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À l’approche de la Saint-Valentin

Comment le Covid redessine le marché des rencontres



Les activités des organisateurs de rencontres se digitalisent, gare toutefois à certaines dérives du web. (Photo: Shutterstock)

Les activités des organisateurs de rencontres se digitalisent, gare toutefois à certaines dérives du web. (Photo: Shutterstock)

Pas facile de trouver l’âme sœur à l’heure où les distanciations sociales priment. Pourtant, les sites de rencontres et autres agences matrimoniales ne manquent pas d’inventivité pour former des couples en pleine crise sanitaire.

Oubliez les bars, cafés et restaurants si propices aux rencontres et échanges: leur fermeture imposée  par les autorités pour contrer la pandémie de Covid-19 pousse les célibataires vers d’autres canaux pour trouver l’âme sœur, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’adaptabilité est le maître mot.

Ainsi, l’un des sites de rencontres les plus utilisés – Meetic – est passé du statut de «premier organisateur d’événements in real life» à une offre de services à distance pour les célibataires composée d’un podcast thématique sur l’amour et le confinement, de vidéos de coaching et du lancement d’une fonctionnalité d’appels vidéo.

«Si certains célibataires ont été freinés dans leurs rencontres par la pandémie et ne se sont pas inscrits (on a observé une baisse des inscriptions de 6%), ceux qui avaient décidé de faire des rencontres se sont investis à 100%: +27% de messages échangés (en 2020) par rapport à 2019», assure une porte-parole du portail actif dans 15 pays d’Europe, dont le Luxembourg.

«Il y a une nouvelle mode sur les sites de rencontres: des personnes suscitent un intérêt en envoyant beaucoup de messages, puis ne donnent plus de nouvelles, sans explications. Cela démotive un peu, on a le sentiment de perdre son temps», confie Henri*, célibataire de 39 ans.

Voilà pourquoi il est plutôt d’humeur à laisser passer la pandémie avant de se remettre en quête de rencontres. À l’inverse, Alicia*, 35 ans, préférerait trouver un partenaire pour rompre la solitude exacerbée par le contexte actuel: «L’impact psychologique est clairement important sur beaucoup de personnes et, à mon avis, il l’est encore plus sur les célibataires.»

Oui au digital, non aux messages

Avec le déconfinement du printemps,  Claudia Neumeister  a vu un nouveau flux de demandes arriver. Cette chasseuse de têtes dirige sa propre agence matrimoniale: Luxdates . «Je pense que pendant le premier confinement, les célibataires ont reconsidéré leur statut, et les personnes en couple ont peut-être réalisé qu’elles n’étaient pas avec la bonne personne», observe-t-elle.

Malgré la crise sanitaire, l’entremetteuse poursuit ses entretiens en face à face avec chacun de ses clients pour cerner leurs attentes et dénicher leur moitié dans sa base de données. Pour la rencontre, elle s’adapte aux profils de chacun avec tantôt un appel vidéo en ligne, tantôt une marche à l’extérieur pour échanger et se découvrir.

Je déconseille les messages et SMS: cela crée une sorte de tension.

Claudia Neumeister,  fondatrice et directrice,  Luxdates

«Je déconseille les messages et SMS: vous n’entendez pas le ton de la voix, vous voyez que l’autre a vu le message, mais vous ne savez pas dans quelles circonstances il le lit et y répond au moment où vous échangez. Cela crée une sorte de tension», prévient l’experte, qui va jusqu’à dire qu’«envoyer des messages pousse les relations vers la mort».

Claudia Neumeister ne s’oppose par contre pas aux longs e-mails ou aux conversations téléphoniques: «S’ils se sentent à l’aise, alors les deux participants peuvent passer à un appel vidéo.»

Dans le contexte actuel, l’entrepreneure a développé une offre de coaching de rencontre, une présentation des célibataires sous forme d’une vidéo, mais dans laquelle ils n’apparaissent pas, discrétion oblige.

Le Covid ou l’art de prendre le temps

C’est l’une des forces de son agence face aux applications de sites de rencontres: agir à l’abri des regards pour faire naître des couples. «Je pense que le Covid est une opportunité, car il nous incite à prendre le temps d’apprendre à connaître l’autre personne», explique-t-elle.

Un avis que Marie*, 35 ans, partage également: cette célibataire a croisé sa moitié un soir de février dans un bar, avant le confinement. «Nous avons commencé à sympathiser sur les réseaux sociaux, et je dirais presque «grâce au confinement». Le premier jour de la réouverture des terrasses, nous étions au rendez-vous! C’était une sorte de «premier rancard» pour nous après deux mois de discussions quotidiennes». Les tourtereaux filent désormais le parfait amour. Comme quoi, rien n’est impossible en 2021.

* Prénom d’emprunt.