PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE FINANCIÈRE

Comment investir vos actifs financiers à ce stade de la crise?



Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

Les marchés financiers ont connu en Mars dernier une correction historique, d’une rapidité jamais vue jusqu’alors. Seule une intervention massive des autorités financières des grands pays a permis d’arrêter l’hémorragie des marchés et de les stabiliser. Sans cette intervention d’une étendue sans précédent, nul doute que la crise sanitaire à laquelle nous faisons face aurait donné lieu à une crise économique et financière majeure, d’une ampleur comparable à la Grande Dépression des années 1930 aux États-Unis.

Forts de leur expérience de la gestion de la crise financière de 2008, dont la plupart des économies mondiales commençaient à peine à se remettre, les gouvernements des grands pays mondiaux ont en effet pris rapidement la mesure des impacts de la crise sanitaire sur l’économie mondiale et ont agi sans retenue. Bien que les modalités d’action aient été spécifiques à chaque pays, leur priorité a été double: d’une part, garantir en grande partie les salaires des particuliers se retrouvant en situation de chômage partiel ou de congé pour garde d’enfants; de l’autre: accorder des soutiens aux entreprises dont l’activité se voyait interrompue ou fortement réduite par les politiques de confinement forcé.

Afin d’éviter que ces mesures de soutien ne viennent trop aggraver l’endettement des États, déjà fortement sous tension, les banques centrales ont été mises à contribution pour prendre à leur compte ce nouvel afflux de dette et intervenir massivement afin que les taux d’intérêt restent bas. Il est encore trop tôt pour connaître précisément l’impact de ces mesures sur l’endettement des pays, et d’autres plans de «relance» seront probablement bientôt annoncés, une fois la crise sanitaire sous contrôle. Il n’est pas impossible que, pour certains pays, l’accroissement de la dette s’élève à 20 à 30% de points de PIB.

Il est à craindre en effet que l’économie américaine ait du mal à redémarrer.
Bertrand Schmeler

Bertrand Schmeler,  Senior Vice President,  CBP Quilvest

Les marchés ont eux aussi réagi très rapidement, dès les premières annonces des banques centrales et ministères des Finances mondiaux. Les marchés actions notamment ont vite fait le tri au sein des diverses zones géographiques, des secteurs de l’économie, capables de rebondir rapidement et les autres qui allaient être à la peine. Les marchés boursiers américains ont rebondi très rapidement et fortement, alors même que l’administration américaine avait pris du retard et s’était montrée hésitante dans la gestion de la crise sanitaire; et aussi, bien que les États-Unis ne bénéficient pas – à l’inverse de l’Europe – de mécanismes de protection sociale.

Il est à craindre en effet que l’économie américaine ait du mal à redémarrer, du fait de l’explosion du chômage et du nombre de faillites d’entreprises auxquelles elle va faire face. Les indices boursiers américains toutefois sont fortement représentés par des secteurs qui sortiront gagnants de cette crise économique: au premier rang duquel la technologie (25% de l’indice S&P 500) dont les entreprises emblématiques (Amazon, Google, Microsoft…) vont bénéficier d’une demande accrue pour le commerce électronique, le stockage de données informatiques, le télétravail, la sécurité… La santé, au travers de sociétés pharmaceutiques ou de la biotechnologie, verra elle aussi ses budgets augmentés au cours des prochaines années.

C’est ce qui explique que le rebond des marchés a été plus prononcé aux États-Unis qu’en Europe par exemple. Les grands indices européens sont en effet largement moins représentés dans ces secteurs et le manque de stratégie commune, de coopération entre les états membres de L’UE est assez flagrant durant cette crise: non seulement au niveau des réponses face à lutte contre l’épidémie elle-même, mais aussi face aux solutions de relance économique.

Nos investissements en actions continueront d’être orientés dans les secteurs de la technologie, de la santé, les secteurs liés à l’environnement.
Bertrand Schmeler

Bertrand Schmeler,  Senior Vice President,  CBP Quilvest

Quelle est notre stratégie dans la gestion des portefeuilles après cette remontée récente? Certains jugent que ce rebond qualifié de «technique» a été trop optimiste et qu’une nouvelle phase de consolidation semble inévitable, face à l’ampleur de la crise économique mesurée par les indicateurs du 2e trimestre déjà disponibles. Il est important de rappeler que le rôle d’un marché financier n’est pas de regarder dans le rétroviseur, mais bien d’anticiper quels seront les résultats à venir des entreprises. Après cette phase de rebond technique, les marchés vont – au cours des prochains 3 à 6 mois – s’efforcer de distinguer quelles seront les entreprises capables de retrouver rapidement leur niveau de rentabilité. Nul doute que des secteurs tels que le tourisme, les transports, l’immobilier locatif financé à crédit par exemple seront à la peine. Certains business models apparaîtront comme totalement inadaptés au lendemain de cette crise et devront être repensés ou remplacés.

Nos investissements en actions continueront d’être orientés dans les secteurs de la technologie, de la santé, les secteurs liés à l’environnement (on espère que les investissements liés à la lutte contre les changements climatiques bénéficieront d’un «réveil» des autorités), et d’une manière générale vers les entreprises capables de bien gérer leurs cycles de fournisseurs et de distribution. Parmi les secteurs capables de se relever rapidement une fois l’activité économique relancée, les valeurs pétrolières semblent actuellement faiblement valorisées et devraient profiter d’un rebond sous l’effet d’une remontée progressive des cours du pétrole et de bilans financiers capables de «traverser cette crise».

Outre un retour sur les actions des grands pays développés, notre allocation d’actifs financiers revient sur les obligations «investment grade» dont les rendements sont à nouveau positifs, du fait d’un retour de la «prime de risque», alors même que les banques centrales soutiennent ces marchés. Nous restons toutefois à l’écart du high yield; malgré la forte correction, le risque de faillites à venir offre encore trop peu de visibilité et la notation moyenne des obligations va continuer à se détériorer du fait de la hausse généralisée de l’endettement.

Des risques demeurent bien évidemment, au premier rang desquels une «deuxième vague» de l’épidémie et un redémarrage beaucoup plus long que prévu de l’économie mondiale (ayant tourné à très bas régime pendant plusieurs mois)… Pour les mitiger, nous conseillons de détenir du USD et de l’or. À plus long terme, d’autres risques apparaîtront sous forme d’une pression fiscale (encore) accrue et un rôle plus «interventionniste» des états, rarement synonymes de marchés financiers porteurs.