ont annoncé une relo­­ca­lisation au Grand-Duché et un autre assureur est en cours d’agrément. Il s’agit plutôt de compagnies spécialisées en assurance non-vie et orientées sur les risques d’entreprise. Ainsi, entre le 1er janvier 2017 et le 30 juin 2018, sept entreprises d’assurances agréées exercent une activité limitée à l’assurance non-vie, selon le Com­missariat aux assurances (CAA): FM Insurance Europe, Hiscox, AIG Europe, Friday Insurance, Sompo International Insurance, Tokio Marine Europe et RSA Luxem­bourg. Trois réassureurs ont également reçu leur agrément, à savoir: Petrogas Re, Amplifon Re et Immo Re.

La fin du «passporting» a poussé les assureurs présents au Royaume-Uni à déplacer leurs activités: dès lors que le Royaume-Uni aura quitté l’UE, le système de passeports européens, obligatoires pour commercialiser des produits et services financiers au sein de l’UE, n’aura plus cours. Ils ne seront ainsi plus délivrés aux opérateurs installés sur le sol britannique. La relocalisation de capacités et d’équipes hors du Royaume-Uni devient donc une nécessité.

«Douze compagnies d’assurances ont décidé de relocaliser leurs activités au Luxembourg. Et certains assureurs luxembourgeois ont aussi installé des succursales au Royaume-Uni pour continuer à servir leurs clients», rapporte Marc Hengen , président de l’ACA (Association des compagnies d’assurances et de réassurances). Ce dernier constate que, «pour le Luxembourg, l’effet positif est déjà important: le pays a été reconnu dans 12 cas comme une Place internationale d’assurance où les conditions sont les meilleures pour servir des clients partout en Europe».

Nous estimons que le chiffre d’affaires du secteur assurantiel devrait augmenter de 4 à 9 milliards d’euros d’ici fin 2019.

Marc Hengen,  Président,  ACA (Association des compagnies d’assurances et de réassurances)

Fin janvier 2019, Luxembourg for Finance mentionnait encore la création d’une nouvelle entité du réassureur Swiss Re (déjà présent au Luxembourg), Swiss Re Capital Markets Europe, qui lui permettra de poursuivre notamment ses opérations d’ILS (insurance-linked securities) et de transfert de risques énergétiques.

Ces nouveaux venus sur la Place assurantielle luxembourgeoise participent déjà à ses résultats. Selon le CAA, l’assurance non-vie (hors assurance maritime) a progressé de 21% sur l’année 2018, «impactée de manière significative par les retombées de l’agrément de compagnies ayant choisi le Luxembourg comme lieu d’installation suite à la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne». Le résultat après impôts de l’assurance dommages pâtit cependant des frais engagés par ces sociétés pour s’établir au Luxembourg: estimé à 76 millions d’euros, il recule de 61,56% par rapport à 2017.

«Nous estimons que le chiffre d’affaires du secteur assurantiel devrait augmenter de 4 à 9 milliards d’euros d’ici fin 2019, car les compagnies récemment installées ont également transféré le portefeuille de leurs contrats existants», précise Marc Hengen.

Effets positifs induits

Autre retombée positive: selon Nicolas Mackel , directeur général de Luxembourg for Finance, environ 3.000 emplois seront générés d’ici deux ans dans le secteur financier. Une estimation optimiste par rapport à celle du Statec, qui évalue, quant à lui, que 250 emplois directs ont été créés a minima à la fin janvier 2018. En 2017, l’emploi avait déjà crû de près de 17% dans le secteur assurantiel, pour atteindre 7.713 unités selon le CAA.

«Il y aura certainement des effets positifs sur d’autres entreprises, comme les prestataires de services, compte tenu du fait que les réorganisations doivent être accompagnées», estime Marc Hengen. Le cabinet d’actuariat-conseil Forsides signale ainsi qu’il a déjà identifié deux nouveaux concurrents sur le marché luxembourgeois.

L’attractivité du Grand-Duché est donc évidente pour les assureurs: «Le Brexit donne à la Place luxembourgeoise l’occasion de valoriser des atouts comme la cohérence et la disponibilité de son régulateur, ainsi que son expertise et son multilinguisme», atteste Jean-Paul André-Dumont, directeur au sein de Forsides Luxem­bourg.

Ce que confirme Marc Hengen: «Nous disposons d’un régulateur spécialisé dans les assurances et qui a une large expérience dans la régulation d’affaires internationales. S’ajoute à cela le fait que la langue anglaise est largement utilisée, y compris par le Commissariat aux assurances et les différentes administrations, et que le Luxembourg occupe une position géographique centrale.»

Au final, pour le secteur de l’assurance, les incidences négatives seront plutôt supportées par les assureurs britanniques, à moins que ces derniers ne tirent avantage du fait qu’ils ne seront plus soumis à la même régulation que les compagnies européennes...