ENTREPRISES & STRATÉGIES — Finance & Légal

Grande interview

«La crise conduit à des perturbations du champ juridique»


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Cindy Arces, managing partner de PwC Legal (Photo: Maison Moderne)

Cindy Arces, managing partner de PwC Legal (Photo: Maison Moderne)

Pour les professions juridiques, comme pour beaucoup d’autres, il y aura un avant et un après-Covid-19. La crise a conduit les cabinets d’avocats, très sollicités dans un environnement juridique changeant, à adopter de nouvelles approches pour continuer à soutenir leurs clients.

Dès les tout premiers jours du confinement, les professions juridiques ont perçu un pic très marqué d’activité. La cause? Le déploiement d’un tout nouvel arsenal législatif, devant faciliter la mise en place du télétravail, visant à mettre en œuvre des mesures de soutien économique de l’activité, ou encore procédant à l’adaptation des règles de fonctionnement des organes de direction des sociétés pour leur permettre de traverser la crise… «Rarement les avocats ont été aussi sollicités pour apporter un décryptage devant l’afflux de mesures législatives impactant le fonctionnement du pays et de chaque pan d’activité», commente Cindy Arces, managing partner de PwC Legal, qui souligne l’importance de l’utilité sociale de l’avocat, amené à rassurer ses clients dans un contexte singulier et hautement incertain. Nos équipes ont dû se mettre «en ordre de marche» pour organiser un travail soutenu de veille juridique. L’enjeu était de répondre aux attentes très fortes de réactivité et de pertinence des entrepreneurs, qui devaient mettre en œuvre les dispositifs et actions permettant de protéger leurs actifs.»

Expérimenter de nouvelles approches

Tout en étant en première ligne, les professions du droit ont dû, comme les autres, s’adapter. Si, depuis quelques années, les milieux d’affaires pressentaient le développement du télétravail et de la dématérialisation progressive des processus, personne ne s’attendait à faire un tel bond forcé vers ces nouveaux modes d’organisation. «Indéniablement, cette période a été, pour tous, un accélérateur, dès lors que l’adoption de ces approches devenait une question de survie», précise Cindy Arces. «Nous pensons que la digitalisation dans le monde du droit a plus évolué en deux mois qu’au cours de deux dernières années.»

Pas de retour en arrière

Comme dans beaucoup d’autres secteurs, il a fallu proposer de nouvelles façons de travailler avec ses clients, imaginer de nouvelles stratégies pour développer ses activités. Pour la dirigeante de PwC Legal, il ne fait aucun doute qu’il y aura un avant et un après-Covid-19. «Les circonstances ont conduit les différents acteurs de la profession à aller au-delà de certaines réticences pour expérimenter de nouvelles approches», assure Cindy Arces. «La dématérialisation de nombreux processus, les réunions virtuelles facilitées par l’essor des outils de visioconférence, la signature électronique de documents et d’actes sont devenues une nouvelle norme. Je ne pense pas que nous reviendrons en arrière.»

Cette transformation pourrait s’étendre à tout le monde judiciaire. Dans de nombreux États américains, par exemple, on a pu observer que des audiences ont été menées par visioconférence. Pour Cindy Arces, on peut imaginer que cela devienne de plus en plus fréquent dans le monde. «Ces audiences vont permettre d’abolir les distances en limitant temps et coûts de déplacement. Ces mouvements, qui me semblent favorables aux justiciables, auront pour conséquence d’accélérer le processus judiciaire et notamment de régler plus facilement les affaires multijuridictionnelles», explique-t-elle.

Faire face à de nouvelles difficultés

La crise sanitaire entraînant une crise économique, de nombreuses entreprises s’apprêtent à affronter des périodes troublées, en s’appuyant sur leur conseiller juridique. «Pour l’heure, l’activité économique est soutenue par les dispositifs de soutien de l’État, mais les difficultés ne manqueront pas de s’accentuer quand ces dispositifs seront interrompus», commente Cindy Arces. «Logiquement, cette crise devrait conduire à des perturbations importantes du champ juridique et faire émerger de nouveaux sujets au premier rang des préoccupations des entrepreneurs dès le début de l’année 2021.»

Nous pourrions observer le retour des débats sur les réglementations fiscales et sociales applicables.
Cindy Arces

Cindy Arces,  managing partner,  PwC Legal

Pour l’avocate, les opérations de restructuration, les plans de licenciement économique et le traitement des difficultés d’entreprise seront, à ce moment, des chantiers importants pour les spécialistes du droit et de la finance. Le sujet des contentieux dans le domaine des assurances pourrait être un immense chantier en cas de multiplication des refus de prise en charge de sinistres.

Autre contexte, autres enjeux

Ce contexte tout particulier pourrait également accélérer le processus législatif sur la question de la modernisation du droit de la faillite. Pour l’avocate, si le recours au télétravail devait se pérenniser, la situation des travailleurs frontaliers devra faire l’objet d’une attention particulière. «Nous pourrions observer le retour des débats sur les réglementations fiscales et sociales applicables», commente Cindy Arces.

D’autre part, explique-t-elle, dans le contexte actuel, de nombreux contrats commerciaux sont rediscutés et devront faire l’objet d’une revue juridique.

Le marché des missions transactionnelles (M&A et private equity) est pour sa part resté actif. Les acteurs pourraient toutefois voir leurs initiatives ralenties par un marché des financements en net repli. «Le contexte de tensions économiques conduit à imaginer un développement des opérations dites ‘distressed’, qui devrait donner un rôle central à l’avocat d’affaires», ajoute la dirigeante de PWC Legal. «Malgré la réticence historique de certains acteurs, l’augmentation de la signature électronique des documents et des actes va assurer une plus grande fluidité de ces marchés et faciliter la conclusion des transactions.»