PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Prévisions macroéconomiques

La crainte d’un retour de l’inflation



Pour Volker Schmidt, l’inflation n’est pas redevenue un danger pour l’économie et les marchés financiers. (Photo: Ethenea)

Pour Volker Schmidt, l’inflation n’est pas redevenue un danger pour l’économie et les marchés financiers. (Photo: Ethenea)

Disparue des radars depuis près de 10 ans, l’inflation a fait son grand retour dans les études macroéconomiques des principaux gestionnaires d’actifs dans le rôle de l’épouvantail. Pour Volker Schmidt, senior portfolio manager chez Ethenea, il n’y a pas lieu de paniquer pour l’instant.

Certes, l’inflation a été jusqu’à présent contenue par les banques centrales et leur politique monétaire expansionniste. Mais on commence à percevoir une petite musique contestant cette politique et appelant à un retour limité de l’inflation, ne serait-ce que pour faire baisser la charge de la dette souveraine qui a explosé lors de la pandémie. On n’est pas encore dans une politique ordonnée de relance de l’inflation. Mais les marchés commencent à anticiper son retour.

«À l’observation du sentiment de marché, nous voyons que les investisseurs anticipent pour le moins une hausse de l’inflation. Récemment, les anticipations d’inflation du marché, représentées par le swap d’inflation à 5 ans – qui correspond aux anticipations moyennes d’inflation sur 5 ans dans 5 ans –, ont atteint un plus haut sur deux ans, tout comme les points morts d’inflation à 10 ans», poursuit Volker Schmidt.

Les menaces d’un rattrapage

Si cette anticipation n’est pas due à des facteurs politiques, quelles sont ses causes? «Elles sont principalement techniques», explique l’économiste. Il y a d’abord la hausse du prix du pétrole, qui s’était effondré lors du premier confinement. Ce rattrapage touche le consommateur directement à la pompe, mais également de manière indirecte par le biais de la hausse des prix reproduction.

S’y ajoutent les mesures de relance exceptionnelles qui pourraient stimuler l’inflation à court terme. Notamment parce que l’offre n’a pas retrouvé ses niveaux d’antan. Naturellement, les politiques monétaires et budgétaires expansionnistes créent de l’inflation supplémentaire. Rien qu’aux États-Unis, la masse monétaire s’est accrue de 25% entre mars et novembre 2020. Les plans de relance successifs ont mobilisé 2.800 milliards ces derniers mois. Avec, à la clé, une aide financière directe à hauteur de 2.000 dollars pour des millions de citoyens américains.

Si ces politiques n’ont pas encore créé de l’inflation, comme cela aurait été logique, c’est d’abord parce que la vitesse de circulation de l’argent a diminué. Les gens ont épargné ou investi leur revenu au lieu de le dépenser. Ce qui a entraîné une hausse de la valeur des actifs financiers. «Actions, obligations et biens immobiliers continuent d’atteindre de nouveaux sommets malgré l’incertitude toujours élevée du marché.» Autant de bulles spéculatives qui s’accumulent pour Volker Schmidt. «La quête d’opportunités de placement rémunératrices a pris des proportions inédites, et se reflète aussi bien dans la plus grande tolérance au risque des investisseurs que dans l’inventivité croissante de Wall Street.»

Un retour brutal de l’inflation pourrait bien faire exploser toutes ces bulles.

Les effets de la digitalisation

Volker Schmidt n’exclut pas que d’importantes tensions inflationnistes apparaissent dans les prochains mois, portés par des effets de rattrapage. Mais elles seront, selon lui, contenues par des tendances déflationnistes structurelles, comme le vieillissement de la population et la digitalisation. Qui, en conjonction avec la pandémie, a réduit l’attractivité des grandes villes grâce au télétravail en entraînant un ralentissement de la hausse des loyers. «Des loyers représentent une part considérable de l’indice des prix à la consommation» et dont Volker Schmidt se demande si leur croissance pourra renouer avec les niveaux précédents.

Pour lui, pas de rebond possible de l’inflation sans rebond des loyers.