PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Restez chez vous et pensez long terme



Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil. (Photo: Bil)

Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil. (Photo: Bil)

Alors que les chiffres concernant la santé de l’économie mondiale laissent transparaître une situation extrêmement dégradée actuellement, Olivier Goemans, head of investment services and innovation à la Bil, conseille de garder son calme. Le retour à la normale pourrait être rapide, une fois le virus vaincu.

Le monde est en proie à une pandémie aussi impitoyable que tragique. Si le coût humain est incommensurable, le virus a aussi mis à mal la quasi-totalité des classes d’actifs. Même les valeurs refuges traditionnelles telles que l’or ont souffert, investisseurs et entreprises faisant des provisions de billets verts de la même manière que les ménages ont accumulé les paquets de pâtes.

On peut comprendre que les investisseurs se détournent des actifs à risque et se jettent sur les liquidités, surtout lorsque quasi tous les médias sèment la panique quant aux retombées potentielles qu’auront les mesures de confinement de masse sur l’économie.

On peut raisonnablement s’attendre à des chiffres macroéconomiques mauvais pour le deuxième trimestre. Les données commencent déjà à refléter une partie de l’impact du confinement de masse. Les États-Unis représentent à la fois le moteur de l’économie mondiale et le nouvel épicentre de la pandémie.

Les demandes d’allocations chômage ont bondi à 6,64 millions pour la semaine terminée le 28 mars, soit plus du double de la semaine précédente, qui était elle-même exceptionnelle. Alors que le secteur manufacturier traverse une mauvaise passe, il est inutile de compter sur les consommateurs américains pour sauver la situation, puisqu’ils sont en majorité confinés chez eux. La situation est, à ce niveau, identique en Europe.

Les consommateurs sortiront du confinement, les entreprises rouvriront leurs portes et l’économie reviendra progressivement à la vie.

Olivier Goemans,  head of investment services and innovation,  Bil

Cependant, cette crise sans précédent a déclenché un arsenal de mesures budgétaires et monétaires, et ce dans le monde entier. Ces mesures politiques allant crescendo, notre scénario de base prévoit que l’économie va finir par guérir. Même si nous sommes déjà entrés dans une profonde récession, le coma dans lequel est plongée l’économie mondiale résulte en effet de mesures gouvernementales. Une fois que les restrictions seront levées, si les autorités ont réussi, avec leur puissance de feu, à éviter faillites et licenciements, les consommateurs sortiront du confinement, les entreprises rouvriront leurs portes et l’économie reviendra progressivement à la vie.

Il s’agit là précisément de notre scénario central: une récession profonde, mais brève. Les projections du FMI concordent avec ce scénario, et prévoient un rebond en 2021, qui pourrait même être «notable». Par conséquent, nous avons refusé de suivre le troupeau et de vendre. Au contraire, quand la forte diminution de la valeur de marché a réduit la taille de la composante actions de nos portefeuilles, nous avons profité des valorisations plus raisonnables et l’avons complétée par des titres de qualité (caractérisés par un faible endettement et des flux de trésorerie disponible élevés). Au final, les blue chips et les entreprises les plus connues réussiront à surmonter cette tempête.

Évitez de vous attarder sur l’hécatombe bien visible sur les écrans de Bloomberg et gardez à l’esprit vos objectifs d’investissement à long terme.

Olivier Goemans,  head of investment services and innovation,  Bil

Mais, alors que les gouvernements et les banques centrales font leur part pour raccourcir cette crise, chacun a également un rôle à jouer. Plus nous pratiquons la distanciation sociale, plus la courbe de contagion va s’aplatir, et plus vite nous pourrons crier victoire sur le coronavirus.

Certes, on peut avoir l’impression de vivre dans «Un Jour sans fin», ce film où un présentateur météo se retrouve coincé dans une boucle temporelle et revit sans cesse la même journée. Le personnage principal finit par profiter de cette journée qui se répète pour s’améliorer, apprendre à jouer du piano, à sculpter la glace et à parler français.

En tant que gestionnaires de fortune, c’est probablement le meilleur conseil que nous pouvons formuler en ce moment: occupez-vous, évitez de vous attarder sur l’hécatombe bien visible sur les écrans de Bloomberg et gardez à l’esprit vos objectifs d’investissement à long terme. Tout cela va passer. Lorsque les chiffres laisseront entrevoir le bout du tunnel, les marchés des actions se seront déjà redressés et ceux qui se sont tenus en retrait arriveront probablement trop tard pour saisir la vague.