POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

à partir de vendredi

Un congé collectif… pas comme les autres



Le retard pris pendant le confinement n’a pas pu être rattrapé, et le congé collectif devra être suivi d’un test généralisé, préconisent les responsables du secteur, pour ne pas perdre davantage de temps à l’automne. (Photo: Shutterstock)

Le retard pris pendant le confinement n’a pas pu être rattrapé, et le congé collectif devra être suivi d’un test généralisé, préconisent les responsables du secteur, pour ne pas perdre davantage de temps à l’automne. (Photo: Shutterstock)

Le secteur de la construction s’apprête à prendre son traditionnel congé collectif, dès vendredi. Avec un mois de retard lié au confinement.

«On aurait payé!» Pour le président de la Fédération des entreprises de construction et de génie civil, Roland Kuhn , il aurait mieux valu s’asseoir sur le congé collectif de cette année et permettre aux salariés et employés de prendre une semaine de congé et des longs week-ends, et payer le reste du traditionnel congé collectif.

«On aurait préféré laisser le soin aux entreprises de s’arranger avec les salariés en fonction de leur situation économique, des desiderata des uns et des autres, car on sent parmi les employés une grande inquiétude: que va-t-il se passer si on part? Et quand on revient!», renchérit le secrétaire général de la Fédération des artisans, Romain Schmit , à l’approche de la fermeture des sociétés de construction, prévue du 31 juillet au 23 août.

Pour ce dernier, l’heure de la paperasse semble primer sur celle du bouclage des valises. Le secteur du bâtiment est dans le flou. «Personne ne sait ce qui se passera au retour», et pour l’heure, les accords avec les banques, la TVA et la Sécurité sociale arrivent à échéance. Quant au chômage partiel, un douloureux décompte se profile pour de nombreuses sociétés, selon le responsable. «J’entends qu’il y a énormément d’entreprises qui nagent dans les liquidités parce qu’elles ont reçu trop de liquidités du chômage partiel, ce qui augure des difficultés à l’automne, au moment où les administrations recommenceront à montrer les dents longues», explique-t-il.

Tester au retour de vacances

 Pour M. Kuhn, il faudrait absolument prévoir un test pour tous ceux qui reviennent de vacances, fin août. «Comme ça, ce sera clair pour tout le monde. Quand vous avez un chef d’équipe qui est positif, toute l’équipe est en quarantaine. Puis, il faut attendre que tout le monde se soit fait tester, et cela prend encore du temps supplémentaire.»

Si, «globalement», dit-il, «tout le monde s’en est strictement tenu aux consignes, il y a eu des cas ici ou là. Et pas venus des chantiers. Mais des fêtes privées, des anniversaires et autres réunions de famille», explique le dirigeant. «Nous avons adressé un courrier à chacune des entreprises du secteur pour qu’elles répercutent sur leurs employés et ouvriers les appels à la prudence, au respect des gestes barrières et à ne pas prendre part à des fêtes qui ne respectent pas les consignes», dit encore le président de la Fédération des entreprises de construction et de génie civil.

Car pas question de rattraper le retard entre le 20 mars et le 20 avril. «Nous avons 23 jours de retard, comme autant de jours de confinement, puis trois jours de plus et dix jours liés au retour ‘à la normale’.»

«Aujourd’hui, on perd 10% de productivité environ, soit une heure par homme et par jour», estime M. Schmit.

119 exemptions

«Sans compter», dit aussi M. Kuhn, «qu’un certain nombre d’investisseurs ont reporté leurs investissements à l’année prochaine, au mieux. Et verront comment la situation évolue.»

Et même si le congé collectif ne concerne que la construction et les installateurs, le secteur de l’artisanat aborde cet été d’un pas très mitigé, entre les cahiers de commandes remplis pour les uns et une vague d’annulations des commandes pour les autres. «Les petits travaux d’entretien, mais également de grands projets, sont reportés aux calendes grecques, et cela fait du bruit dans les entreprises», note Romain Schmit.

Si le congé collectif est maintenu, au grand dam des entreprises du BTP,  119 ont tout de même obtenu une exemption . Ce n’est pas spectaculaire: l’an dernier, 112 entreprises avaient déjà eu la permission de ne pas s’interrompre pendant l’été.